Ce que la sortie de l’euro fera (et ne fera pas) pour vous

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Euro 2 By: wfabry - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Ce que la sortie de l’euro fera (et ne fera pas) pour vous

Publié le 28 avril 2017
- A +

Par Étienne Henri. 

Je vous propose aujourd’hui d’aborder le sujet sur un mode plus pragmatique. En laissant de côté pour quelques minutes nos habitudes d’électeur, nous pouvons nous poser la question de manière ouverte : « serai-je gagnant ou perdant en cas de sortie rapide de l’euro ? »

Quelle est l’importance de l’euro dans notre économie ?

Cela fait une quinzaine d’années que nous avons cessé d’utiliser notre vénérable franc pour laisser place à l’euro. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les promesses d’embellissement économique n’ont pas eu lieu. Le taux de chômage est toujours proche des 10%, et l’augmentation de la richesse du pays, concentrée dans quelques mains, est imperceptible pour la grande majorité des citoyens.

Ce constat fait, il faut rappeler ce qu’est l’euro : une monnaie. Rien de plus, rien de moins.

Nombreux hommes et femmes politiques répètent à l’envi que la monnaie unique est notre seule planche de salut économique ou, au contraire, la source de tous nos maux.

Ces raccourcis simplistes sont, comme toujours, faux. L’économie est un art autant qu’une science, et les phénomènes en jeu sont complexes. Que l’on parle de durée légale du travail, de choix de la monnaie ou d’âge de la retraite, aucune variable prise individuellement n’est capable d’expliquer l’état global de la situation du pays. Les acteurs économiques (vous, moi, les entreprises et l’État) adaptent en permanence leur comportement en fonction des différents facteurs.

Jouer sur un seul paramètre fait généralement des gagnants et des perdants, avant que les choses ne trouvent un nouvel équilibre.

Après des mois de propagande électorale durant laquelle les certitudes des candidats ont été assénées en boucle, il leur est difficile d’admettre leur impuissance sur un sujet aussi important que l’argent que nous manipulons tous les jours…

Ce qu’aurait dû nous apprendre le pic inflationniste de 2008

Pour dissiper vos derniers doutes, je vous propose de nous remémorer le pic inflationniste du début 2008. Si nous sommes aujourd’hui toujours en train de nous dépêtrer de la crise des subprime, n’oublions pas qu’elle a débuté il y a près de 10 ans…

Le tableau était le suivant : pétrole à 100 $ le baril (il allait dépasser les 140 $ au mois de juillet), matières premières alimentaires en ébullition, économie réelle en train de caler et CAC 40 qui débutait son plongeon vers les 2 700 points.

Vous souvenez-vous de ce que nos brillants stratèges donnaient comme source de tous les maux ? L’euro, bien sûr, et son taux de change exorbitant de 1,6 pour 1 $.

La solution était simple, il suffisait que la BCE accepte de faire marcher la planche à billets pour envoyer l’euro au tapis, et tout serait réglé.

Quel dommage que l’inertie des traités européens empêchent nos brillants dirigeants d’appliquer leur formule magique. Une fois n’est pas coutume, les clivages politiques s’effaçaient face à cette évidence : un euro faible aurait pu nous sauver si la planche à billets avait pu être mise en marche… Sans l’Europe, on aurait vu ce qu’on aurait vu !

Les entreprises auraient enfin pu exporter ; notre balance commerciale serait revenue dans le vert ; les embauches auraient accéléré et le taux de chômage serait redescendu vers les mythiques 5%.

Ironie de l’Histoire, la BCE a renié son héritage germanique et a bel et bien fait tourner les rotatives pour inonder les marchés d’euros frais.

Le taux de change EUR/USD a connu un plongeon sans précédent :

Nos dirigeants ont eu ce qu’ils n’attendaient pas : une impression monétaire digne d’un raz-de-marée et un euro dévalué de près de 40%.

Qu’est-il arrivé à notre PIB et notre taux de chômage ?

Rien.

Le chômage a continué à grimper durant ces années. Le revenu médian corrigé de l’inflation n’a quasiment pas bougé.

