Les votes blancs et nuls feront cette élection

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Les votes blancs et nuls feront cette élection

Publié le 7 mai 2017
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Par Olivier Ihl.
Un article de The Conversation

« Alors, combien sont-ils finalement ? » : c’est la question qui risque de dominer ce dimanche 7 mai au second tour du scrutin présidentiel français. The Conversation

Et pour une fois, il ne s’agira pas d’évoquer les voix des deux candidats en lice. Il s’agira de désigner le nombre de bulletins blancs et nuls.

Jamais pour ce type de compétition politique, éditorialistes et états-majors n’auront autant craint l’ampleur de ce chiffre. Les effets sur la fixation du seuil de majorité requis pourraient être décisifs. Annoncé par tous les instituts de sondage comme le grand favori, le leader du mouvement En Marche! pourrait chuter en cas de « surprise ». Écartées des suffrages exprimés, ces « voix perdues » détermineront qui sera élu au soir du 7 mai.

Un chiffre lancinant

Ayant atteint en 1969, au lendemain du départ du général de Gaulle, une hauteur jamais constatée (6,4 % des votants), ce chiffre a repris depuis 1981 sa lente ascension. En 1995 et 2013, il flirtait à nouveau avec les 6 %.

Il pourrait, cette fois, dépasser les 10 %, voire davantage si les consignes de certains partis et syndicats sont massivement suivies. Un « séisme électoral » est largement redouté.

Arithmétiquement, le vote blanc équivaudra à une abstention. Autant de soutiens en moins pour Emmanuel Macron dans son duel contre Marine Le Pen. Dans une campagne électorale qui aura décontenancé une part importante de l’électorat, et alors que les deux partis de gouvernement ont été éliminés au soir du premier tour, ce type de vote semble résumer, en France, les dysfonctionnements de la démocratie électorale.

Affaiblissement du clivage droite-gauche, désaffection à l’égard des institutions de la Ve république, rejet des élites au pouvoir, contestation des politiques économiques et sociales : c’est finalement toute l’offre électorale proposée depuis les primaires qui s’en trouverait condamnée.

Deux tiers des partisans de La France insoumise optent pour le vote blanc ou l’abstention (France 24, mai 2017).

Près de 40 % des électeurs, selon une enquête, avouaient regretter, une semaine avant le premier tour, que le vote blanc ne fut pas pris en compte. Signe d’une indécision dont il est légitime de penser que les résultats du 23 avril ont masqué la profondeur, sinon la signification. Une donnée peut aider à la préciser : en ce 7 mai, près des deux tiers des votants vont devoir se prononcer entre deux candidats auxquels ils n’avaient pas accordé leur confiance quinze jours plus tôt.

De mémoire d’observateur des élections, le fait est inédit. Comment vont se répartir les reports ? Combien feront de leur non-choix un choix, soit en restant chez eux, soit en déposant un bulletin blanc ou nul dans l’urne ?

Reconnaître le bulletin blanc ?

Sanctionner la valeur élective du vote blanc est une demande ancienne. Elle est apparue dès le milieu du XIXe siècle et s’est très vite heurtée à une fin de non-recevoir en France. Le décret de février 1852 a inscrit dans le marbre un tel rejet, contrairement à ce qui se passera en Belgique, en Suisse, en Espagne ou aux Pays-Bas, ou encore dans plusieurs pays d’Amérique latine.

La raison principale du refus français est que cela contreviendrait à la logique même des élections républicaines, c’est-à-dire à l’obligation de faire un choix. Tous les ministères de l’Intérieur ont repris cet argument. On peut ne pas être satisfait de l’offre politique présentée. S’y soustraire, c’est, en revanche, s’abstenir. Un comportement longtemps tenu pour moralement répréhensible… à défaut d’être juridiquement sanctionné.

