Présidentielle : après le deuxième tour, un 3e et un 4e tour

Au delà du 2e tour de la présidentielle dimanche, un 3e et même un 4e tour attendent le gagnant de l’élection.

Par Philos.

Nous n’aurons pas à subir une finale Le Pen/Mélenchon et les marchés financiers ont d’ailleurs anticipé une victoire finale d’Emmanuel Macron en enregistrant une progression sensible (+4% le lendemain du 1er tour) ; à la grande colère de Jean-Luc Mélenchon toutefois qui espérait bien arriver au deuxième tour et être élu Président face à Marine Le Pen.

La droite a perdu l’élection imperdable et François Fillon a finalement été éliminé de peu car il ne lui a manqué que 500 000 voix pour arriver en deuxième position. Mais on sait qu’il a perdu d’une part en raison des affaires qui ont empoisonné sa campagne et d’autre part parce qu’il avait un programme trop réformiste au goût de l’électorat.

Une nouvelle division politique de la France ?

Le duel final qui s’est engagé, outre la bataille des egos et la guerre de la communication, consacre une nouvelle division de la France et on ne peut pas faire plus antagonistes qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Ce sont deux visions du monde qui s’opposent : l’une est européenne et mondialisée, l’autre exclusivement française.

Certains voient une parcellisation de la société en quatre, d’autres un nouveau partage entre droite (FN et LR) et gauche (EM et FDG renommé « Insoumis »). J’y verrai pour ma part une scission entre les étatistes collectivistes (FN et FDG) et les étatistes modérés (EM et LR) ; les uns étant profondément anti-européens et les autres étant franchement ou modérément européens, à ceci près que, comme par hasard, les étatistes collectivistes sont aussi des populistes.

Et la lutte promet d’être âpre car, à une époque où tous les faits et gestes des candidats sont immédiatement diffusés sur les médias et les réseaux sociaux, il est une règle intangible : ne jamais sous-estimer l’adversaire et, qu’on aime ou pas Marine Le Pen, il faut lui reconnaître une volonté de réussir et de se battre pour ses (mauvaises) idées. Elle ne fera aucun cadeau à Emmanuel Macron et elle ne laissera passer aucune occasion de le déstabiliser ou de le décrédibiliser !

Et celui-ci devrait d’autant plus s’en méfier que nous assistons, les réflexes politiques étant ce qu’ils sont, au retour des petits calculs politiciens. En effet, clairement, une partie de la droite joue le troisième tour après avoir pris acte, dès avant le premier, du fait que François Fillon ne pouvait pas gagner.

Ainsi, compte non tenu du cas de M. Dupont-Aignan dont on peut se demander quel bénéfice électoral il escompte retirer de son alliance avec le FN, son espoir d’arriver au pouvoir par cette voie s’apparentant plutôt à un suicide politique, on sait qu’une partie des oligarques de la droite préfère la solution Le Pen à la solution Macron pour une raison de calcul électoral pour le moins audacieuse – pour ne pas dire hasardeuse.

Même si les leaders de la droite ont appelé à voter Macron, certains estiment qu’il est nécessaire de gonfler le score de Marine le Pen pour affaiblir Emmanuel Macron et une autre partie pense que si les Français élisent Marine le Pen, ils se jetteront ensuite par sursaut républicain dans les bras de la droite républicaine majoritaire dans le pays (pensent-ils) ; avec l’espoir de pouvoir finalement contourner le mécanisme de l’élection présidentielle et diriger le pays dans le cadre d’une cohabitation dure.

Nous assistons donc à une lutte pour le pouvoir à plusieurs degrés d’une part pour la présidence de la République et d’autre part au niveau des législatives ; compte non tenu d’un probable quatrième tour social.

Le deuxième tour de la présidentielle

Le match risque d’être très serré car Mme Le Pen ne lâchera rien et nous assistons à la confrontation de deux visions diamétralement opposées du monde : une France ouverte et une France repliée sur elle-même !

Car Marine Le Pen est la candidate du repli identitaire et de la régression économique et on sait qu’elle n’hésitera pas à utiliser pour cela les plus grosses ficelles de la démagogie populiste ; et ça marche.

Sa visite à l’usine Whirlpool en est un excellent exemple car, avec elle, aucun problème, les emplois seront sauvegardés et l’entreprise restera sur place car « quand l’État veut il peut » (sic)… ce qui est rien moins que douteux, dans la même veine de ce qu’elle a proféré lorsqu’elle a affirmé qu’avec elle il n’y aurait jamais eu d’attentats. Les promesses n’engagent que ceux à qui elles sont faites.

