A-t-on raison de chercher en Macron le Trudeau français ?

Pour Trudeau comme pour Macron, la création d’emplois est le déclencheur sur lequel il est nécessaire d’agir pour résoudre la plupart des problèmes sociaux, via une meilleure intégration sociale.

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A-t-on raison de chercher en Macron le Trudeau français ?

Publié le 25 mai 2017
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Par Antoine Durand.
Un article de Trop Libre

Emmanuel Macron fraîchement élu, les observateurs de la scène politique internationale n’ont pas tardé à se lancer dans des parallèles sur le fond et la forme avec le Premier ministre canadien Justin Trudeau.

La comparaison est tentante : en détrônant Trudeau à la place de plus jeune chef d’État des pays du G7, il a attiré l’attention sur une série de ressemblances avec le « social-libéral » canadien, élu il y a maintenant 562 jours.

C’est donc tout naturellement que la comparaison s’est faite, aussi bien dans la presse française que canadienne et internationale, pas toujours à juste titre cependant. A-t-on raison de voir en Emmanuel Macron le Trudeau français, et potentiellement la confirmation d’une tendance politique à l’échelle internationale ?

Similitudes évidentes

En premier lieu, les journalistes de part et d’autre de l’Atlantique se sont empressés de lister les similitudes les plus évidentes. Bien sûr, Emmanuel Macron et Justin Trudeau se font représentants d’une nouvelle génération de chefs d’États, encore rare parmi leurs homologues, dont la moyenne d’âge mondiale (chefs d’États ou de gouvernement selon les pays) est de 62 ans.

Elle veut promouvoir la fin d’un carriérisme politique fortement critiqué, au profit d’un parcours atypique et touche-à-tout justifié par des allers-retours entre public et privé. En termes de stratégie politique, cette nouvelle génération démontre sa maîtrise d’une communication moderne et efficace.

En France, la brèche générationnelle apparaît clairement dans les méthodes de campagne. Quand Jean-Luc Mélenchon pense frapper les esprits avec un hologramme faisant figure de gimmick, Macron consolide une campagne déjà robuste par des meetings au ton informel, encourageant le dialogue et l’intervention du public.

Le produit marketing Trudeau

Au Canada, Trudeau est le produit promu par un marketing politique d’une efficacité redoutable, inondant de sa présence l’ensemble des réseaux sociaux, avec maîtrise.

Leur jeune âge s’accompagne de manière inhérente d’une certaine inexpérience politique au moment de leur élection, tout du moins aux yeux des commentateurs. Elle est cependant à nuancer, car ni l’un ni l’autre ne sont sortis de nulle part. Justin Trudeau était depuis 2007 élu député fédéral, et avait accédé en 2013 à la tête du Parti Libéral Canadien.

Il disposait donc déjà de deux mandats d’élus, contrairement à ce que Gérard Collomb affirmait en voulant pousser la comparaison entre les deux hommes politiques (et son père avait été Premier ministre également).

Inexpérience d’Emmanuel Macron

En France, l’inexpérience d’Emmanuel Macron était l’un des arguments récurrents de François Fillon contre son adversaire, que ce dernier a lui-même fini par revendiquer lors d’un discours à Londres.

Bien que jamais élu, il jouit pourtant du bagage apporté par son passage à l’Inspection des finances et à l’Élysée et par un poste de ministre de l’Économie. Inexpérience réelle ou apparente, elle n’a dans aucun des deux cas été rédhibitoire à leur élection, preuve peut-être d’un changement dans les critères électoraux et dans la mentalité des électeurs.

S’il est aisé de trouver des rapprochements sur la forme, leurs grands axes politiques sont-ils pour autant comparables ? Leur positionnement politique à tous deux en faveur d’un libéralisme modéré incite à chercher des analogies dans les points clés de leurs programmes électoraux, mais aussi dans leurs tactiques politiques.

La création d’emplois nécessaire pour Trudeau et Macron

Pour Trudeau comme pour Macron, la création d’emplois est le déclencheur sur lequel il est nécessaire d’agir pour résoudre la plupart des problèmes sociaux, via une meilleure intégration sociale.

