Dépenses de santé et PIB par tête : les leçons d’une comparaison internationale

Médecin consultation ordonnance (Crédits : Life Mental Health, licence CC BY 2.0)

Comparer dépenses de santé et PIB par tête donne des informations précieuses sur l’orientation des politiques de santé.

Par Bernard Zimmern

Médecin consultation ordonnance (Crédits Life Mental Health, licence Creative Commons)
Médecin consultation ordonnance (Crédits Life Mental Health, licence Creative Commons)

 

Les deux graphiques ci-dessous sont peut-être l’un des guides les plus importants dans la compréhension et l’orientation des politiques de santé. Ils lient les dépenses de santé par tête et le PIB/tête pour près d’une trentaine de pays en 2000 et 2011 en utilisant les chiffres de l’OCDE. Chaque point représente un pays en abscisse par son PIB/tête et en ordonnée par ses dépenses de santé par tête.

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Dépenses de santé en fonction du PIB, en dollars constants 2005 et en parité de pouvoir d’achat (Source : OCDE)

 

Les conclusions que l’on peut tirer de ces graphiques sont assez nombreuses :

1. Plus un pays est riche plus les dépenses de santé sont fortes

Les dépenses de santé par individu croissent d’autant plus que le pays est plus riche (la corrélation entre les deux variables est extrêmement élevée comme relevé très tôt par Claude Sicard). On peut tracer une « droite de régression » qui lie les deux variables et la dispersion autour de cette droite est faible.

2. Les dépenses de santé augmentent

Il est visible qu’entre 2000 et 2011, la pente de cette droite s’est accrue, signifiant que l’augmentation des dépenses de santé est plus forte avec le revenu en 2011 qu’en 2000. Le niveau de vie des pays s’accroissant, la consommation de santé s’accroît (coefficient d’élasticité déjà publié par Gérard Dosogne de 1,3 actuellement).

3. Le cas de la France

Aux deux dates, la France (point rouge) a ses dépenses de santé plus fortes que ne voudrait la conformité à la pente générale indiquée par la droite, indiquant qu’elle consomme plus de dépenses de santé que la moyenne des pays ayant le même PIB.

4. Le cas des Pays-Bas, un modèle pour la France ?

Les Pays-Bas (point vert) est en 2000 en-dessous de cette droite mais passe au-dessus en 2011, indiquant que les dépenses de santé ont fortement augmenté après les réformes de 2006. Les Pays-Bas sont cependant à l’équilibre en 2011 pour la dépense publique et bénéficiaire pour les assureurs privés alors qu’en France, le budget public est toujours déficitaire et continue de s’aggraver.

5. Le cas des États-Unis, le modèle à suivre ?

À l’extrémité en haut à droite, figurent les États-Unis ; ils sortent de la droite de régression tant parce que le PIB/tête est plus élevé que les autres pays que parce que sa dépense de santé par tête sort manifestement de la moyenne correspondant à son PIB, que donne la droite de régression. Pour les partisans d’un contingentement de la dépense de santé, la dépense américaine apparaît comme une hérésie condamnable.

Mais il faut se demander si au contraire les États-Unis ne sont pas le modèle à suivre. Il est certain que la portion du PIB absorbée par la santé est plus élevée aux USA qu’en France par exemple, environ 18% contre 11 à 12%. Mais on oublie que la dépense couverte par les organismes de solidarité (voir Santé France-USA : quelques réflexions provisoires), essentiellement Medicaid pour les plus pauvres, CHIP pour les jeunes défavorisés et handicapés, et Medicare pour les plus de 65 ans, cette portion représente environ 8 à 9%, le même pourcentage qu’en France. L’écart de PIB prélevé aux USA par la santé provient de la partie libre qui représente environ la moitié de la dépense de santé alors qu’en France, cette partie libre est limitée à 2 ou 3% par le ministère de la santé qui refuse discrétionnairement aux Français le coût de traitements qui pourraient prolonger leurs vies ou un IRM sans listes d’attente.

Cela nourrit une énorme bureaucratie de contrôle, qui vit allègrement de ces restrictions comme on le verra en regardant les avantages que s’octroie le personnel de la CNAM.

6. Le cas du Royaume-Uni

Le Royaume-Uni reste en dessous de la droite indiquant que les dépenses publiques de santé restent contraintes par l’existence du National Health Service, bloqué par son financement par l’impôt.


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