Si voter n’a jamais été obligatoire en France, choisir le fut toujours. Un impératif qui a permis, ce faisant, d’« encadrer » les suffrages au sein même du système partisan fondé sur le scrutin majoritaire à deux tours. La sacralisation de l’acte de vote a suffi à faire le reste, et déjà en fournissant une motivation, même aux plus perplexes.

Sous la Ve République, le désamour des Français à l’égard de la classe politique a érodé cette confiance. Désormais, une majorité d’électeurs a le sentiment que l’offre politique lui échappe. Éloignement des partis, faible saillance des enjeux, suspicion envers la personnalité des candidats : autant d’obstacles à la matérialisation d’une préférence.

D’où un paradoxe : en reconnaissant le vote blanc (une proposition défendue par plusieurs candidats du premier tour), les Français pourraient se réconcilier avec les élections et participer en plus grand nombre. Une telle réforme rendrait plus difficile l’obtention d’une majorité.

Partant, elle renforcerait la nécessité pour les professionnels de la politique d’offrir des programmes correspondant réellement aux attentes des Français. En franchissant un certain seuil, comme la moitié des suffrages exprimés, le chiffre des blancs et nuls obligerait à invalider puis à reporter une opération électorale. Une façon, au final, de renforcer le vote d’adhésion en desserrant l’emprise de l’offre électorale. Bref, une solution pour faire du vote un choix véritable et non par défaut.

Le tournant de 2017

La consécration du bulletin blanc et nul ne sera pas pour ce 7 mai. La tentation de voter à côté des deux candidats finalistes est largement dénoncée comme une inconséquence civique. Les électeurs du second tour auront-ils donné corps – par leur participation et leur vote utile – à un sursaut républicain ? La « discipline républicaine » empêchera-t-elle l’arrivée au pouvoir de la candidate d’extrême droite ?

Deux cas de figure se présentent : soit ce comportement électoral a un effet direct sur l’accession à l’Élysée de Marine Le Pen, et il se verra imputer la responsabilité d’une crise politique sans précédent depuis la fin de la IVe République mais aussi sur les équilibres européens. Soit la victoire d’Emmanuel Macron fait oublier l’instrumentalisation politique sans précédent dont ces votes ont fait l’objet. Mais restera alors le souvenir de la menace qu’ils auront fait peser, avec l’obligation de mener une réforme d’envergure (représentation proportionnelle, recomposition du système de partis).

Le débat sur ces « voix pas comme les autres » ne fait donc que s’ouvrir. Sur ce terrain aussi, celui des institutions de la démocratie électorale en France, le 7 mai sera une date à marquer d’une pierre blanche.

Olivier Ihl, Professeur de sciences politiques, Sciences Po Grenoble

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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  • le vote blanc n’est pas prit en compte , alors que les électeurs font l’éffort de se déplacer ; l’abstention est pris en compte alors que les citoyens ne se déplacent pas ; c’est ça la france ; même pour les élections , il y a injustice ;

  • Ce qui est terrible dans cette description c’est que si MLP est élue, e sera grâce aux abstentionnistes, aux votes blancs, aux côtés nuls.
    Alors que su EM est élu, ce sera malgré les abstentions, les blancs, les nuls.
    Un descriptif plutôt précis du mécanisme mais une conclusion quand même un peu partiale. Il me semble…

    • Stéphane Boulots
      6 mai 2017 at 23 h 06 min

      On atteint les sommets du ridicule avec cette récupération par « le camp du bien » des votes blancs, nuls et des abstentions et ce débat sur le sexe des anges.

      Je ne sais pas combien de posts j’ai vu disant que voter blanc ou s’abstenir, c’était voter MLP. Ce qui est arithmétiquement complément faux.

      La démocratie arrive aux limites de son imposture et les abstentionnistes (votant blanc, nul ou allant à la pêche) hurlent deux questions sans réponse :
      – de quel droit une minorité (1/5 des votants du 1° tour) peut-elle choisir un maître pour l’ensemble ?
      – pourquoi choisir un candidat, lorsque l’on est certain de subir le vainqueur (bon ou mauvais) pendant 5 ans ?

