Législatives : Vallaud-Belkacem et Kosciusko-Morizet, candidates en détresse !

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Nathalie Kosciusko-Morizet et Najat Vallaud-Belkacem seront-elles les prochaines victimes du « dégagisme », cette propension qu’ont les électeurs français à sanctionner systématiquement les politiques après exercice ?

Par Nathalie MP.

Emmanuel Macron est un garçon très appliqué et tout ce qu’il fait est merveilleusement bien présenté. Exemple : parmi tous les partis qui participent aux élections législatives, La République en Marche (LREM) est le seul qui ait respecté au chiffre près la parité hommes femmes : 50 / 50 exactement, ni plus, ni moins. 

Autre exemple : le gouvernement a présenté hier sa « feuille de route » concernant la réforme du Code du travail. Il s’agit de mieux articuler entre eux les accords de branche et les accords d’entreprise, il s’agit de simplifier le dialogue social et sécuriser les relations de travail pour l’employeur et pour le salarié. Fort bien, mais comment ? Tout ceci reste vague.

48 rendez-vous avec les syndicats

Par contre, gage de sérieux et de bonnes intentions gouvernementales, le calendrier est détaillé réunion par réunion avec les syndicats. Pas moins de 48 rendez-vous sont prévus d’ici le 21 juillet ! Comme je le craignais déjà dans un article précédent, l’action macronienne semble mettre un point d’honneur à privilégier form over substance, jusqu’à en être maniaque.

À croire qu’Emmanuel Macron a suivi avec beaucoup d’attention les conseils que me prodiguait ma belle-mère : si le repas n’est pas prêt ou si vous n’avez pas trop envie de cuisiner, ce n’est pas grave, il suffit de bien dresser le couvert, il suffit de donner envie de passer à table. Une jolie nappe, à défaut d’un steak bien grillé, y pourvoira. Tout paraît plus abondant et meilleur dans un décor accueillant. Printanier, dirait Macron.

Force est de constater qu’avec lui tout le monde semble avoir envie de passer à table. Personne ne se soucie de savoir ce qu’il y aura dans les assiettes tant la porcelaine et l’argenterie brillent de mille feux.

Que trouvera-t-on derrière la communication de Macron ?

Les plus optimistes, les plus entichés, y verront une détermination sans faille à réformer, doublée d’une habileté consommée à n’effaroucher personne pour mieux sauter le moment venu. J’y vois surtout une manœuvre pré-électorale qui risque de ne déboucher sur rien, ou pas grand-chose une fois les élections passées et l’heure de vérité arrivée. Ce qu’on n’a pas dit avant est très difficile à faire après, même avec une majorité parlementaire.

Et de fait, chaque nouveau sondage l’atteste, La République en Marche (LREM) flanquée de son allié Modem semble avant tout en marche pour obtenir une majorité extrêmement confortable à l’issue des élections législatives.

Alors que la majorité absolue commence à partir de 289 sièges, le Président de la République pourrait compter sur 385 à 415 députés pour soutenir son gouvernement. Toutes les autres formations, notamment les deux grands partis sortants, LR et PS, sont réduits à leur plus simple expression pour ne pas dire un champ de ruines.

Les candidats sont pourtant plus nombreux que jamais, mais l’éparpillement des candidatures affecte à plein les partis traditionnels, le scrutin majoritaire jouant de ce fait en faveur de LREM.

On ne compte plus les divers de tous bords, même du côté de l’extrême-droite, alors que le FN y régnait seul auparavant. Chez les écologistes, sensibilité qui rassemblait à peine 2 % des électeurs au moment de l’élection présidentielle, on dénombre 911 candidats dispersés sous plusieurs étiquettes !

Au total, ce ne sont pas moins de 7 882 personnes qui se présentent dans 577 circonscriptions, soit une moyenne de 14 candidats par siège à pourvoir. Et encore, cette moyenne est loin de refléter certaines situations locales particulièrement éparpillées.

C’est là que j’en arrive à mes candidates en détresse : Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) des Républicains et Najat Valaud Belkacem (NVB) du PS.

SOS détresse pour Najat et Nathalie

Prenons d’abord le cas de NKM dans la 2ème circonscription de Paris. Actuellement élue dans l’Essonne, elle souhaitait se présenter à Paris par cohérence avec sa candidature municipale de 2014. Tous les espoirs lui étaient permis, car si elle n’avait pas décroché la mairie en raison du scrutin par arrondissement, elle avait néanmoins recueilli plus de voix que son adversaire Anne Hidalgo au premier tour.

Tout d’abord investie dans la 11ème circonscription, à cheval sur les arrondissements 6 et 14, elle réalise assez vite que la bataille sera difficile en raison d’un PS solide sur ce territoire.

C’est alors qu’elle se tourne vers la 2ème circonscription, celle de Fillon, lequel a décidé de ne pas se représenter quelle que soit l’issue de sa candidature présidentielle. Pour la droite, il s’agit d’une circonscription des beaux quartiers réputée imperdable qui intéresse également beaucoup Rachida Dati, actuelle maire du VIIème arrondissement.

