Oubliez la présidentielle, le vrai sujet est chez les banques centrales

Mario Draghi en juin 2014 (Crédits : ECB European Central Bank, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

La présidentielle n’est qu’une diversion. Les banques centrales tirent véritablement les ficelles en manipulant les taux.

Par Simone Wapler.

Le « duel » Macron – Le Pen ne fut pas sanglant, loin de là, et les escarmouches verbeuses seront bien vite oubliées.

Le nerf de la guerre c’est l’argent… et l’État français n’en a pas assez, il lui en faut toujours plus tout en promettant des baisses d’impôts.

La solution, ridiculement simpliste de Marine Le Pen consiste à le fabriquer en France. Le prix à payer est l’inflation et la dévaluation, impôts payés par tout le monde.

La solution, beaucoup plus sophistiquée, d’Emmanuel Macron repose sur une fabrication de monnaie délocalisée à la Banque centrale européenne avec le consentement tacite de l’Allemagne. L’impôt à payer est la rémunération nulle de l’épargne.

Marine Le Pen préfère l’impôt-inflation qui lessive tout le monde. Emmanuel Macron préfère essorer la classe moyenne qui met de l’argent de côté. Ses amis banquiers et grands industriels, proches de la source du crédit infini et gratuit, s’en tirent avantageusement.

Dans les deux cas, la création monétaire – qu’elle soit nationale ou européenne – n’enrichit personne (ou seulement une infime couche de la population), ne pousse pas les entreprises à investir et à embaucher. Ni Le Pen ni Macron n’ont de solutions sur ces sujets, ils n’ont que des promesses de plus de subventions.

Mais le spectacle peut continuer, car la Banque centrale européenne fait « tout ce qu’il faut » pour cela.

Ainsi, Mario Draghi a soutenu la dette française en avril, rachetant plus d’obligations françaises et italiennes et dérogeant à sa clé de répartition classique. En effet, lorsque la BCE se livre à de tels achats, elle doit respecter une proportion équivalente à la taille de tous les pays. Si Mario Draghi veut acheter une pincée de dette espagnole, il doit acheter une cuillerée de dette italienne, une louche de dette française et une soupière de dette allemande.

Selon Reuters, en avril, la BCE a dérogé à sa recette de cuisine monétaire et a forcé la dose sur les dettes italiennes et françaises. Résultat, l’écart de taux d’emprunt entre la France et l’Allemagne s’est resserré alors qu’il commençait à se creuser dangereusement.

Taux d’emprunt à 10 ans de la France en bleu et de l’Allemagne en rouge :

Le résultat du second tour de la présidentielle 2017 signifiera plus de tout cela, les taux devraient rester bas au moins jusqu’en 2018 (fin programmée du programme de rachats de la BCE) et le rendement net de votre épargne financière rester négatif ou nul.

Évidemment, le moyen de retrouver un peu de rendement consiste à voir du côté des monnaies étrangères.

La Fed américaine ne rachète plus d’obligations américaines et a commencé à relever ses taux directeurs. Cette semaine, elle a confirmé qu’elle les maintenait dans la fourchette 0,75% – 1%. Mais malgré une création monétaire sans précédent historique, la croissance américaine s’est affichée à 0,7% seulement, rythme jugé par la Fed décevant mais transitoire. La Banque centrale américaine a indiqué qu’elle préférerait à l’avenir revendre une partie de ses obligations en stock plutôt que de relever son taux directeur ce qui renchérit le crédit.

Pour nous, épargnants, la quête du rendement se complique et devient de plus en plus délicate. Mais vous n’imaginiez quand-même pas que les banques centrales œuvraient pour notre bien…


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