Des incendies liés au réchauffement climatique ?

La multiplication des incendies a-t-elle pour source le réchauffement climatique ? Pour certains journalistes, oui, mais ce n’est pas si sûr…

Par Gilles Granereau.

Affirmations parmi tant d’autres, hélas : « Il est vrai que le réchauffement climatique que nous connaissons actuellement a une influence directe sur la multiplication des grands incendies« … »Il faut dire que nos étés sont de plus en plus chauds et de plus en plus secs. La France vit actuellement une sécheresse très importante. »

Cette analyse faite par Chloé Nabédian sur le plateau de France 2, le 21 juillet 2017 est révélatrice d’une forme de désinformation sur le sujet, avec un parti-pris pour la triste thèse du réchauffement climatique anthropique.

Trois erreurs

Voyons rapidement quelques aspects insidieux des annonces, en commençant par ce « réchauffement climatique que nous connaissons actuellement ». Trois erreurs à noter :

1) le terme « climatique » est employé à tort, les phénomènes actuels correspondant à la météorologie1

2) il ne s’agit pas d’un « réchauffement climatique », mais d’une simple canicule qui d’ailleurs n’a pas persisté autant que des canicules passées.

3) enfin, affirmer que « nos étés sont de plus en plus chauds et secs » relève de la désinformation car, si l’on regarde les données, on peut constater que les températures ne subissent pas une hausse qui pourrait expliquer un accroissement du facteur feux. Nous donnerons in fine des liens qui permettent de se faire un idée objective.

Des incendies exceptionnels ?

Revenons-en au sujet des incendies de 2017, avec comme objectif de se pencher sur le passé pour savoir s’ils sont aussi exceptionnels que l’on voudrait nous le faire croire.

En tant qu’habitant des Landes, je peux affirmer que l’incendie est inscrit dans les gènes, et l’on pourrait certainement creuser toute la période historique pour constater qu’il a toujours façonné le paysage aquitain.

Un paysage composé de boisements à l’époque Gallo-Romaine, qui auraient ensuite régressé en particulier à partir de la période chaude moyenâgeuse (l’Optimum Médiéval).

Origine de la régression

Cette régression de la forêt pourrait être liée au développement du pâturage, dont les brûlis, lors de la période chaude, auraient eu des effets dévastateurs sur les anciennes forêts de la Grande lande. Avant cela, les invasions Barbares auraient pu également contribuer à la régression de la forêt.

Sur le littoral, la forêt a pu subsister, et c’est elle qui se trouve affectée en premier aux XVIIIe et XIXe siècles, avant le reboisement généralisé des Landes. Des incendies sont restés dans la mémoire, tels ceux de 17552 (communes de Léon, Saint-Michel-Escalus, Linxe et Castets), puis de 1822 (Soustons, Messanges et Moliets).

Histoire des feux de forêts

À l’issue de la grande opération de reboisement des Landes, différentes raisons que nous ne développerons pas toutes ici, ont conduit au développement des « feux de forêts ».

En 1892, 10 personnes périssent lors d’un incendie ravageant plusieurs milliers d’hectares ; en 1893 ce sont près de 50 000 hectares qui brûlent, et en 1898 20 000 hectares sont détruits par le feu. On constate alors que ces catastrophes se produisent pendant des périodes de sécheresse et de chaleur (1898 était l’année la plus sèche depuis 125 ans).

La période « historique » des grands incendies landais s’étend de 1937 à 1949, et l’on estime que plus de 450 000 hectares ont été parcourus par les flammes. Nous allons voir qu’ici encore, on peut établir une corrélation entre sécheresses et incendies.

Sécheresse et incendie

L’année 1937 commence par un hiver exceptionnellement doux et pluvieux, et l’été sera très sec avec une vague de chaleur intense du 5 au 12 août. Les 6 et 7 août, on enregistre 40 °C à Cazaux et 37 °C à Biarritz.

En 1938, l’année débute par un froid intense (6 janvier : -11 °C à Bordeaux), mais la sécheresse s’impose à partir de février avec toujours du froid. Les 30 et 31 juillet, on mesure dans les Landes 39 °C et de violents orages éclatent du 4 au 8 août.

Une autre vague de chaleur inattendue se déclenche au mois de novembre et l’année se termine par un froid intense. Entre l’été 1937 et le printemps 19383 plus de 41 000 hectares sont brûlés.

Période froide

Les années 1939 et 1940 sont globalement assez froides, avec des tempêtes notables et des précipitations importantes. En 1941, le début d’année est glacial, et la froidure persiste jusqu’en mai, avec toutefois une violente tempête qui se produit dans la nuit du 15 au 16 février4.

Puis une canicule s’installe (36 °C du 18 au 28 juin dans le Sud-Ouest, 39 °C à Mont de Marsan le 8 juillet, 38 °C à Bordeaux), pour faire une pause en août, mois qui sera très frais et pluvieux avec des températures dépassant rarement les 25 °C.