Ce point commun a été mis en exergue par la déclaration du Premier ministre canadien à l’annonce de l’élection d’Emmanuel Macron, qui s’est dit impatient de « créer de bons emplois pour la classe moyenne des deux côtés de l’Atlantique ». Dans son discours aux Français de Londres en février 2017, Macron précisait sa position :

Ce que je veux, c’est de la liberté pour celles et ceux qui veulent faire, qui veulent créer de l’emploi. […] [Ce] n’est pas un projet libéral ou ultra-libéral au sens où beaucoup l’entendent. C’est un projet libéral au sens classique du terme. Moi, je l’assume, cette volonté de redonner de la liberté. C’est un projet anti-conservateur. Parce qu’un conservateur, il a déjà bien réussi et il ne veut pas qu’il y en ait d’autres qui réussissent.

Fédéralisme et Europhilie

En outre, tous deux favorisent en apparence les grandes intégrations géographiques plutôt que les particularismes locaux ou culturels : on va jusqu’à comparer le fédéralisme canadien de Trudeau à l’Europhilie de Macron.

Attention toutefois à ne pas ignorer les spécificités géographiques et historiques des deux pays. Au Canada, on peut voir depuis longtemps Justin Trudeau affirmer son opposition au nationalisme Québécois, de la même manière que son père Pierre Elliott Trudeau s’était constamment montré hostile au Parti Québécois qu’il disait « prisonnier de sa pensée nationaliste1 ».

Pour Trudeau, le Québec est avant tout canadien, et l’expression d’une nation québécoise n’est rien d’autre qu’une volonté rétrograde de repli sur soi. D’autres tensions viennent s’y ajouter : la cohabitation avec les « First Nations » en est un exemple.

Renforcer l’intégration économique pour Emmanuel Macron

L’enjeu est évidemment différent pour Macron : là où le Premier ministre Canadien cherche à préserver l’unité de son pays – à la tradition multiculturelle forte – et éviter la sécession culturelle d’une partie de celui-ci, la tâche principale de Macron est de renforcer une intégration économique beaucoup plus complexe, dans un pays beaucoup plus ancien.

Enfin, on a trop souvent mis sur le même plan les deux hommes en comparant leur « disruption » des formes politiques en place depuis des décennies. Certes, Trudeau gouverne depuis un parti de centre-droit en allant piocher plus que d’ordinaire dans les idées de la gauche, tandis que Macron ambitionne de transcender les partis politiques.

Mais vouloir aller plus loin dans la comparaison, c’est oublier que Trudeau a le soutien d’un appareil déjà largement ancré dans le paysage politique canadien : le Parti Libéral du Canada (PLC).

De son côté, Macron doit construire le sien de toutes pièces puis rallier à lui tant bien que mal des acteurs politiques issus des partis traditionnels. Une tâche bien plus conséquente, donc, d’autant plus qu’il n’hérite pas d’un nom qui résonne politiquement, comme Trudeau.

En somme, voir en Trudeau et Macron des siamois politiques que seul l’Atlantique sépare est excessif, malgré d’évidentes similitudes. Un libéralisme rassembleur, un pragmatisme de gouvernement et une maîtrise parfaite des subtilités d’une campagne politique moderne sont les attributs communs des deux hommes politiques.

Mais sur bien des aspects la comparaison s’arrête là, le contexte géographique l’emportant sur la ligne politique. Au-delà, on peut supposer que les deux hommes sont seulement les premiers représentants d’une nouvelle manière de faire de la politique, moins partisane, plus inclusive et au reposant sur un marketing politique efficace !

Sur le web

  1.  Claude Couture. Pierre Elliott Trudeau et le libéralisme canadien : la loyauté d’un laïc. L’Harmattan, 1997, p.42-43.
Voir les commentaires (7)

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  • « Trudeau gouverne depuis un parti de centre-droit » faux. Le parti libéral du canada est un parti de centre gauche. C’est le parti conservateur du canada qui occupe la place du centre droit au Canada. Le parti conservateur du canada est un parti allant du centre droit à droite alors que le parti libéral va du centre à gauche au centre. Le parti libéral a toujours été un parti plutôt de gauche avec des tendances centristes (c’est la gauche modérée, le centre gauche). Trudeau fait parti de l’aile gauche du parti libéral. Il a gauchisé son parti. Ceci dit, on est loin de la gauche radicale que l’on connait ici (genre frondeurs du PS).

