La parabole des retraites

Quand on vous dit que deux travailleurs assurent la pension d’un retraité, oubliez cet anonymat réconfortant. Pensez que ces deux travailleurs, ce sont vos enfants.

Par Jacques Clouteau.

Certains ne connaissent pas le système français de retraite par répartition mis en place, faut-il le rappeler, en 1941 sous le gouvernement de Vichy.

Beaucoup imaginent que c’est un merveilleux système de solidarité inter-générationnelle, dans lequel les actifs en pleine force paient pour les plus âgés. Et les plus mielleux ajoutent, la bouche en cul de poule, que c’est un système que le monde entier nous envie, si, si !

La plupart pensent que leurs cotisations vont s’entasser dans un grand coffre-fort et que, le temps de la retraite venu, ils pourront piocher dedans jusqu’à leur mort.

Quelques-uns imaginent que cet argent est abrité dans de juteux placements où il prospère et enfle chaque année…

Où va l’argent ?

Bien peu ont une idée de la triste, fadasse et piètre réalité : l’argent des cotisations n’a pas le temps de refroidir. À peine est-il pompé de votre bulletin de paye qu’il est immédiatement redistribué dans les bordereaux de retraite.

Les caisses de retraite, à l’exception de quelques-unes, très rares, qui ont constitué de modestes réserves, sont des coquilles vides, où l’argent circule en une journée…

Mais faisons un peu de pédagogie et prenons un exemple afin que tout le monde comprenne ce qu’est la répartition.

À la fin de la dernière guerre, en 1945, il y avait, grosso modo, 10 travailleurs actifs pour un retraité. On prélevait donc à chaque travailleur 10% de son salaire pour payer la retraite du papé. On expliquait en même temps au travailleur que ce prélèvement lui garantissait des droits pour sa future retraite.

1,5 travailleur pour 1 retraité

Hélas les temps ont changé… Les vieux en bonne santé n’en finissent pas de mourir, les enfants sont plus rares et les entreprises, fatiguées d’être ponctionnées et montrées du doigt, ferment ou s’en vont sous des cieux plus cléments et respectueux.

Aujourd’hui, en 2017, il reste 1 travailleur et demi pour assurer la pension d’un retraité. La tâche est naturellement insurmontable… Pour faciliter l’énoncé de la parabole, nous allons arrondir ce chiffre à 2 et dire que désormais, en France, il y a deux travailleurs pour un retraité.

Marcel à la retraite

Ce retraité, nous l’appellerons Marcel. Marcel a besoin, pour vivre sa retraite, compte-tenu de ses points de carrière, de 1.500 € par mois.

Il se trouve que Marcel habite dans la même rue que ses enfants, Paul et Alice, qui travaillent tous deux. Paul est magasinier et Alice institutrice. Alors, plutôt que d’aller ponctionner les salaires de deux personnes inconnues censées lui assurer sa pension, Marcel a trouvé plus simple d’aller voir ses propres enfants.

Ainsi chaque matin, avant d’avoir bu son café, Marcel va sonner à la porte de son fils Paul, avant qu’il ne parte au travail, et lui réclame 25 euros pour assurer sa journée de pensionné.

Ensuite il va voir sa fille Alice, juste avant qu’elle ne mène ses enfants à l’école, et lui réclame également 25 euros. Avec ses 50 euros en poche, il est tranquille pour 24 heures. À raison de 30 jours par mois, 30 X 50 lui garantissent ses 1.500 €, auxquels il a droit, on lui a toujours dit.

Des droits en bandoulière

Donc, avec ses « droits » en bandoulière, Marcel va ponctionner 25 X 30 = 750 € à son fils, chaque mois, jusqu’à sa mort. El la même chose à sa fille, 750 € par mois, jusqu’à sa mort. Comment ses enfants, avec leur modeste salaire, vont-ils pouvoir soustraire 750 €, n’est pas le problème de Marcel, puisqu’il a des droits…

Quand le papé sera décédé, les enfants n’en auront pas fini, ils devront continuer à donner pour un autre, qui a aussi des « droits »…

Alors, quand on vous dit que deux travailleurs assurent la pension d’un retraité, oubliez cet anonymat réconfortant. Pensez que ces deux travailleurs, ce sont vos enfants.

Et demandez-vous si vous aurez vraiment le courage, ou le « droit », d’aller les voler chaque matin… Puis de clamer ensuite à la face du monde la merveilleuse solidarité du système français de retraites par répartition…