      DDHC article 2 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »

      … la résistance à l’oppression, pas l’obligation de jouer à pile ou face celui qui recevra un chèque en blanc.

      • @ Stéphane Boulots
        Voter blanc, nul (sans dissociation – pourtant parlante – entre les 2) et s’abstenir, c’est donner sa voix à la majorité, en réduisant l’écart entre candidats, uniquement en nombre de voix!

        La phrase prononcée hier-soir (« M.Le Pen est 3ième, après les abstentions + les votes blancs et nuls « exprimés ») est évidemment exacte, dans les chiffres!

        Mais quel intérêt?

        Il a gagné, elle a perdu et quand on est correct et fair-play, on ne change pas les règles pendant la partie!

        Donc oui, vous êtes parti pour 5 ans avec un président « indégommable », candidat préféré par moins de 900 000 électeurs (à bulletin pris en considération) d’écart au 1ier tour!

        Donc, on ne peut pas vraiment dire que le président représente TOUS les Français: il n’est pas parfaitement « démocratique »!

        Et c’est le système de la Vième qui veut ça: Vième faite par Ch.De Gaulle pour De Gaulle ( pas pour les successeurs)!

        Une chose reste claire: E.Macron est un « Unioniste européen » convaincu: « l’Europe » est inachevée: la France joue avec ou contre « l’Union » (!!!).

        N’ayant choisi ni Ph.Poutou, ni J.L.Mélenchon, ni M.Le Pen: les pro-européens ont gagné.

        Donc obéissance aux traités cosignés (les « critères de Maastricht », non observés en France, depuis 1997!!!) et participation aux réformes nécessaires dont une encore plus grande démocratisation (bien que déjà la meilleure du continent!), ne fusse que pour reprendre place dans le « couple franco-allemand » dont on a pris l’habitude de n’écouter que Madame, qui « porte clairement la culotte »!

  • Voter blanc c’est se déplacer, faire son devoir et faire un choix … ce qui est différent pour moi de l’abstention dont on ne connaît pas le motif (ne vote jamais / va à la pêche ou ailleurs / pas motivé / se dit que le vote blanc ne sert à rien et qu’il est donc inutile de se déplacer etc ….) … enfin nos politiques sont très mal placés pour nous faire la leçon car eux mêmes à l’Assemblée et au Sénat sont les premiers à s’abstenir très régulièrement. Nous aussi nous les payons pour qu’ils fassent des choix !!

    • Je ne peux être d’accord avec vous quand vous dites « Voter blanc c’est se déplacer, faire son devoir et faire un choix »
      Ne pas voter est bien plus impliquant que voter blanc ou nul pour les raisons suivantes :
      – Le vote blanc ou nul n’est pas justifiable, en allant pas voter je peux prouver qu’aucun des deux candidats ne me convenait. En ne votant pas j’aurais pas de tampon sur ma carte électeur aucune suspicion sur moi ne pourra être faite;
      – Voter ou blanc ou nul conforte ou légitimise encore plus le candidat élu puisque en étant allé voter j’ai accepté cette pseudo démocratie actuelle et ses règles du jeu de plus @PukuraTane en démontre aussi un autre exemple dans son commentaire
      Ici il y a encore plein d’autres raisons qui démontre que voter blanc ou nul actuellement est un non sens dans les conditions actuelles de la France http://aljes.me/index.php?article=2014-0323-Abstenez-vous

    • Stéphane Boulots
      6 mai 2017 at 23 h 11 min

      Ah bon, parce que voter c’est faire son devoir ? Je croyais que le vote était un droit …Gauchisme, quand tu nous tient !

  • Le problème du vote blanc est qu’il n’est même pas médiatisé, contrairement à l’abstention. Mais le fond du problème, c’est la 5e république et le système à 2 tours (plutôt 6 si on compte les législatives et les primaires), obsolète dès lors que 4 forces politiques se retrouvent dans un mouchoir de poche.

