Dunkerque ou des minorités occultées

Un peu d’humour : pour une lecture, d’extrême-gauche, intersectionnelle et non discriminante du nouveau film de Christopher Nolan.

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Dunkerque ou des minorités occultées

Publié le 16 août 2017
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Par Henri Astier.

Depuis sa sortie dans les salles le mois dernier, Dunkerque a fait l’objet de critiques sévères dans la presse anglo-saxonne.

Le New York Times souligne que le film « ne montre aucun des soldats indiens qui étaient présents lors de la bataille ».  À l’«amnésie de l’empire», s’ajoute une islamophobie plus ou moins consciente : les régiments indiens étaient en effet composés en majorité de Musulmans.

Il y a plus grave.  Le Washington Post nous apprend que ces unités ont été « parmi les dernières à être évacuées ».   The Independent parle de « version blanchie, qui ignore la bravoure des soldats noirs et musulmans ».

Xénophobie ambiante ?

Pour Le Guardian, l’absence de non-blancs dans le film est en phase avec la xénophobie ambiante.  Avouer l’héroïsme des indigènes du royaume, c’eût été reconnaître que l’autre est notre semblable  – un message qui passe mal dans l’Angleterre du Brexit et l’Amérique de Trump.

« Pourrions-nous toujours considérer nos voisins comme des sous-hommes si nous les voyions combattre aux côtés de nos « boys » dans cette « bonne » guerre ? » demande le commentateur du Guardian.

Pantois devant de telles accusations, et hésitant à croire à une capitulation de l’industrie cinématographique devant la montée du patriotisme identitaire, j’ai décidé de me faire ma propre opinion en allant voir Dunkerque.

Des critiques trop tièdes !

Je découvris avec consternation que loin d’exagérer, les critiques n’étaient pas allés assez loin ! L’absence de représentation va bien au-delà des jeunes venus d’Asie, d’Afrique, ou du Moyen-Orient se sacrifier pour la survie de leurs maîtres coloniaux. Le film est tout aussi silencieux sur le sort des soldats homosexuels.

Statistiquement, ils devaient être des dizaines de milliers sur les plages de la mort.  Combien de quolibets ont-ils subi, eux qui furent envoyés au casse-pipe par un pays qui les considérait comme des criminels ?  Combien d’entre eux ont-ils été rejetés en bout de file lors de l’évacuation parce qu’ils étaient « différents »?

Pas une seule réplique pour les soldats blessés !

Dunkerque ne fournit aucune réponse à des questions qui ne sont même pas venues à l’esprit des producteurs.  Idem pour les blessés qui finirent handicapés à vie.  Il y a une réplique – une seule réplique ! – concernant un soldat en état de choc : « Il ne sera peut-être plus jamais lui-même. »  Cela rend-il justice à ces héros qui n’ont échappé à l’enfer de Zuydcoote que pour connaître celui de la chaise roulante ?

L’humanité, nous le savons depuis Foucault, est divisée en deux camps : celui des dominants et celui des dominés.  L’idée qui sous-tend les justes critiques adressées à Dunkerque est que toute œuvre d’art responsable – notamment quand il s’agit d’un art de masse comme le cinéma – doit refléter l’existence des groupes marginalisés.

Dominés partout, justice nulle part

Je ne prétends pas avoir identifié tous ceux que Dunkerque a négligés.  N’étant point spécialiste en matière de populations exclues, je maîtrise encore mal la catégorie des « sexuellement fluides », par opposition à ceux qui se définissent de façon binaire comme  « homme » ou « femme », et ignore si elle est pertinente pour ce film.

Le problème est bien là : la théorie de la domination est une science aussi vaste que pointue, et on ne saurait attendre d’un réalisateur, aussi talentueux soit-il, qu’il en saisisse toutes les subtilités.  Les silences de Dunkerque, convenons-en, sont involontaires – et d’ailleurs d’autant plus inquiétants !

Consultants en diversité

C’est pourquoi, poussant la réflexion des articles précités jusqu’à leur conclusion logique, je propose la mise en place au sein des sociétés de production de postes de consultants en diversité.

Ces conseillers auraient pour rôle non seulement de signaler aux auteurs toutes les minorités à mentionner qui auraient pu leur échapper, mais aussi la meilleure façon de le faire.

On corrigerait par exemple un scénario qui, voulant rendre hommage à un marathonien éthiopien, renforcerait malencontreusement les stéréotypes capacitistes en éclipsant les jeunes de son village atteints de polio. La victimologie est un domaine aussi miné que les plages de Dunkerque : on ne saurait s’y aventurer sans experts en désamorçage.