L’euro a perdu plus d’un tiers de sa valeur sans que notre économie ne s’améliore.

Même si l’économie est un art, il n’est pas interdit de l’aborder avec une grille de lecture cartésienne. Nous avons vu, depuis 2008, que baisser sensiblement la valeur de l’euro n’améliore pas la question du chômage et du pouvoir d’achat.

Tordons donc le cou une fois pour toutes à cette idée simpliste qui consiste à dire que l’euro était « trop cher » et asphyxiait notre économie. Si cela avait été le cas, nous aurions observé un retour à l’emploi lors de la baisse de l’euro.

Cette corrélation entre la valeur de la monnaie unique et notre taux de chômage étant écartée, sur quels effets bien réels pouvons-nous baser notre réflexion ?

Monnaie forte ou monnaie faible, faites votre choix

Si nous voulons éviter les raccourcis que nous reprochons à nos hommes politiques, la rigueur de notre raisonnement nous limite aux faits dans la recherche d’effets, de causes, et de corrélations.

Nous pouvons, cela dit, nous autoriser cette tautologie : la seule chose que nous ayons constatée avec certitude lors de la baisse de l’euro est que la monnaie unique a perdu 40% de sa valeur depuis 2008.

Malgré cette baisse, l’euro est une monnaie qui résiste plutôt bien au temps qui passe par rapport à l’autre mastodonte : le dollar US. Lors de sa mise en circulation au 1er janvier 2002, il fallait 0,9 $ pour acheter 1 euro. Aujourd’hui, il en faut 1,06.

L’euro s’est donc légèrement apprécié face au billet vert sur la période (+17%).

À titre de comparaison, le nouveau franc français (FRF) avait connu de bien plus importantes fluctuations face au dollar. Les épisodes inflationnistes post-1968, lors du choc pétrolier de 1973 et les dévaluations dans le cadre du SME dans les années 1980 avaient érodé le pouvoir d’achat de la monnaie française de manière bien plus importante que l’euro depuis sa création.

Nous pouvons donc en conclure que la nouvelle monnaie française sera, quelle que soit son appellation, une monnaie moins forte que l’euro. Elle aura vocation à être rapidement dévaluée pour rééquilibrer les finances publiques. La baisse de cette nouvelle monnaie sera-t-elle de -15%, -30% ou -50% ?

Si le prochain gouvernement laisse un taux de change flottant entre cette monnaie et l’euro, nul ne peut prévoir exactement quelle valeur elle prendra. Le chiffre de -30% n’est qu’une hypothèse qui se base sur des ratios habituels, à prendre avec beaucoup de recul !

La seule chose certaine, c’est qu’une baisse de valeur de la monnaie légale n’a rien fait pour notre économie ces 10 dernières années. Il n’y a aucune raison que cela change dans les 10 années suivantes.

Quel effet pouvons-nous donc raisonnablement attendre en cas de sortie de l’euro ? Qui seront les gagnants et les perdants ?

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

Voir les commentaires (5)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (5)
  • comment se fait il que depuis l’euro , plus je travaille , moins je m’en sors , alors que je consomme beaucoup moins qu’avant ? pourquoi je ne peux plus acheter de la viande , du poisson , des laitages , des fromages , des fleurs ….,? j’ai l’impréssion de m’être fait berner ….

    • Je ne sais pas si vous le savez, mais nous avons de plus en plus de dépenses « contraintes ». Par exemple, une part de votre facture d’électricité est destinée à subventionner les énergies dites renouvelables. La multiplication des normes renchérit souvent (pas toujours) les coûts. Vous rajoutez à cela, les coûts de la protection sociale. Au final, l’euro n’a rien à voir avec la sensation de perte de pouvoir d’achat.

    • En complément du commentaire précédent : l’Euro a été mis en place pour le grand public au 1er janvier 2002, il y a plus de 15 ans. Il y en a pas mal, des choses, qui changent en 15 ans. Si on compte une inflation de 1% par an ce qui coûtait 100€ à l’époque en coûterait maintenant 115€. Entre temps il y a eu de nouvelles taxes et contributions publiques, les prélèvements dits « sociaux » sont passés de 10% à 15,5%, le taux de TVA à 7% est passé à 10%, le taux « normal » est passé de 19,6% à 20%, un certain nombre d’indices ou de seuils ont été gelés, conduisant mécaniquement à une augmentation des charges (voir les seuils d’imposition), etc.
      Bref, avant de chercher un coupable facile (« c’est pas ma faute, c’est l’euro ») il faudrait se poser des questions sur les politiques qui ont été menées.