Du 2 au 10 octobre, c’est une autre vague de chaleur qui s’installe, suivie ensuite par un froid extrême. Du fait de ces conditions, la forêt a peu brûlé, si ce n’est durant la courte canicule de 1941 (moins de 7000 hectares brûlés).

L’année 1942 connaît un hiver encore excessivement froid, avec cependant une période chaude et sèche au printemps, qui va contribuer, certainement avec l’effet amplificateur de l’occupation, à dévaster 52 000 hectares, dont des surfaces parcourues précédemment.

1943 va renouer avec la chaleur : en février, on dépasse souvent les 20 °C ; mars est très sec et les températures estivales seront au-dessus de la moyenne (40 °C à Mont de Marsan du 17 au 20 août), et associées à un déficit pluviométrique. Plus de 100 000 hectares partent en fumée.

1944 commence dans l’extrême douceur, avec un mois de février frais. À partir du printemps s’installe une longue sécheresse qui va perdurer jusqu’à l’été avec des températures hors normes à partir de la fin du mois de mai. Du 11 au 19 août, on enregistre des maximums de 39 °C à Mont de Marsan. La pluviosité revient avec intensité en novembre, et la fin de l’année se termine dans la froidure, mais ce sont 64 000 hectares qui auront été brûlés.

1945 sera une année très contrastée : elle commence avec un mois de janvier très froid, alors que février restera doux.

En mars la tendance devient chaude, puis exceptionnelle en avril avec 31 °C à Mont de Marsan. Puis, à une semaine de la signature de l’Armistice, le 1er mai, il neige dans le Sud-Ouest ! On relève – 3 °C à Mont de Marsan. Ce froid ne subsistera pas, et du 12 au 17 mai, on retrouve des températures de 35  °C dans les Landes, accompagnées de forts orages de grêle.

La chaleur persistera durant l’été avec des valeurs souvent proches des 40 °C dans les Landes. 1945 est considérée comme l’année la plus sèche depuis 1921, mais aussi la plus chaude depuis le début des relevés en 1873 ; les surfaces atteintes par le feu sont d’au moins 89 000 hectares.

1946 commencera avec une période très froide en janvier, mais surtout avec des chutes de neige exceptionnelles dans le nord (entre le 1 et le 3 mars, 40 cm à Paris y paralysent toute activité). Mais le printemps arrive en force du 29 mars au 4 avril et les températures dépassent les 25 °C.

L’été sera chaud avec une canicule intense qui s’achève précocement le 21 août où pluie et fraicheur reviennent à peu près partout ; il neige en montagne. La fin de l’année sera fraiche, mais également sèche, avec peu de neige.

L’arrivée de la pluie en août aura certainement eu pour effet de réduire les surfaces brûlées, qui atteignaient tout de même près de 50 000 hectares. Profitant de cette situation, des milliards de criquets arrivant du sud, viennent atterrir dans les landes, ravageant les jeunes pousses de pins.

1947 rentra dans les mémoires : commencée par une froidure exceptionnelle la canicule s’installe dès le 25 avril, avec 32 °C à Mont de Marsan ; en mai et juin, on dépasse les 35 °C à Biarritz, ainsi que dans l’été avec plus de 38 °C à Bordeaux à plusieurs reprises. Vers la mi-septembre, on dépasse plusieurs fois les 31 °C à Bordeaux.

Le froid reviendra seulement à partir de fin octobre. L’été 1947 aura été l’un des plus chauds jamais enregistrés, aussi on explique difficilement pourquoi « seulement » 26 000 hectares auront brûlé. Et enfin, c’était une autre « année des criquets », qui elle aussi est restée dans les mémoires, et qui ne s’est pas reproduite depuis.

1948 commence dans le froid, avec des tempêtes de neige. L’été sera froid, avec quelques jours tout au plus de températures de saison. Fin septembre, on frôle cependant les 30 °C à Bordeaux, avant un refroidissement qui va perdurer jusqu’à la fin de l’année.

1949 aura connu une canicule durable. La seule période de froid s’est établie début mars, et avril connaît la plus forte vague de chaleur jamais enregistrée (31,1 °C à Bordeaux le 15 avril). L’été reste très chaud, avec peu de précipitations. Ces conditions expliquent les 100 000 hectares ravagés, et le triste incendie du 20 août qui fit 82 victimes et parcourut à lui seul plus de 50 000 hectares.

Terrible incendie dans les Landes

Revenons sur ce terrible drame qui est resté dans la mémoire collective des Landais. La fragilisation de la forêt par le manque d’entretien, et surtout les périodes de sécheresses successives vont augmenter la combustibilité du massif. Dès le 18 août, de nombreux incendies ont ravagé 100 000 hectares de pins.

Et le 19 août 1949, un feu se déclenche à Saucats vers 13h00 ; il aurait été causé par le gardien d’une scierie qui fumait dans son lit… Les moyens s’avèrent vite insuffisants, les pompiers sont dépassés. L’allumage de contre-feux ne permet pas de contenir l’avancée des flammes qui vont poursuivre leur chemin dévastateur durant la nuit.