Vigilance cinématographique

Ces traqueurs de préjugés resteront vigilants jusqu’à la postproduction, et notamment au montage.  À quoi sert de filmer un plan-séquence du prochain James Bond montrant au passage que la patronne des services secrets estoniens est transsexuelle, si c’est pour qu’il termine à la corbeille ?

Les pouvoirs publics ont leur rôle à jouer.  Il ne s’agit pas de légiférer sur la question : la coercition n’a pas sa place un pays de libre expression.  Mais on pourrait envisager des incitations en conditionnant les aides au cinéma (rabais fiscaux dans les États américains, subventions directes en Europe) à la présence de ces consultants en diversité.

Gardons nous d’objecter que le cinéma est un divertissement avant tout, et qu’il n’y rien de tel pour tuer le spectacle qu’une ribambelle d’homélies bienveillantes.  Ce serait ne rien comprendre à la dernière avancée en sciences de la discrimination : l‘intersectionnalité. Ce concept désigne le fait qu’un même individu peut subir plusieurs formes d’oppression – selon son sexe, son orientation sexuelle, sa religion, son handicap, etc.

Dans le cas de Dunkerque, un conseiller avisé aurait pu recommander la présence dans le récit d’un personnage kényan et homosexuel.  Deux courtes scènes auraient suffi.

Dans l’une, il aurait été jeté par-dessus bord par des conscrits anglais (peut-être, et de façon facultative, en compagnie d’un Écossais).

La seconde serait un flash forward où on le verrait dix ans plus tard, amputé des deux jambes, croupissant au fond d’un hospice de Mombasa dans l’indifférence totale des autorités coloniales britanniques.

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  • Je suis sans voix devant tant d’âneries. Ces types croient vraiment ce qu’ils écrivent, ils voient de la xénophobie partout ?

    • De la xénophobie, du racisme, du sexisme, de la transphobie, de l’homophobie etc. Partout, oui, dans les jeux vidéos, dans le cinéma, dans le fonctionnement des entreprises, dans les pub, etc.

      Si vous parlez anglais, vous pouvez vous régaler sur Youtube des dénonciations diverses et variées de l' »extrème-gauche » américaine.
      Je mets des guillements car le parti Démocrate qu’on ne devrait pas classer à l’extrème-gauche est lui aussi en plein délire intersectionnaliste.

      Il y a aussi l’utilisation de nouveaux pronoms personels pour les personnes transgenres (fini he/she her/his, etc) et je crois même qu’une province du Canada condamne la mauvaise utilisation du néo-pronom par une amande pour discrimination.

      En France on a voté des lois de parité en politique et ailleurs, lois que n’ont pas votées les USA, en contrepartie nous échappons à un certain nombre de délires comme les néo-pronoms, et autres absurdités du féminisme américain.

  • Effectivement commentaires pathétiques..Certes il y a sûrement beaucoup de manques et d’erreurs historiques mais Nolan en grand tragédien nous donne une unité de temps , de lieu et d’action remarquables que ce soit du sol , du ciel , sur mer etc ..Avec comme dans tous ses films un jeu temporel fait de va et vient que l’on aime ou pas et Zimmer nous offre aussi une bande son remarquable en « 3D »..C’est avant tout un plaisir cinematographique..

  • L’article, même s’il est humoristique, aurait dû prendre le soin de préciser que le problème n’est pas de pointer les omissions d’un film qui a la prétention de fidèlement relater des évènements historiques. Le problème c’est uniquement l’assertion que le réalisateur a des intentions cachées et l’empressement de qualifier les omissions du film de « racistes, islamophobes, xénophobes, homophobes, etc. »

    Si un film parle de la lutte héroïque menée par des humains contre des éléphants vampires, des dragons armés de bazookas, et des yétis ninjas, cela ne pose aucun problème d’avoir uniquement des blancs ou uniquement des noirs dans le rôle des humains.

    Si un film à prétention historique parle de la lutte contre la ségrégation raciale, cela poserait un problème d’avoir un acteur blanc dans le rôle de Martin Luther King.

    Si un film à prétention historique parle de la révolution conservatrice des années 80, cela poserait un problème d’avoir une actrice noire Aborigène dans le rôle de Margaret Thatcher et un acteur noir Pygmée dans le rôle de Ronald Reagan.

