STX France : la décision catastrophique de l’État

Pourtant possédés pendant dix ans par une entreprise coréenne, les chantiers ont conservé leur savoir-faire. Alors pourquoi une entreprise italienne serait-elle plus dangereuse pour « les intérêts stratégiques français » ?

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STX France : la décision catastrophique de l’État

Publié le 9 août 2017
- A +

Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

Le gouvernement n’a donc pu s’empêcher d’exercer son droit de préemption après avoir échoué à modifier un accord signé voilà trois mois seulement, et déjà largement favorable aux revendications de l’actionnaire minoritaire français.

À l’appui de cette décision, les habituels arguments des politiques qui semblent devoir rester à jamais méfiants vis-à-vis de l’économie de marché. Il faut protéger nos industries, nos emplois, nos intérêts contre une société privée donc nécessairement mal intentionnée.

Alors branche marine d’Alstom, les chantiers de l’Atlantique pâtissent d’une situation financière précaire. Ils sont vendus en 2006 à une société norvégienne, Aker Yards. 75% du capital est cédé pour 50 m€ et l’accord prévoit la cession des 25% restant en 2010. À l’époque, cette décision n’entraîne pas la moindre réaction politique.


En 2008, c’est STX, un constructeur coréen, qui rachetant Aker Yards, prend possession des chantiers. L’État cette fois intervient en acquérant 33% des parts sans d’ailleurs prévenir le propriétaire. Nicolas Sarkozy se félicite de « sécuriser les intérêts stratégiques et industriels de la France » qui n’ont semblent-ils pas pâtis lors des années passées sous pavillon norvégien.


Aujourd’hui, les mêmes arguments reviennent. Pourtant possédés pendant dix ans par une entreprise coréenne, les chantiers ont conservé leur savoir-faire. Alors pourquoi une entreprise italienne serait-elle plus dangereuse pour « les intérêts stratégiques français » ?

Parce que Fincantieri est associée à une entreprise chinoise ? Si l’on a pu construire deux bâtiments militaires d’importance avec STX sans perdre la prédominance technique (propriété de Naval group et non des chantiers de l’Atlantique), pourquoi cela ne pourrait plus en être ainsi ? Quant à la construction de paquebot de croisière, il est difficile de l’ériger en intérêt stratégique français.


De façon ironique, c’est une entreprise italienne qui a presque sauvé les chantiers quand ceux-ci étaient en manque de commandes. MSC est aussi le plus gros client des chantiers.

Sauver des emplois

« Mais il y a des enjeux en termes d’emplois » selon Bruno Le Maire. Directement et indirectement, 8 000 emplois en dépendraient. Mais les interventions de l’État sur des cas particuliers médiatisés sont une goutte d’eau quand chaque semaine de 50 000 à 70 000 CDI sont signés en France. Il y a bien plus à perdre en donnant une image consternante de l’environnement des affaires.


Par ailleurs, les zélateurs de la nationalisation ont beau jeu de parler de la plus grande cale de construction d’Europe. Elle justifierait l’intervention de l’État. Mais justement, on voit mal comment celle-ci pourrait être délocalisée.


Créer une entreprise européenne de construction navale ?


L’ultime grelot proposé aux Italiens injustement traités, et montré aux Français comme l’exemple d’une grande vision, est la construction d’un « meilleur accord », notamment autour des bâtiments militaires. Les ratés très onéreux de l’avion ravitailleur A400M, de l’avion de combat Eurofighter ou du système de guidage satellite Galileo n’ont donc pas guéri les politiques de leurs rêves mégalomanes ?

Par ailleurs, la prédominance française sur certaines techniques de construction navale (sous-marin ou BPC par exemple) montre que si la France souhaitait vraiment protéger ses savoirs stratégiques, elle n’essaierait pas de les partager dans une entreprise européenne vouée à l’échec.


Au début de l’année, seul Fincantieri s’est porté acquéreur des chantiers navals. Avec un État qui se comporte ainsi, comment croire que d’autres entreprises seraient intéressées ? En tout cas, pourquoi y en aurait-il plus après ce cirque médiatique qu’auparavant ? Il est fort probable que l’État concocte un assemblage industriel franco-français dont il raffole.

Quel coût ?

Il n’en coûtera présentement « que » 80 m€, mais au combien plus à venir ? Après l’humiliation lancée aux Russes lors de la non vente des BPC, le mépris montré aux italiens, qui voudra encore traiter avec des entreprises que l’État français est susceptible de « protéger » ?

Il est désormais établi que le gouvernement français peut bafouer un accord avec un pays pour le moins proche au bénéfice de ce qui ressemble à une simple opération de communication. Les coûts cachés de ces opérations sont inestimables.