    • Et je ne vous raconte pas le prix du matériel informatique ! Ah on me dit que ça n’a rien à voir avec l’euro… ah… ben peut-être que pour le reste c’est pareil.

      Comparez le coût de la vie entre ville et campagne, entre pays de la zone euro et vous comprendrez vite que l’euro n’est qu’une monnaie et que le coût de la vie dépend d’une foule d’autres paramètres.

      Autre constat : des pays de la zone euro s’en sortent très bien, économiquement comme socialement. Alors plutôt que d’accuser l’euro ou l’UE, je suggère qu’on mène des réformes structurelles identiques à ces pays qui réussissent.

  • sur un site libéral on peut je crois dire la vérité.
    Quoi que fasse un pays, la seule et unique source de plus value (de richesse ) est le secteur privé, libre.
    On peut me répondre que l’état aussi crée de la valeur avec de routes, etc, mais le fait est que personne ne valide leur valeur avec un prix. Tant que ce prix n’est pas constaté, il n’y a pas de valeur.
    Quel est le prix des milliers de rond-points « installés » partout en France. Il y en a d’outils, et la plupart sans aucune valeur réelle autre que le « pourboire » que l’élu a l’origine du rond point a reçu comme commission pour sa commande.
    Etc, etc.
    Donc le secteur privé paye donc globalement seul pas ses prix (sa compétitivité) le « coût » de l’état de la nation du laquelle il est issu.
    Plus l’état correspondant et cher et laborieux dans ses réglementations , plus cette part « étatique » pèse dans les prix du secteur privé.
    On peut même dire que le secteur privé français est champion du monde dans sa productivité, tellement son « état » correspondant est obèse.
    Il faut voir aussi que cet état justifie son intervention par la « justice sociale ». Mais j’aimerais bien savoir quelle partie allouée a la justice sociale est en fait le coût des fonctionnaires qui la mettent en marche (30% , 50%, 70%) ? Qui connait la réponse. ?
    Peut-être que les « défavorisés » reçoivent en fait seulement 30% de la somme qui leur ait alloué ? La aussi qui a une réponse ?

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Guillaume Nicoulaud.

Je voudrais revenir ici sur quelques-unes des inepties qui émaillent le programme économique et les discours de Madame Le Pen (mais aussi ceux de l'extrême gauche).

Avant l’euro, la France était libre de faire ce qu’elle voulait du franc

Ça n’est que très partiellement exact. Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la parité du franc face aux autres devises a toujours été encadrée par des accords internationaux. Au début, c’était ceux de Bretton Woods, du 26 décembre 1945 au 19 mars 1973, puis le se... Poursuivre la lecture

Par Eddie Willers.

Cet article a été publié une première fois en 2017, il est malheureusement toujours d'actualité.

Alors que Jean-Luc Mélenchon profite d’une belle hausse de sa popularité dans les sondages (certainement due à sa superbe chaîne YouTube), parlons d’une de ses mesures phare : la hausse du SMIC.

Le Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance est actuellement de 1466,62 euros bruts mensuels. Jean-Luc Mélenchon propose de le faire passer à 1700 euros  bruts dans un premier temps puis nets d’ici la fin de ... Poursuivre la lecture

Pour Pierre Bréchon. Un article de The Conversation

En vertu de leurs connaissances de la sociologie électorale, la plupart des observateurs pensaient qu’Emmanuel Macron ne réussirait pas à conquérir le pouvoir, étant donné sa jeunesse et l’absence d’une force politique importante pour le soutenir. Pourtant, après avoir gagné l’élection présidentielle, il est en passe de dominer très largement les législatives, ce qui lui permettra d’appliquer sa politique.

Le premier tour des élections législatives amplifie les recompositions q... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles