Moralisation de la vie politique : si on s’inspirait du privé ?

La multiplication des « affaires » pendant la campagne et leur impact dans l’opinion ont fait surgir l’idée de moralisation de la politique. Plutôt que parler de moralisation, pourquoi ne pas prendre exemple sur le secteur privé pour résoudre le problème ?

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Moralisation de la vie politique : si on s’inspirait du privé ?

Publié le 30 juin 2017
- A +

Par Hervé Gourio.
Un article d’Emploi 2017

Un peu trop tard le président Macron s’est avisé que l’humanité s’occupait depuis bien des siècles de moraliser la vie tout court et qu’il fallait changer le titre de la loi. Hélas, pour en appeler à générer une vertu presque aussi exigeante : la confiance.

On aurait pu plus modestement tourner la page de l’emphase électorale et se projeter dans le mode gouvernemental afin d’essayer d’apaiser la colère des citoyens en faisant disparaître de manière pragmatique les chiffons rouges, dont l’un au moins nous paraît bien fondé : comment s’assurer que les hommes politiques ne font pas passer leur intérêt personnel avant l’intérêt collectif dont ils ont la charge.

Les conflits d’intérêts : un phénomène bien connu et bien maîtrisé dans le monde des affaires

C’est un domaine abondamment labouré dans le monde des affaires, son traitement est limpide et très largement accepté. Le point de départ est de déclarer ouvertement dans l’enceinte publique ou privée correspondante que l’on se trouve en situation de conflit d’intérêts.

Dans les sociétés anonymes, c’est trivialement le cas pour les mandataires sociaux et les administrateurs qui contractent directement ou indirectement à titre personnel avec la société dont ils gèrent les intérêts.

Idéalement cette déclaration est le fait de la personne concernée mais il est bien admis que tous sont fondés à poser la question à propos de tous. C’est banal pour un homme d’affaires de se trouver dans une telle situation. La déclarer n’entraîne aucune suspicion, aucune présomption de culpabilité, bien au contraire.

Une fois la situation explicitée, il convient que la personne se retire de toute décision risquée ou, si elle ne peut absolument pas s’en abstraire, redouble de précautions pour démontrer que sa décision n’a pas été motivée par son intérêt personnel.

Certes l’application est parfois difficile car de nouvelles situations de conflits d’intérêts apparaissent – pas toujours faciles à décortiquer – en particulier dans le monde de la finance sophistiquée. En tout cas l’expérience accumulée est énorme dans un monde hypersensible à cette question.

Les conflits d’intérêts dans la vie politique : importer les comportements vertueux du monde des affaires

Le moment est venu d’ouvrir les fenêtres et d’instaurer ici des règles qui ont fait leurs preuves dans le monde des affaires depuis des décennies et qui ont inspiré le Parlement – toujours fort respectable – de la nation « de boutiquiers » d’outre-Manche. En comparaison, les hommes politiques français semblent découvrir l’existence des problèmes liés aux conflits d’intérêts.

Dans la vie publique ces situations sont pourtant encore plus fréquentes que dans les affaires pour deux raisons fondamentales : les élus tiennent leur poste de nombreux électeurs qu’ils peuvent être tentés de remercier, et les décisions publiques ont un spectre plus large que les simples transactions commerciales et affectent des intérêts de tous ordres.

On touche ici du doigt la difficulté de définir concrètement l’intérêt général qui pourtant déclenche dans la bouche de tant d’orateurs des accents de violoncelle si émouvants.


La solution pour juger de l’existence d’un conflit d’intérêts consiste à prendre le problème à l’envers. Il est beaucoup moins difficile de percevoir quelles sont les décisions qui améliorent ma situation personnelle… que de démontrer que j’ai agi dans l’intérêt général.

Déclarer les conflits d’intérêts


Et bien évidemment c’est un devoir pour tout homme politique intègre de déclarer ce conflit d’intérêts et d’agir comme dans le privé.

On voit cependant tout de suite le problème dans le monde politique : avez-vous déjà entendu un homme politique français déclarer qu’il se trouve en situation de conflit d’intérêts ? Ou se retirer d’une réunion ou d’une décision pour ce motif ?

Au lieu de cela, les hommes politiques français répugnent à cette déclaration. Ils croient que cette seule déclaration suffira à coup sûr à les condamner aux yeux de l’opinion publique. A contrario ils entretiennent l’idée que leur souci de l’intérêt général les imprègne à un point tel que toutes autres considérations sont négligeables.

En finir avec le déni

Comment croire un instant à cette image d’Epinal ? Qui veut faire l’ange fait la bête. Il faut pourtant mettre fin à cette obsession du déni.

On en a eu un magnifique exemple dans le vocabulaire de deux ministres démissionnaires cette semaine. Sylvie Goulard a suivi la règle que nous proposons en se retirant pour pouvoir défendre sa « bonne foi ». C’est accepter que dans une telle situation le jugement des tiers est indispensable.