    Une chose que cet article n’explique pas et qui est pourtant essentielle. Le libéralisme au Canada n’a pas la même signification que le libéralisme en France. Le libéralisme au Canada est dans le sens anglosaxon du terme et non pas dans le sens francais du terme.
    Libéralisme dans le sens anglosaxon du terme veut dire progressisme. Un liberal aux USA est un gauchiste. Un libéral dans les pays angolsaxon s’appelle libertarien. liberal= progressiste et libertarian= libéral (dans le sens francais du terme).
    Le parti libéral du Canada n’est pas un parti libéral au sens francais du terme mais bien au sens angolsaxon du terme. Autrement dit, le parti libéral est un parti social libéral (qui est une forme de socialisme comprenant que le socialisme pur ne marche pas et qu’il faut un minimum d’éléments libéraux dans l’économie pour la faire marcher. Pour redistribuer des richesses, il faut d’abord en créer).
    Le parti libéral au canada défends les valeurs progressistes. Economiquement, le parti conservateur est bien plus libéral (au sens francais du terme) que le parti libéral.
    Comme la gauche s’est approprié le terme libéralisme dans les pays anglosaxons, il y a une confusion autour de ce terme mais liberalism ne signifie pas libéralisme mais progressisme. Dans la vidéo de soutien d’obama à macron avant le second tour, un moment la traduction faite par les journalistes francais parle de la défense des valeurs libérales alors que la vraie traduction aurait dû dire la défense des valeurs progressistes.

  • « Un libéralisme rassembleur, un pragmatisme de gouvernement » Trudeau est un libéral (au sens anglo saxon du terme) mais ce n’est certainement pas un libéral au sens francais du terme. Trudeau mène une politique économique de gauche. Il promeut un plan de relance keynésien. Si vous voulez avoir plus d renseignements sur le personnage, allez lire les articles sur lui dans contrepoints. Un libéral (au sens francais du terme) peut difficilement soutenir Trudeau, il est bien plus logique de soutenir les conservateurs.
    Trudeau représente tout ce qu’il y a de plus méprisable : un démagogue qui mène une politique court termiste (sa politique est désastreuse à long terme), c’est un excellent communicant. C’est même un génie de la communication, il est très sympathique mais c’est un incompétent total. Il serait incapable de gérer une PME. Le pire c’est que sa politique ressemble à bien des égards à celle menée par son père (et qui a conduit le canada vers le désastre).
    C’est assez paradoxal pour quelqu’un comme Trudeau de défendre des valeurs progressistes et dans le même temps, s’acoquiner avec les islamistes. Trudeau est un partisan de l’islamogauchisme. Sa position complaisante avec l’islamisme est contradictoire avec ses valeurs progressistes. Le pire s’est que Trudeau n’a pas d vrai idéologie, il veut juste plaire aux gens et être réélu. c’est le politicien méprisable type. Prêt à tout pour être réélu.

  • Il y a des similitudes certaines entre macron et trudeau. Ceci dit, même si je suis pas fan de macron et je suis très pessimiste sur ses chances de réussir, je le préfère mille fois à Trudeau. (Il est vrai qu’il y a peu de politiciens qui m’exaspère plus que ce fils à papa narcissique qu’est Trudeau). Macron est bien plus compétent que Trudeau (ce qui n’est pas très dur). La différence c’est que Trudeau a hérité d’un pays bien géré en bonne situation là où Macron a hérité d’un pays mal géré et dans une mauvaise situation.