Le seul point positif à retenir

Une chose est à retenir de cette histoire : Emmanuel Macron n’est pas vraiment un libéral et les ministres de droite qui l’entourent non plus. Les hommes politiques en place n’ont pas de conviction particulière, ils agissent en fonction du temps, et c’est de cela qu’il faut vraiment s’inquiéter.


C’est un maigre avantage, mais la clarté des opinions permet parfois d’avancer : les libéraux ne sont toujours pas représentés politiquement, n’en doutons plus.

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  • « les libéraux ne sont toujours pas représentés politiquement, n’en doutons plus »
    personne n’en doutait…

  • Il y a une constante dans ce genre d’affaires, la France se fait toujours avoir. Que ce soit de sa faute est une autre histoire. Notre histoire économique n’a été qu’épisodiquement libérale, et l’État est toujours le premier appelé au secours, par toutes les parties françaises, Dont aucune n’a les moyens de se passer.
    Dans cette affaire STX, la construction de paquebots de croisière est un pactole qui peut se réduire ou s’effondrer brusquement. Si Ficantieri doit réduire sa production, il sacrifiera en premier le chantier français. On peut le comprendre.

    • La construction de paquebots de croisière n’a rien d’un pactole, sauf peut-être pour les armateurs. Les chantiers font des marges ridicules avec des investissements pharaoniques. Nul doute que s’il en était autrement, les candidats au rachat des Chantiers se presseraient au portillon, et que parmi cette foule il s’en trouverait qui auraient les parrainages qu’il faut pour l’acceptation du gouvernement français. Mais en l’occurrence, seul un candidat qui peut dégager des synergies significatives avec sa propre activité existante peut se déclarer. On peut se demander quelles synergies le gouvernement français (ou plus probablement M. Alexis Kohler, bras droit de Macron) a trouvé pour exiger de devenir le parrain des Chantiers, alors que la logique des gains dans la reprise par Fincantieri était incontestable.
      En effet, en cas de marasme quand les 10 ans du carnet de commande se seront épuisés, il n’y a aucune raison objective que les Chantiers devenus branche française de Fincantieri soient significativement plus touchés que leurs homologues sis en Italie — en Italie, la logique économique n’est pas subordonnée à la revendication sociale nationaliste — tandis qu’il y a toutes les certitudes que nationalisés, ils n’auraient alors plus aucune commande privée.

      •  » Nul doute que s’il en était autrement, les candidats au rachat des Chantiers se presseraient au portillon  »

        Relisez le début de l’article. quand dans un domaine industriel l’état se donne le droit d’intervenir uniquement pour des raisons qui ne relèvent plus du business mais à des fins politiques et électoralistes; c’est pas vraiment le meilleur moyen d’attirer une foule d’investisseurs privés pour redresser les profits en berne. Bref; on attrape pas des mouches avec du vinaigre.

        • @ Le nouveau
          Oui et casser un accord signé, en affaires, avec intrusion politique, ne facilite pas la confiance entre privé et public!
          Mais la France s’est méfiée sans doute: pourquoi: à cause du partenaire et de ses intentions supposées mauvaises ou à cause de l’accord mal rédigé?
          Et la leçon vaudra pour tous les pays, à commencer par la Russie!

          • Mais la Russie n’a aucune intention d’acheter une entreprise française.
            Ni aucune société russe par ailleurs.
            Ils sont largement prévenus.

    • Décidément vous ne savez pas lire! Le seul chantier à posséder une cale assez grande pour construire ces mastodontes est Saint Nazaire. Il n’y en a pas en Italie. Donc impossible à délocaliser!

  • Comme si les libéraux avaient encore des illusions sur les politiciens français. Ils savent que ce sont des abrutis corrompus, uniquement préoccupé de leur com pour leur reélection. Le Maire est un parfait exemple, prêchant le contraire de ce qu’il disait pendant sa campagne! Tout comme son président Hollande II.

  •  » ils agissent en fonction du temps « …;autant dire que l’on navigue sur un paquebot sans gouvernail , sans moteur , sans ordinateur , et sans capitaine ….au grés du vent quoi… belle croisière en perspective….

  • Il me semble que la question n’est pas « quel coût ? », mais « quels bénéfices et pour qui ? ».

  • La seule certitude que nous avons c’est l’incertitude juridique francaise comme constante fiable, tant fiscale , sociale ,financière et juridique !

  • Vu comme l’Etat gère son capital, les Chantiers Navals seront bientôt coulés pour de bon. Ce ne sera évidemment pas sa faute, mais celle du marché. A la trappe les « Cocoricco ! Savoir-faire français, bateaux Made in France ! » Bateaux qui coûtent un bras, parce que Made in France, et qu’en France socialiste il y a des taxes, beaucoup de taxes.

  • Les commentaires sont fermés.

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