Après avoir beaucoup intrigué, NKM obtient de François Fillon la belle circonscription convoitée. Rachida Dati est d’autant plus furieuse que NKM n’a obtenu que 2,5% des voix lors de la primaire de droite et qu’elle a appelé à voter Juppé au second tour. Elle menace sa rivale et met François Fillon en garde, non sans une certaine clairvoyance (nous sommes mi-janvier 2017, avant le déclenchement de l’affaire Penelope) :

Voilà une drôle de personnalité qui va d’échec en échec, de parachutage en parachutage, de trahison en trahison, même vis-à-vis de François Fillon qu’elle a traité de misogyne et de sexiste, et c’est cette personne qu’il récompense ! Quel signal ! Voilà ce qui écœure les Français (…) Si on continue comme ça, il ne faut pas exclure un second tour Macron – Le Pen.

Or aujourd’hui, non seulement François Fillon n’est pas Président, non seulement on a eu un second tour Macron – Le Pen, mais l’ancienne ministre de l’Écologie est en grande difficulté dans sa circonscription « en or ». Elle a 23 candidats en face d’elle dont les candidatures dissidentes d’Henri Guaino et Jean-Pierre Lecoq, maire LR du VIème arrondissement. Ce dernier, sous le coup d’une procédure d’exclusion de son parti, a dénoncé un parachutage au profit « d’une enfant gâtée de la politique dont les électeurs ne savent plus où elle habite ».

Plus précisément, selon un sondage paru ce week-end, elle ne récolterait que 24% des voix au premier tour contre 42% pour Gilles Le Gendre, le candidat de LREM, et serait platement battue au second. Situation inacceptable pour NKM qui tentait hier dans Le Parisien de redresser la situation en apitoyant les électeurs sur son triste sort :

Le parisien : Aujourd’hui, vous jouez votre survie politique ?
NKM : Oui, je sais que dans dix jours ma voix peut s’éteindre. 

NKM sait-elle penser à autre chose qu’à elle-même ? Est-elle capable d’avancer des idées plutôt que des mises en scène de son unique personne ? Face à la force d’attraction et à l’avance de LREM dans cette circonscription, il est douteux que des propos aussi narcissiques venue d’une candidate toujours très contente d’elle-même puissent la tirer d’affaire d’ici dimanche.

Najat en mauvaise posture

Dans l’ex-camp opposé, NVB n’est pas mieux lotie. Candidate à Villeurbanne dans la 6ème circonscription du Rhône, elle bénéficie théoriquement d’un solide bastion socialiste en même temps que de sa propre implantation locale qui date de 2003. Parrainée à ses débuts par Gérard Collomb, actuel ministre de l’Intérieur et soutien d’Emmanuel Macron de la première heure, elle n’a plus de contact avec son mentor, mais nécessité faisant loi, elle a adopté le langage macronien de « dépassement des clivages » :

Pas dit que cela suffira à rompre le charme de LREM, d’autant que le candidat de la France Insoumise (Mélenchon) est en embuscade, espérant la triangulaire. Après tout, NVB est une ministre sortante qui porte le fardeau du quinquennat Hollande et qui a soutenu Benoît Hamon dont le score présidentiel est tombé dans l’anecdotique (6,36%). Dans la bouche des électeurs de gauche, cela donne :

Najat Vallaud-Belkacem vient ici faire quelques selfies, mais il n’y a rien derrière.

On en a marre de voir toujours les mêmes élites qui descendent de leur petit microcosme parisien quand elles ont besoin de se faire élire. Najat Vallaud-Belkacem est élue dans la région depuis des années. À un moment donné, il faut renverser la table et faire de la place aux personnes de la société civile.

Des propos très doux aux oreilles de Bruno Bonnell, le candidat LREM. Selon un sondage Ifop, il recueillerait 30% des voix au premier tour contre 19% pour NVB et 17% pour le candidat mélenchoniste. Au second tour, il battrait NVB par 60% contre 40.

Comme NKM, l’ex-ministre de l’Éducation nationale a imaginé une riposte. Si le style, celui de la proximité avec un « people » de renommée planétaire, en fut très différent, le ridicule achevé de l’opération est commun aux deux approches. La semaine dernière, NVB annonçait triomphalement avoir reçu le soutien du basketteur Tony Parker :

Mais quelques heures plus tard, patatras. Le basketteur a regretté l’usage qui avait été fait de ses propos, arguant du décalage horaire entre le Texas et la France, arguant du fait qu’il ne s’était jamais positionné en politique, et arguant enfin du fait qu’il était « un professionnel du basket, mais pas de politique ». Un cafouillage malvenu qui a peu de chance d’arranger les affaires déjà délicates d’une candidate trop sûre d’elle.

Si Emmanuel Macron ne nous apporte toujours rien de vraiment concret à nous mettre sous la dent en matière de réformes futures, on doit cependant porter à son crédit de créer une déroute et un probable « dégagisme » complètement inédits dans les rangs des partis traditionnels dès dimanche prochain. Les candidats en détresse s’annoncent légion.

Il n’est certes pas trop désagréable d’assister à la déconfiture sans gloire des politiciens et des politiciennes qui ont si mal œuvré pour la France depuis des années tout en s’imaginant être à jamais inamovibles.

Mais cette situation n’est pas sans son revers inquiétant ; celui de voir un parti prendre tout l’espace politique sans plus aucune opposition digne de ce nom face à lui, alors que sa force toute neuve tient essentiellement au culte de la personnalité de son leader, sans aucune assise conceptuelle autre que la communion des militants et des sympathisants pour la fraîcheur, la jeunesse et le discours du chef.

Le risque étant bien sûr de perdre cinq ans de plus en micro-réformes joliment emballées et votées par des députés aux ordres, là où il faudrait un foisonnement d’idées nouvelles, une remise en question de notre « modèle » et une transformation profonde et décisive des structures du pays.

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