Un vent violent de nord-est n’arrange rien, et le front de flammes de plus de 5 kilomètres se dirige vers le Barp. Les pompiers allument contre-feu sur contre-feu, sans succès, alors que le vent tourne à l’est, emportant à une vitesse de 4 kilomètres par heure l’incendie aux portes de Salles et de Mios.

On croit un moment à une accalmie, mais dans l’après-midi du 20 août, le vent passe au nord-est en forcissant ce qui a pour conséquence d’attiser les flammes partout où le feu semblait circonscrit…

C’est alors que les 82 sauveteurs pompiers, bénévoles, et vingt-trois militaires du 33ème régiment d’artillerie de Châtellerault sont encerclés par les flammes. L’après-midi « une pluie de feuilles et d’aiguilles carbonisées, de morceaux d’écorce calcinée, et de cendres recouvre Bordeaux ».

L’obscurité se fait et le panache de fumée est visible à 100 km à la ronde. C’est dans la nuit du 20 août que la situation semble devenir contrôlable, mais les pompiers restent à l’œuvre jusqu’au 26 et 27 pour sécuriser les reprises de feux.

On rappellera que les incendies pouvaient parcourir plusieurs fois de suite les mêmes terrains, ce qui explique que les surfaces dévastées dépassent les 500 000 hectares.

Avant l’immense désastre de 1949, on avait déjà pris conscience des facteurs susceptibles de conduire à de grands incendies dans le massif landais. Un premier effort est engagé en 1945, par une ordonnance5 qui va initier la création de pistes, la construction de réserves d’eau, et l’achat de matériel.

Le 25 mars 1947 est créé un corps de sapeurs-pompiers forestiers, et le Fonds forestier national (FFN) octroie des aides pour le reboisement, ainsi que pour l’équipement et la prévention. La structuration de la forêt pour sa protection contre l’incendie est en marche, et deviendra effective après plus d’une décennie d’efforts.

La montée en puissance des mesures concerne tout à la fois la prévention (actions sur le terrain avec pistes d’accès, pare-feu, réservoirs, mise en place d’une stratégie d’information…) et la lutte (moyens techniques adaptés, personnels formés…).

Le résultat est à la hauteur des moyens engagés : la forêt brûle de moins en moins, mais le risque est toujours là ! Et si des sécheresses comparables à celles de la période 1937 – 1949 venaient à se reproduire, un nouveau désastre pourrait éclore, malgré cette remarquable organisation tout à fait opérationnelle dévolue à la lutte contre le feu dans le massif forestier.

Faisons enfin remarquer, en référence aux conditions météorologiques caractérisant la période 1937 – 1949, qu’une lecture actuelle faite par les médias conclurait à un « dérèglement », ou un « changement » climatique, tant les phénomènes extrêmes ont été nombreux dans une période aussi courte : froidure, violentes tempêtes et tornades, orages, sècheresses, canicules, etc. Sans parler des invasions de criquets, que nous n’avons pas revues depuis…

Quant à supposer que le risque de sécheresses augmentera à l’avenir, du fait notamment d’un supposé « réchauffement climatique », personne n’est en mesure de le prédire, et c’est heureux, car il est préférable de placer les moyens là où ils sont nécessaires, à savoir sur les territoires, plutôt que d’engager des études aussi dispendieuses qu’inutiles sur la modélisation des climats de demain.

Sources utilisées :

Deville, J. (2009) : L’incendie meurtrier – dans la forêt des Landes en août 1949. Paris (les Éditions des Pompiers de France).

Mercier Charles. Le massif landais. In numéro spécial 1974 de la Revue forestière française consacrée aux incendies de forêts (2 tomes).

Séchet Guillaume : Chronique météo de 1850 à nos jours (http://www.meteo-paris.com/chronique)

Sargos Roger (1949). Contribution à l’histoire du boisement des landes de Gascogne. Ed. Delmas, Bordeaux, 838 p.

Quelques sites/blogs à visiter :

http://www.skyfall.fr/ : un site documenté, avec un forum actif

http://www.pensee-unique.fr/ : Pensée unique, site tenu par un scientifique qui offre de nombreuses références

https://www.climato-realistes.fr/ : Un nouveau site également tenu par des scientifiques

http://www.affaireclimatique.fr/ : L’affaire climatique : le site de l’auteur de cet article.

 

  1.  La climatologie est le recensement des observations météorologiques sur au moins une trentaine d’années…Un phénomène ponctuel ne peut pas être rattaché à une tendance climatique.
  2.  Voir Taillentou J.-J. Incendies de forêts à Castets et Linxe au XVIIIe siècle, Bulletin n° 6 de 1995 de l’association Mémoire en Marensin (pages 97 – 103) ; voir également le bulletin n° 8 spécial Marensin (Taillentou, 1997).
  3.  Plus marginalement quelques incendies se sont déclarés en août 1938.
  4. Certains l’ont comparée, en intensité, à Xynthia.
  5.  Ordonnance du 28 avril 1945, relative à l’aménagement des Landes de Gascogne.