Une victoire « à l’arraché » de Marine Le Pen est encore possible notamment parce qu’une partie de la droite ne votera pas Macron et parce que ce dernier représente tout ce que rejette une bonne partie des Français : le bourgeois banquier, bobo friqué, européiste, mondialisé, jeune, le politicien velléitaire immature et égocentrique, la haute fonction publique, l’énarchie déconnectée des réalités. C’en est presque une caricature.

Or, Marine Le Pen agite habilement le spectre fatal du libéralisme et de la mondialisation en jouant sur les peurs, les sentiments de rejet, de frustration de l’électorat.

Seulement, contester la mondialisation apparaît à la fois irréaliste et totalement improductif car elle est un fait et non une idéologie, et la question n’est pas d’être pour ou contre ou si elle ruine ou enrichit le peuple : elle existe et soit on s’y adapte soit on la rejette mais, dans ce cas, elle se fera sans nous !

On sait aussi que Marine Le Pen recrute son électorat dans les classes populaires aux revenus modestes et plus les revenus sont modestes plus son score est élevé.

Marine Le Pen (tout comme Jean-Luc Mélenchon d’ailleurs) exploite essentiellement l’insatisfaction populaire et espère bien qu’une bonne part des électeurs insoumis de Jean-Luc Mélenchon votera pour elle ; même si la colère ne fait pas un programme de gouvernement.

Le FN drague ouvertement les électeurs du mouvement insoumis en pointant, non sans raison d’ailleurs, les points de convergence entre les programmes des deux partis ou mouvements ; et Marine Le Pen le fait en appelant, dans une formule pour le moins osée, à faire barrage au banquier Macron comme si celui-ci représentait un risque pour la France.

Le plus curieux est que Marine le Pen pousse le cynisme jusqu’à faire la synthèse entre les thèses classiques du FN (immigration, sécurité) et les thèses propres au PC et au FDG en stigmatisant le représentant de l’oligarchie, le grand capital, les banques, l’élite, la mondialisation. Elle réinvente la lutte des classes à sa manière ; et cela n’étonne personne.

On peut relever aussi son discours à la fois simpliste et manichéiste lorsqu’elle se prétend le défenseur des Français patriotes… laissant de ce fait entendre que les autres ne le sont pas et sont nécessairement des traîtres à la nation. Là encore on retombe dans la dialectique marxiste.

Marine Le Pen a tout fait pour dédiaboliser le FN, en utilisant pour cela toutes les plus grosses ficelles (suppression du sigle FN, du nom Le Pen pour ne retenir qu’un prénom Marine, des affiches avec une rose bleue au lieu de la flamme…).

Par ailleurs, on ne répétera jamais assez que Mme Le Pen, qui a vécu dans l’hôtel particulier de son père à St-Cloud, n’est en aucun cas une représentante ni a fortiori un membre du peuple : c’est la digne représentante des élites françaises qui prospèrent sur la crédulité populaire !

Le troisième tour : les législatives

Nous aurons deux issues : soit Emmanuel Macron bénéficiera d’une majorité et il pourra gouverner soit, et c’est l’option que je retiens, il n’aura aucune majorité et sera dès lors le premier président à devoir subir une cohabitation dès sa prise de fonctions !

Cette dernière est clairement l’option poursuivie par LR, frustré d’avoir perdu l’élection imperdable mais c’est aussi celle de Jean-Luc Mélenchon qui semble revenir à ses réflexes trotskystes de déstabilisation du système politique afin, in fine, de prendre le pouvoir !

Il est donc à craindre que nous ayons droit à un immobilisme par incapacité car M. Macron aura contre lui le FN, le FDG, la droite républicaine… ce qui commence à faire du monde !

On peut même penser, et c’est aussi l’option que je privilégie, qu’aucun parti n’aura de majorité à l’Assemblée Nationale et que l’on va donc retomber dans les opérations politiciennes de la IVe République avec ses coalitions occasionnelles, temporaires et opportunistes en fonction du problème posé ; étant entendu qu’on ne peut pas non plus exclure un blocage complet des institutions par défaut de majorité quel que soit le problème posé !

Nous risquons donc cinq ans d’immobilisme, sauf démission du président ; ce qui va prodigieusement agacer les Français et les ramener à cette nouvelle théorie du « dégagisme » !

L’effet prévisible est que nous continuerons à glisser sur la pente fatale du défaut financier du fait de notre incapacité à résoudre nos problèmes d’adaptation à l’évolution du monde car, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la montée du FN mais aussi du mouvement insoumis se poursuivra… avec de fortes probabilités que le prochain coup soit le bon !