    Macron non plus n’est pas libéral. C’est un technocrate ayant une bien meilleure compréhension du monde moderne et de l’économie que la plupart des politiciens (ce qui n’est pas très dur). Il est plus libéral que beaucoup d’autres hommes politiques francais (ce qui est très facile vu l’antilibéralisme dans son pays). Son projet n’est pas de faire du libéralisme mais introduire une dose de libéralisme pour faire fonctionner le modèle francais très socialiste. Il a compris que notre modèle va dans le mur et qu’il faut donc le réformer. Pour redistribuer les richesses, encore faut t il être capable de les créer. La France est l’un des pays socialistes d’Europe. Avec Macron (à condition qu’il fasse ce qu’il promets), la France deviendra un peu plus libérale (mais restera assez socialiste).
    Si Macron n’est pas libéral au sens francais du terme, il peut être considéré comme liberal (au sens anglosaxon du terme). Au canada, il ferait sans doute parti du parti libéral.

    • Excellent. Votre analyse est bien plus pertinente que celle de l’auteur de l’article.
      Pour avoir vécu au Canada, et surtout au Québec, je suis entièrement d’accord avec vous.
      Trudeau c’est fait élire sur le rejet du Parti Conservateur suite à des corruptions malgré un bon bilan économique, sur le rejet du PQ qui devient de plus en plus socialiste et isolationniste et sur la peur du NPD qui est totalement socialiste !!!
      Quand au Premières Nations, Trudeau a un double discours : il promet devant (reconnaissance des langues, des territoires) et spolie par derrière (nationalisation des rivières, des sources, expropriations des terres…).

  • L’objectif de Macron n’étant pas de réduire la taille de l’Etat, il ne peut ni se dire anti-conservateur, car il maintient des droits acquis indus ou les amplifié, ni dire qu’il veut favoriser l’intégration par l’emploi, le frein à l’emploi principal étant les impôts, taxes, contributions, cotisations, et autres retenues diverses.
    Il cherche bien l’intégration par la désintégration du ciment commun du peuple qu’est la culture française. Ce faisant, il s’imagine que favorisant l’individu sur la communauté, il favorise l’intégration.
    Il ne fait qu’encourager la cohabitation de sous-culture que tout oppose.
    Culture exists, stupid

    • Je pense qu’il est vain de comparer ces deux personnalités. Déjà du fait que le Canada n’est en rien comparable à notre pays par son histoire, son système politique, sa proximité idéologique avec les USA.
      Après, pour reprendre le chapeau de l’article « la création d’emplois est le déclencheur sur lequel il est nécessaire d’agir pour résoudre la plupart des problèmes sociaux, via une meilleure intégration sociale », c’est une évidence, et on n’avait pas besoin de Macron pour en avoir conscience.
      Sauf que ça ne passe pas par des réformes à l’emporte-pièce à la El-Khomry, on a d’ailleurs vu que ça ne prend plus, que cela ajoute à un climat de défiance, appelé à perdurer, à l’égard des élus, des élites et d’une UE de plus en plus envisagée comme un occupant. On sait aussi que Macron est élu par défaut, que son projet politique (qui reste dans l’ensemble nébuleux) est suspendu au verdict des législatives, lequel risque fort d’exprimer le profond ras-le-bol de la nation à l’égard d’un système économique qui depuis plus de trente ans n’a profité qu’à quelques-uns au détriment de tous les autres, et d’élites enkystées dans leurs privilèges.
      L’intégration par l’emploi, on nous la vend depuis des lustres mais sur le papier. Dans les faits, on voit depuis le milieu des années 80 prospérer un sous-emploi vecteur de marginalisation et destructeur de la valeur-travail. Et des grilles de salaires qui n’évoluent que dans les hautes sphères, assortis de toutes sortes de parachutes dorés. Et quelques gadgets du genre auto-entrepreneur, liberté d’entreprendre à haut risque, et constamment fliquée.
      Je préfèrerais entendre parler d’intégration par la liberté d’entreprendre, par des dispositifs encourageant les banques à investir dans des start-ups et des initiatives individuelles. Par la possibilité, telle qu’elle existe au Royaume-Uni, de pouvoir monter une boîte contre une somme symbolique et un minimum de formulaires. Par la valorisation du but lucratif, qu’il soit individuel ou au service du collectif, plutôt que par sa stigmatisation hypocrite. Par la liberté consentie à tout un chacun de faire de l’argent comme il l’entend en tirant partie de ses talents et potentiels.

  • Tous deux sont socialistes, inconscients et incompétents, donc Macron est bien semblable à Trudeau!

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