Communication politique : la nouvelle place des femmes des candidats

Passation de pouvoir en mai 2007avec Jean-Paul Faugère, Bruno Le Maire, Marie-Laure de Villepin, Pénélope Fillon, Dominique de Villepin et François Fillon.by Bruno Le Maire

La compagne peut avoir une importance afin de permettre de saisir la personnalité du candidat, néanmoins sa présence doit être limitée, afin de ne pas faire écran entre l’électeur et l’homme politique.

Par William Guebhardt.
Un article de Trop Libre

Alors que les femmes des candidats Fillon et Macron ont pris une place inhabituellement importante dans le déroulé de cette campagne, pour des raisons diverses, retour sur le rôle joué par les conjoint(e)s dans les campagnes de communication politique.

Communiquer sans communiquer

Exceptée peut-être la campagne présidentielle de 2007, la mise en avant des conjoints des candidats se fait généralement de manière discrète, indirecte. Ainsi les candidats ne doivent pas être soupçonnés d’instrumentaliser leur vie privée.

De ce fait en 2012, Carla Bruni était invitée pour parler de sa fondation sur l’illettrisme, Valérie Trierweiler en sa qualité de journaliste et pour faire la promotion de son émission sur Direct 8.

L’objet affiché de leur présence n’était donc pas leur statut de conjointe des deux principaux candidats, bien qu’il en fût la raison probable. Ces interventions ont pour but de personnifier leurs compagnons afin que l’électeur puisse s’y reconnaître et s’y identifier.

Elles donnent un rôle au conjoint dans la campagne qui correspond à l’image que veut donner le candidat de lui-même. Sans pour autant être dans un modèle américain où le candidat se présente « en duo » avec son conjoint, les deux exemples les plus marquants étant les Kennedy et les Clinton, l’exposition de la compagne a toujours joué un rôle dans la communication politique du candidat, traduisant la stratégie employée.

Une exposition calculée

L’exemple de Nicolas Sarkozy est assez marquant : Carla Bruni, chanteuse et ancienne mannequin quitte le devant de la scène médiatique pour intégrer la sphère domestique afin de rompre l’image « bling-bling » collée au président, dont il a souffert en début de mandat.

Il s’inscrit ainsi dans un cadre plus traditionnel, apte à reconquérir une certaine part conservatrice de l’électorat de droite qui voyait d’un mauvais œil ses excès désacralisant la stature présidentielle.

Dans une moindre mesure, François Fillon n’a exposé son épouse que lors de deux grands meetings de soutien. Selon Arnaud Mercier, professeur en science de l’information et de la communication à l’université Paris II, cela relève d’une « stratégie de contre-communication contrainte » : « Il fallait mettre en scène le fait qu’ils forment une famille, et on sait que la défense de la famille est un des socles idéologiques de François Fillon. »

Chirac contre la fracture sociale

Bernadette Chirac quant à elle, à l’image plutôt conservatrice, équilibre le combat contre la « fracture sociale » mise en place par son mari, et permet de rallier la droite conservatrice au président Chirac.

À l’inverse François Hollande en 2012 met en avant Valérie Trierweiler, journaliste ayant sa propre existence médiatique autonome, qu’elle continuera à avoir une fois sa relation officialisée avec le candidat. Cette famille recomposée qu’il affiche est en adéquation avec l’image d’homme moderne, et progressiste qu’il veut promouvoir.

Emmanuel Macron de son côté fait campagne avec sa femme, omniprésente dans les médias et en couverture de plusieurs magazines avec son époux, parfois même sans lui.
L’histoire atypique de leur couple, humanise un candidat parfois perçu comme trop lisse ou trop rigide et est devenue l’une des pierres angulaires du personnage qu’il vend aux Français : un homme moderne, neuf et disruptif, brisant les conventions pour atteindre ses objectifs. Il s’en servira même comme argument politique, répondant à Christiane Taubira qui lui reprochait d’avoir pris parti pour la manif pour tous, qu’il n’avait « pas non plus une famille classique » et donc « pas de leçon à recevoir sur la famille. »

Philippe Bensimon, professeur de marketing politique, résume ainsi : « La conjointe – ou le conjoint – fait partie intégrante de cette image. Si vous la voulez moderne, jeune et féministe, votre compagne doit avoir une place, une existence à part entière. Si vous voulez une image traditionnelle, lisse et conformiste, votre conjointe ou conjoint devra respecter scrupuleusement le protocole, et, dans la tradition française, avoir une image un peu plus effacée. »

Un rôle en coulisse

Néanmoins, en dehors de la scène médiatique certaines d’entre elles ont joué un rôle politique important. Ainsi Brigitte Macron est incontournable dans un rôle de conseillère et de coach, elle qui participait déjà aux réunions de cabinet et recevait à la place de son mari quand celui-ci était ministre de l’Économie.

On peut d’ailleurs penser que ce rôle est aussi le fruit d’une construction communicationnelle et médiatique.

En témoigne le documentaire « Les coulisses de la victoire », diffusé sur TF1 le lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron. Brigitte Macron y apparaît omniprésente, tant sur le plan personnel que politique.

Valérie Trierweiler quant à elle disposait d’un bureau au sein du QG de campagne du candidat Hollande en 2012, tandis que Cécilia Sarkozy avait le titre de conseillère spéciale quand son mari était ministre de l’Intérieur.

Elle pèse alors dans certains choix politiques en plaçant des proches dans l’organigramme de l’Élysée et en en écartant d’autres. Bernadette Chirac quant à elle, ancienne étudiante de Sciences Po, conseillère générale de Corrèze depuis 1979 et présidente de la fondation Hôpitaux de Paris Hôpitaux de France depuis 1994 conseillait fréquemment son mari, prouvant son expertise politique lorsqu’elle le prévient que la dissolution de l’Assemblée nationale en 1997 serait une erreur.

Un impact nuancé

L’élection présidentielle française, telle que pensée par de Gaulle, est la rencontre d’un homme et du peuple.

En ce sens la compagne peut avoir une importance afin de permettre de saisir la personnalité du candidat, néanmoins sa présence doit être limitée, afin de ne pas faire écran entre l’électeur et l’homme politique.

Par ailleurs, on l’a vu sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy et dans une moindre mesure celui de François Hollande, les affaires privées de ceux-ci ont réduit la fonction présidentielle à la personne qui l’incarnait, l’ont désacralisée.

Joachim Sauer, le mari d’Angela Merkel a très bien intégré cette idée. Il vit sa vie routinière de scientifique, prend les transports en commun, déjeune à la cantine de son université et n’a pas une seule fois assisté à une cérémonie d’investiture de son épouse.

Tout en soutenant son épouse en tant que mari de personnage public, se rendant aux sommets internationaux en compagnie des femmes des autres dirigeants.

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