  • Merci pour ce moment de délire, j’ai bien ri… mais tellement vrai.

  • Que penser de « Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires ».

  • J’ai bien ri aussi, et cela m’a rappelé quelque chose de tout à fait similaire qui est arrivé en France avec Amelie Poulain, qualifié de « formellement clos et vissé, esthétiquement réactionnaire, passablement ennuyeux, totalement anecdotique dans son propos, et profondément rance et vieillot (pour rester poli) dans la vision de la France » (SIC).

    L’auteur: Serge Kaganski, des Inrocks, le magasine qui dit que la culture est forcément de gauche, et les raisons évoquées sont les mêmes: pas assez de « diversité » dans ce film. Je vous engage à lire cette critique, tellement c’est bête.

    Et la meilleure des réponses à cette critique est venue de Jean-Pierre Mocky, dans un style « un peu plus fleurie » que le vôtre. Cherchez « jean pierre mocky serge Kaganski » sur Youtube, ca vaut son pesant d’or 🙂

  • Excellent.
    Henri Astier, vous devriez postuler pour un poste de critique cinématographique auprès de Télérama, Inrocks et autres (trop nombreux) représentants de la presse du Bien.
    J’en profite pour lancer un appel : à quand un bon journal de programmes télé qui ne nous infligerait pas chaque semaine sa bien pensance ultra sélective et tellement caricaturale qu’elle finit par faire rire ?

    • @ דוב קרבי dov kravi

      Ce qui est étonnant, en France et vu de l’étranger est ce qu’on nomme maintenant (la dictature du) « Main Stream », une sorte de « bien-pensance officielle à adopter par tous! Sans nuance et dans un système binaire de dedans-dehors, abreuvant les médias de « bons » et de « mauvais », hors de toute réalité essentiellement nuancée! Ce n’est pas croyable, littéralement parlant!

  • Sans compter les publicités papiers qu’on retrouve dans nos boites à lettres et qui nous « donnent » d’un modèle féminin aux cheveux crépus ou du mâle africain supérieurement musclé. Et je ne parle pas des enfants métis sur les pages d’habits des « kidds ».
    A quand une actrice noire pour les césars du cinéma, réclamant « Justice pour la diversité obligatoire partout et en tout ».
    Comme pour Théo avec Hollande, verra t’on Macron et ses « chances pour la France »?.
    Le cinématographiquement correct va encore nous frapper. Ils sont « partout ».

    • Voilà le genre de commentaires (celui de gebe) merveilleusement intelligents, prodigieusement subtils, extraordinairement lucides, qu’on obtient inévitablement lorsqu’on pond un article qui, sous couvert d’humour, omet de préciser que ce n’est pas en soi un problème de pointer les omissions d’un film qui a la prétention de fidèlement relater des évènements historiques. J’espère que l’auteur de l’article est fier du commentaire de gebe.

      • @ commando
        Bien vu! Henri Astier fait semblant que le film de la (rare pendant cette guerre!) période héroïque française protégeant la retraite britannique sur ses terres n’a pas à faire une reconstitution vraisemblable (avec toutes les variétés d’origine des soldats). D’autres en jugent autrement. Dont acte!

        Qui n’a pas compris que la France, avec le pétainisme, l’Indochine et la Corée puis l’Algérie, n’a, depuis longtemps plus à s’enorgueillir d’une victoire!

        À Dunkerque, en fait, les Français avaient déjà reculé!

        Mais qu’à cela ne tienne, un « article humoristique », sur une bataille d’une guerre que la France a quand même perdue (Yalta), grâce à un maréchal choisi mais dépassé et finalement lamentable, enterré à l’Île d’Yeu!

        Mais qui dit queles premières troupes envoyées hors de France, actuellement, sont encore celles du 2ième REP et surtout rEp: E comme étrangers de régiment étranger parachutiste, priés d’éclaircir le terrain et de vivre sur le terrain conquis! La France a officialisé ses mercenaires étrangers, rien de plus! Ce sont des contractuels étrangers, pas des vrais Français, toujours assez xénofrileux (en fait, inversement proportionnellement, de la distance au centre parisien et de la source de la Doxa) qui, grâce au chauvinisme, n’hésite pas à franchir d’autres obstacles!

        Bon, si Henri Astier, ça le fait rire, d’autres pensent autrement!

        Mais en fait, ce qui est important, c’est ce que le monde pense de vous bien plus que de ce que vous pensez du monde! Il serait temps de vous en rendre compte!

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