    • Tout à fait d’accord avec vous
      Je le vois plutôt comme ça, moi :

      • @ Gian

        Je connaissais la vidéo qui est informatiquement faisable actuellement, évidemment!

        Et oui, c’est l’héritage de la Vième qui est responsable, mais c’était l’uniforme taillé par le « Général », pour le « Général », personnage « sui generis », différent de tous ses successeurs (à qui le costume ne « tombe » pas bien du tout!).

        Depuis quand entend-on parler de la VIième République?

        (N.B. Les autres pays européens sont passés à la proportionnelle depuis longtemps, sans président -ni « monarque vrai » – actif politiquement. Qu’un président puisse décider seul d’envoyer l’armée dans un point du globe parait un pouvoir aberrant!!! La France n’est pas encore aussi démocratique qu’elle ne le pense!)

  • Pkuratane,
    Je ne suis pas d’accord avec vous.
    Quelque soit « l’élu », il le sera malheureusement sans les votes blancs ou l’abstention.
    Donc en aucun cas à la majorité absolue soit 50% des électeurs potentiels.
    Supposons 30% des suffrages non exprimés et Macron a 60% donc 42% des électeurs….
    C’est terrible, cela signifie que 42% des électeurs suffisent pour élire votre président….. sachant que nombre d’entre eux vont voter CONTRE le FN.
    Combien, combien d’électeurs adhèrent réellement aux idées de Macron ???

    Si c’est cela, la démocratie à la Française, je comprends que cela puisse se passer aussi mal chez vous.

    • Stéphane Boulots
      6 mai 2017 at 23 h 16 min

      En quoi une élection à la majorité des électeurs serait elle plus légitime qu’une élection à la majorité des suffrages exprimés ou à la majorité des grands électeurs comme aux USA ou tout autre système ?

      Y aurait-il une loi universelle qui établirait cette légitimité ?

      • @ Stéphane Boulots

        En regardant les résultats du premier tour, on peut « corriger », un petit peu, en disant qu’E.Macron a été le candidat préféré de 8.657.326 électeurs (à bulletin pris en considération) qui ont voté pour lui au premier tour, malgré les primaires de parti!

        Le reste n’est que supputations! Mais la règle a été suivie, même si ce n’est pas franchement la meilleure ni la plus démocratique!

  • D’où l’intérêt de cette reconnaissance des votes blancs et idéalement de l’abstention pour valider ou non une élection.

    Soit Le candidat à la majorité absolue et il est élu.
    Soit aucun n’a la majorité absolue et l’élection est invalidée.

    • Stéphane Boulots
      6 mai 2017 at 23 h 19 min

      Ca risque juste de rendre les élections encore plus démagogiques et néfastes qu’elles ne le sont actuellement : je n’ose imaginer ce que les politicards seront capables d’inventer comme promesses et comme clientélisme pour tenter de récupérer une majorité absolue.

      • @ Stéphane Boulots

        Vous avez raison de craindre! La prière du politicien reste bien: « Mon D/dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge! », quel que soit le parti!

  • Effectivement mais si plus de 50% des adultes « capables » de voter sont assez crédules pour croire en une promesse improbable alors ils auront ce qu’ils méritent !!
    Demain, 42% vont décider d’achever la France.
    Ce fut un grand pays !! Dommage.

  • « Arithmétiquement, le vote blanc équivaudra à une abstention. Autant de soutiens en moins pour Emmanuel Macron dans son duel contre Marine Le Pen. »
    Qu’est ce que vous en savez, et pourquoi pas le contraire ? Ou comment faire de la propagande sous couvert d’étude sérieuse !

  • Soutiens ou votes contre !!
    Ce n’est pas tout à fait la même chose.
    L’un des 2 ne signifie pas un blanc sain pour faire n’importe quoi !!

    C’est juste un déni de démocratie !!

  • Les commentaires sont fermés.

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