Macron profite de sa jeunesse pour incarner un renouvellement… qu’il n’est pas vraiment, hormis sa propre personne ! Il est davantage l’émanation d’un rejet et d’un dégoût pour une classe politique complètement dévaluée.

Ni de droite ni de gauche (mais de gauche quand même), il faut tout de même espérer qu’il entreprendra les réformes que ni la droite ni la gauche n’ont su faire depuis 30 ans !

Macron présente deux qualités à mes yeux : il est animé d’une volonté empreinte de positivisme et il est pro-Européen. Mais je crains qu’il ne soit vite récupéré, voire phagocyté, par les vieux éléphants et dinosaures politiques car les dérives politiciennes, surtout s’il n’a pas de majorité, reprendront avec vigueur dès que les élections seront passées.

On fera, sans aucun doute, de longues analyses quant à la nature et la composition de l’électorat ayant voté pour lui, mais je partage l’idée qu’il s’agit surtout d’un vote par défaut car on sait qu’il s’agit d’un agglomérat d’électeurs socialistes fatigués du hollandisme et du socialisme marxiste, de centristes et d’électeurs de droite révulsés par les révélations quant à la personnalité cupide et insincère de François Fillon !

Le quatrième tour social

La mondialisation est mal perçue par une proportion importante de la population et le problème est que cette proportion ne fait qu’augmenter. Ce qui n’augure rien de bon pour la suite !

On a du mal à connaître la composition sociologique de l’électorat des mouvements anti-Européens mais il est évident que d’une part ces électeurs n’ont aucune idée du contenu des programmes hormis l’assurance que les droits acquis ne seront pas remis en cause ; et que d’autre part, notamment lorsqu’il s’agit de fonctionnaires, ils ne sont absolument pas confrontés au risque de la mondialisation.

Il va falloir à Emmanuel Macron beaucoup de pédagogie pour faire passer la pilule des réformes sociales, sachant que les problèmes structurels ne sont pas prêts d’être réglés, et il aura fort à faire entre les calculs politiciens de droite et de gauche et les difficultés d’une France en très mauvaise situation économique !

Et il ne faudra pas compter sur la collaboration ou même la simple passivité des syndicats, surtout la CGT ou FO dont le fonds de commerce est la lutte de classes. Il est à craindre un quatrième tour social particulièrement violent car il ne sera pas bien difficile de manipuler l’opinion à propos de la volonté de remettre en cause certains avantages acquis, Emmanuel Macron ayant prévu de légiférer de manière plus ou moins autoritaire par le biais des ordonnances !

Les extrémismes de droite et de gauche sont les enfants du chômage et si le nouveau pouvoir n’arrive pas à résoudre ce problème du chômage de masse, l’extrémisme continuera à progresser jusqu’à l’issue fatale ! Je nourris les plus graves inquiétudes quant au prochain scrutin : Le Pen 2022 ?

Et les investisseurs étrangers intègreront ce paramètre social en assimilant la France à un pays à risques, irréformable, avec les conséquences que l’on peut imaginer sur l’emploi et sur les taux d’intérêts ; avec l’effet pervers de peser sur une croissance déjà asthmatique et des conséquences que l’on peut aisément imaginer.

Je fais crédit à Emmanuel Macron de son désir de réformes mais j’ai quelques doutes et j’ai bien peur que nous ne soyons, à brève échéance, conduits à constater que la politique de Macron ne sera finalement que la (mauvaise) politique de Hollande par d’autres moyens !

Je n’ai pas voté pour Emmanuel Macron mais je souhaite néanmoins sincèrement qu’il réussisse là où tous nos politiciens ont échoué ! Toutefois, dans son programme je n’ai pas vu de mesures de nature à remettre en cause le schéma suicidaire d’une France qui claque à tout va l’argent qu’elle n’a pas et j’imagine assez mal qu’il va pouvoir, à lui tout seul, inverser le mouvement. Il ne faut pas oublier que la France ne respecte pas ses engagements européens depuis 10 ans au moins. La France est championne de la dette, championne des prélèvements obligatoires, championne de la dépense publique… La tâche à accomplir est immense !

Le FN exploite le chômage de masse persistant, le mal de vivre de la partie de la population la plus défavorisée et tant que nous n’aurons pas résolu ces problèmes, il continuera à progresser dans l’électorat ; tout comme le FDG qui n’est qu’un avatar d’un PC stalinien rebadgé bolivarien. Il ne faudrait pas que nous continuions à agiter des idées stériles qui, certes, ont pu à une certaine époque fasciner le monde mais qui ne l’enchante plus guère désormais en raison de leur inanité !

La France a été un exemple dans le monde mais j’ai bien peur qu’elle ne devienne un exemple de ce qu’il ne faut pas faire !

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