À l’opposé, François Bayrou s’est insurgé contre la « dénonciation » dont il a fait l’objet, et comme toujours lorsqu’on parle de dénonciation en France, il n’a pas manqué de la comparer à celles visant les Juifs sous l’occupation ! Mais non, Monsieur Bayrou, déclarer le conflit entre votre intérêt personnel et celui du Parlement européen était un devoir.

Pas besoin d’une nouvelle loi

Pour apaiser la colère des citoyens sur le manque d’intégrité des hommes politiques, pas besoin d’une énième loi. Il faut tout simplement suivre l’exemple de Sylvie Goulard, c’est-à-dire déclarer tout uniment que l’on se trouve en situation de conflit d’intérêts quand c’est le cas, et se retirer de la décision ou s’expliquer de son comportement avant l’intervention du juge.


En outre, cela désencombrerait les tribunaux et réduirait les déclarations paperassières. Et avant peu si l’habitude se répand, de telles déclarations deviendraient aussi triviales que dans le monde des affaires. Avec la conséquence d’un violent choc en retour pour celui qui ferait passer son intérêt personnel avant l’intérêt collectif dont il a la charge.

On pourrait d’ailleurs commencer par une démonstration spectaculaire. Les députés qui n’ont pas démissionné de la fonction publique devraient s’abstenir au moment du vote des articles concernant leur rémunération dans la Loi de Finances. Et par la suite chaque député abstentionniste devrait pouvoir tout simplement invoquer l’existence d’un conflit d’intérêts pour expliquer son vote.

Cela remettrait aussi en question toutes les élucubrations déclenchées par la confusion actuelle, en reposant mieux les questions. Quelles professions sont-elles a priori compatibles avec une responsabilité publique ? Quel tribunal pour juger des fautes ? Quelles sanctions ?


Et cela renverserait radicalement la présomption, devenue d’innocence pour les élus.
Un peu d’air frais !

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  • Malheureusement, je crois que la (fausse) hypocrisie ne masque plus l’obsession française pour le « pognon » depuis longtemps. Il était, naguère, de bon ton de ne jamais parler d’argent dans les « dîners en ville »! C’était une marque de la bonne conduite « vieille France » (idem pour les religions ou les « races »). Hélas, ce non-dit n’annonçait rien de bon, dans mon expérience!

    La politique montre aussi l’abandon, non seulement d’une période d’austérité, mais même de plus de rigueur de gestion. Nul désir de soustraire une couche du « mille-feuille » avant de la remplacer par une autre plus rationnelle, le choix reste de l’ajouter, en multipliant les élus ou les « mandats » pour les élus déjà pris dans d’autres fonctions: on favorise ainsi le cumul, entre gens qui y ont tous un intérêt!

    Tout conflit d’intérêt devrait conduire, pour le moins à l’abstention dans le vote!

    La participation au débat restant ouverte, pas la décision!

    C’est la mauvaise interprétation du « lobbying » qui conduit à cela.

    Il n’est pourtant pas malsain que tout élu défende les intérêts et l’avis majoritaire de l’ensemble de ses électeurs potentiels!

    Qu’il cumule plusieurs mandats rémunérateurs ne sera qu’un facteur de méfiance!

    Et il est très rare que l’élu se dénonce volontairement!!!

  • Ce serait déjà pas mal qu’il y ait une liste exhaustive des relations entre époux et/ou ex-époux de ceux aux affaires publiques, du moins dans leurs secteurs les plus dépensiers. En effet, je trouve de plus en plus malsain cette propension que nos élu(e)s ont de garder leur nom de naissance, ce qui « distrait » la réflexion quant aux éventuels conflits d’intérêt et autres joyeusetés. Exemple récent du Commissaire aux participations de l’Etat qui est l’époux d’une nouvelle Ministre de l’actuel gouvernement. Parce que nous faire croire qu’ils ne parlent de rien de risqué au petit-dej…

  • « Les députés qui n’ont pas démissionné de la fonction publique devraient s’abstenir au moment du vote des articles concernant leur rémunération dans la Loi de Finances. »

    Et inversement, les députés n’ayant pas demissioné de leur fonction privé devrait s’abstenir pour toute loi régissant le travail privé… septique.

    • Pas exactement : en tant que député, le fonctionnaire en disponibilité dispose de moyens directs de modifier sa rémunération, ses conditions de travail, de retraite, s’assurznce maladie, de carrière, pour son retour au « boulot ».
      C’est nettement moins évident pour un député qui est issu de la vie civile, qu’il soit salarié, patron, indépendant.

  • Donner du pouvoir à une personne permet d’en contrôler l’intégrité , à 10 000 la tâche devient impossible.
    Ce débat sur la moralisation est par conséquent stérile , il faut faire avec le peu d’intégrité des hommes mais faire en sorte que lorsque quelqu’un , par le plus grand des hasard se fait prendre , ait un châtiment exemplaire…..ce qui fait que la plus part des élus devrait aujourd’hui être en prison , chacun a fait preuve un jour d’un manque d’intégrité…..exemple , placé est ses contraventions impayées ,Valls et sa compagne ou ses enfants , Fillon et son jet du weekend , Hollande et sa salade de truffes ou sa mise en plis…..pour les affaires rigolotes et médiatisées……

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