Législatives : quelle stratégie pour la liberté ?

Les conseils du professeur Jacques Garello à l’opposition au gouvernement si elle veut garder le cap vers la liberté.

Par Jacques Garello.

Une fois de plus le vote libéral sera un vote rejet. Beaucoup de libéraux se préparent à voter pour les candidats LR, UDI ou assimilés dans le seul but de refuser les pleins pouvoirs au Président Macron.

L’empêcher d’avoir une majorité absolue ou confortable à l’Assemblée est la moindre des précautions car une monarchie élyséenne sans concession s’annonce déjà, en total contraste avec les discours consensuels et apaisants tenus pendant la campagne.

D’autre part avoir un contingent suffisant d’élus d’opposition de droite et du centre laisse la porte ouverte à une renaissance libérale sous une forme ou une autre au cours de la législature qui s’ouvre.

Un programme de rupture « progressive »

Évidemment, le programme porté par les candidats qui veulent faire barrage aux pleins pouvoirs aurait pu stimuler les électeurs libéraux. Ce n’est malheureusement pas le cas, il n’a rien d’attrayant et il est en retrait par rapport à celui qui a fait le succès de François Fillon aux primaires de novembre.

Comme l’a souligné à juste titre Luc Ferry (Figaro, mercredi 24) nous sommes quelques millions de Français à ne plus avoir voix au chapitre. Évidemment Macron s’est peu soucié de rupture avec le socialisme et l’État-Providence, mais les Républicains et leurs alliés n’ont pas fait mieux.

Ils ont choisi une rupture qu’ils veulent très progressive : art du discours politique ! Ils ont voulu se démarquer de ce révolutionnaire réactionnaire appelé Fillon et du programme « d’austérité » qu’il proposait.

Comme l’a constaté avec précision Alain Mathieu, les points les plus aigus du programme Fillon d’origine ont été lissés voire même abandonnés : entre autres sur le Code du Travail, sur la retraite, sur l’indemnisation du chômage, sur l’allocation sociale unique, sur la fonction publique, sur les questions « civilisationnelles »…

Retour à la pensée unique

Le débat sur le Code du Travail est d’actualité : combien de candidats oseront-ils affirmer qu’ils sont en faveur de la disparition pure et simple de la durée légale du travail, comme François Fillon l’avait fait ?

La fin des 35 heures est bien indiquée dans le programme, mais désormais assortie d’un délai de 18 mois pour la négocier avec les « partenaires sociaux », et pour les PME et TPE au niveau de la branche. Que signifie alors un référendum d’entreprise ?

Le recul de l’âge légal de la retraite à 65 ans est bien toujours annoncé, mais la référence à la fin de l’année 2022 a disparu. François Fillon avait marqué son intention de compléter le système par répartition par des complémentaires en vraie capitalisation, on ne retrouve pas cette idée.

L’indemnisation du chômage devait être dégressive et rapidement plafonnée : cette disposition a été abandonnée. L’allocation sociale unique, destinée à se substituer à la plupart des aides actuellement prévues (sauf en ce qui concerne les handicapés) est toujours annoncée, mais on voit réapparaître d’autres aides, tantôt en faveur des petites retraites, tantôt en faveur des jeunes, tantôt pour l’accession au logement, tantôt pour la dépendance, etc.

L’empilage de mesures sociales fleure bon l’État-Providence, d’ailleurs un « plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et l’exclusion » est prévu, avec une place de choix donnée aux « aidants familiaux ».

Les exemptions fiscales font un retour en force, comme la baisse de l’impôt sur le revenu de 10 % « pour les classes moyennes ». Plus de hausse de la TVA ni de la CSG : l’équilibre budgétaire devient très aléatoire, bien que des économies globales de 100 milliards soient envisagées, mais on ne sait trop comment.

La fonction publique a encore de beaux jours devant elle. Le nombre d’emplois publics supprimés n’est plus de  500.000 mais de 300.000. L’obligation de 39 heures par semaine a disparu, et les enseignants n’auront pas à rester plus longtemps dans les locaux scolaires.

Si les établissements sont promis à une certaine autonomie, on ne connaît pas les modalités, il n’est fait aucune allusion à la concurrence, la liberté de choix des familles et la création d’établissements privés n’apparaissent plus.

Surtout pas de conservatisme

Enfin, et non le moindre, le volet sociétal (« civilisationnel » disait Fillon) a disparu. Le chapitre intitulé « partager les valeurs familiales » est fait de 6 lignes consacrées aux crèches. Il n’y a plus de remise en cause de la loi Taubira, alors que François Fillon avait clairement pris position pour une réduction de la PMA et contre la GPA, et rejeté les règles de l’adoption et de filiation liées au « mariage pour tous ».

Mais dans les rangs des Républicains une minorité sectaire mais très influente impute l’échec du premier tour à Sens Commun, alors même que la campagne de François Fillon avait été relancée par la manifestation du Trocadéro.

L’électorat « conservateur », certains diront même « réactionnaire », en est pour ses frais.

Par contraste Alain Mathieu souligne les nombreux points communs entre le programme de l’opposition de la droite et du centre et celui d’En Marche, notamment sur la reconstruction européenne, que l’on désire dans les deux cas souverainiste, sociale, et paradoxalement harmonisée.

De façon plus générale, l’électorat « Fillon 1 » en est pour ses frais, et il pourrait être tenté par l’abstention ou la résignation Ce serait oublier que le scrutin uninominal majoritaire à deux tours élimine les candidats qui ne franchissent pas la barre des 12,5 % au premier tour, ce qui signifie laisser le champ libre à un affrontement En Marche/Front National ou En Marche/France insoumise ou à des triangulaires.

Ainsi risque de se refermer en quelques semaines la page de la rupture libérale, à peine entrouverte pendant quelques mois.

Non aux pleins pouvoirs, oui à la liberté

Mais ce n’est pas une raison pour voter les pleins pouvoirs à Emmanuel, à son équipe d’énarques et ses soutiens issus du capitalisme de connivence, ni pour voir en lui un nouveau Tony Blair capable de prolonger les réformes de Margaret Thatcher.

Quant aux candidats qui se présentent sous les couleurs LR et UDI, qu’ils aient le courage de dénoncer le programme d’En Marche qui reconduit un dialogue social paralysant, une école en grand péril, une fonction publique pléthorique et pesante, une magistrature formatée et soumise, une famille éclatée, une Europe incohérente, une pusillanimité face au totalitarisme islamique.

Que ces candidats fassent usage de leurs convictions personnelles et sachent se démarquer de la tutelle du programme concocté par les caciques de partis inspirés par un minable calcul politicien. Qu’ils cherchent à reconquérir cette France de la liberté aujourd’hui orpheline de la démocratie.

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.