Afrique du Sud : le faux procès fait au secteur privé de la santé

Le gouvernement sud-africain est tellement préoccupé par le contrôle du secteur privé de la santé qu’il occulte les problèmes colossaux du secteur public.

Par Jasson Urbach, analyste pour The Free Market Foundation

En 2014, la Commission de la Concurrence a lancé une enquête sur le marché des soins de santé (Healthcare Market Inquiry, HMI) suite à la requête du Dr. Aaron Motsoaledi, affirmant que les soins de santé privés sont trop coûteux. Selon le Dr. Motsoaledi il existe deux conditions préalables à la mise en œuvre du schéma gouvernemental de l’assurance maladie nationale (NHI): améliorer la qualité des soins dans le système de santé publique et réglementer les prix des soins de santé dans le secteur privé.

Des soins médicaux de plus en plus chers

L’Afrique du Sud n’est pas la seule à subir la hausse des coûts des soins de santé. Bien que les dépenses totales de santé en pourcentage du PIB en Afrique du Sud soient passées de 8,3% en 1995 à 8,8% en 2014, l’augmentation des dépenses dans les pays de l’OCDE était encore plus importante, passant de 9,2% à 12,4% sur la même période.

Notons que les dépenses de santé dans le secteur public sud-africain augmentent à un rythme plus élevé que dans le secteur privé. Les dépenses de santé publique, en proportion du PIB, sont passées de 3,4% en 1995 à 4,2% en 2014, alors que les dépenses de santé privées ont diminué de 4,9% en 1995 à 4,6% en 2014. Plus précisément, les dépenses de santé publique sont passées de 41,3% en 1995 à 48,2% en 2014.

Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation des coûts. L’espérance de vie à la naissance en Afrique du Sud augmente. Les personnes ont besoin de soins médicaux pour une plus longue durée et, à mesure qu’elles vieillissent, elles en demandent davantage. Que nous vivons plus longtemps, c’est une bonne chose, mais, en moyenne, les coûts de santé mensuels de personnes âgées de 80 à 84 ans sont environ neuf fois supérieurs que pour celles âgées de 45 à 49 ans.

Les dépenses de santé tendent également à augmenter à mesure que les revenus s’améliorent parce que les soins sont ce que les économistes qualifient de «biens supérieurs». À mesure que les revenus augmentent, les gens en consomment davantage et augmentent la part de leurs revenus qu’ils y consacrent.

Lorsque le PIB réel par habitant (en parité de pouvoir d’achat ajustée) est passé de 9 178 $ en 1995 à 12 434 $ en 2014 (soit une augmentation de 35%), les dépenses réelles de santé par habitant sont passées de 555 $ à 1 148 $ (soit une augmentation de 107%). En proportion du revenu, elles sont passées de 6% à 9,2%.

L’État met des bâtons dans les roues du secteur de la santé

On pourrait s’estimer heureux que les chiffres aillent dans ce sens mais les interférences du gouvernement transforment les bonnes nouvelles en mauvaises. Le Dr. Motsoaledi a déclaré qu’il s’oppose à la marchandisation des soins de santé (secteur privé à but lucratif) et qu’il cherche ostensiblement à contrôler tous les aspects de fonctionnement du secteur privé de la santé. Pourtant, ces contrôles réduisent la concurrence, exercent une pression à la hausse sur les prix et empêchent la participation de concurrents potentiels.

Mais, comme son nom l’indique, le HMI vise strictement le secteur privé. D’évidence personne n’osera dénoncer les actions du gouvernement restreignant la concurrence et augmentant le coût des soins de santé en général, et la façon dont certaines réglementations haussent artificiellement le coût des soins de santé privés. Le gouvernement est tellement préoccupé par le contrôle du secteur privé qu’il occulte totalement les problèmes colossaux qui existent dans le secteur public, la souffrance persistante, la maltraitance médicale des patients.

Les dossiers d’inspection, publiés l’an dernier par le Bureau de la Conformité aux normes de santé (une agence gouvernementale), montrent que la qualité des hôpitaux et des cliniques participant au programme pilote NHI du gouvernement ne s’améliorent pas plus rapidement que ceux du reste du pays. Sur les 1 437 établissements inspectés, seulement 89 ont obtenu une note de passage de 70% ou plus.

Le grand public préfère le privé

Ainsi, par la force des choses, lorsqu’ils ont le choix, les patients préfèrent se rendre dans les établissements du secteur privé. C’est d’ailleurs cette concurrence qui oblige les prestataires privés à améliorer la qualité de leur service. Le secteur public, lui, n’est pas du tout confronté à un tel défi.

L’Enquête générale sur les ménages, publiée par Statistics South Africa, révèle que 97,7% des utilisateurs des établissements privés sont satisfaits ; contre 81,1% des utilisateurs des établissements de santé publics. En outre, seulement 1,4% des utilisateurs d’établissements privés étaient insatisfaits (0,5% très insatisfaits), contre 10,9% des utilisateurs des établissements de santé publics (6,1% très insatisfaits). Donc, une fois de plus, nous devons nous demander pourquoi l’attention est-elle focalisée sur le secteur privé plutôt que sur l’amélioration des conditions dans le secteur public qui sert la plupart des gens ?

Si le secteur de la santé administré par le gouvernement offrait une alternative viable aux citoyens de l’Afrique du Sud, les prix dans le secteur privé diminueraient en conséquence. La surveillance gouvernementale accrue des prix du secteur privé, déjà fortement réglementés, n’améliorera ni la qualité ni la disponibilité des soins de santé offerts aux Sud-Africains par le secteur public.

Article initialement publié par la Free Market Foundation – Traduction réalisée par Libre Afrique.

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