Élysée 2017 : le Grand soir de la gauche ?

Emmanuel Macron et Federica Mogherini (Crédits : World Economic Forum, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

Le Grand soir de la gauche est-il vraiment en train d’advenir ? Partagée à l’origine par les communistes, cette notion fait la promesse d’un bouleversement social sans précédent, un mythe poétique révolutionnaire selon Sartre.

Par Benjamin Boscher.
Un article de Trop Libre

À moins d’un mois du premier tour, un constat s’impose. La moitié des intentions de vote semble aujourd’hui se diriger vers trois candidats qui partagent tous en commun le fait d’avoir été membre du Parti socialiste, ensemble, il y a dix ans.

D’une certaine manière, ni la présidentielle de 2012, ni même celle de 2002, à l’ère de la gauche plurielle, n’avaient rassemblé une telle dynamique vers des forces se réclamant provenir de la gauche.

Pour autant, le Grand soir de la gauche est-il vraiment en train d’advenir ? Partagée à l’origine par les communistes, cette notion fait la promesse d’un bouleversement social sans précédent, un mythe poétique révolutionnaire selon Sartre.

Un spectacle politique détonnant

Que ce spectre politique puisse représenter la moitié des intentions de vote, après cinq années d’un socialisme dont on aura tout dit, détonne.

Naturellement, les schémas, les périodes et la nature des candidatures diffèrent. Incapables de constituer la moindre entente mutuelle, Hamon et Mélenchon ne partagent pas grand-chose des idées, du récent programme et du jeune ADN politique d’Emmanuel Macron.

C’est ce dernier qui, bien entendu, dénote. Et de droite, et de gauche, sa substance politique rassemble autant qu’elle divise un électorat de gauche en quête d’un dessein politique empreint des valeurs que l’histoire a toujours rassemblées.

Victorieuse, la gauche éloquente de Mélenchon renverserait catégoriquement l’état actuel des choses. Avec elle, la gauche connaîtrait des lendemains qui chantent, la France sans doute un peu moins.

Réorganisation profonde à gauche

En réalité, plus qu’un Grand soir, la gauche semble surtout à l’aune d’une réorganisation profonde. Idéologiquement, elle est divisée en son sein. Les alliances tiendront sans doute jusqu’en juin face à une fronde bleue marine qui guette, bien présente et qui, là encore, ne pouvait espérer une telle conjoncture pour cette échéance.

Mais quel que soit le résultat du 23 avril, la demande des électeurs rencontre, à gauche, une offre large et différenciée. Le leader du Front de gauche demeure fidèle à la ligne esquissée depuis des années, se rêvant en tribun européen incontesté d’une insurrection populaire ; le Parti socialiste, en catimini, mène la campagne que les frondeurs rêvent de faire depuis trois ans, celle du revenu universel et du futur désirable…

Dilemme de l’innovateur

Seul la social-démocratie d’En Marche semble actuellement rassembler davantage. Le vœu d’une politique moins clanique et systématiquement tribale séduit légitimement, dans une France coutumière des blocages.

Face à Macron les forces traditionnelles de gauche et les partis politiques semblent confrontés au dilemme de l’innovateur, celui de Christensen. Ils semblent impuissants, disruptés, court- circuités.

Pourtant, chacun le sait, cette situation peut encore changer. Les sondages sont fugaces, parfois trompeurs.

D’ici-là, la gauche, en silence, poursuit sa mue et semble à la veille d’un aggiornamento plus large. La droite aussi probablement, pour des raisons différentes.

Sa situation n’est pas meilleure, elle engrange aussi ses fractures, et connaît un effritement de sa majorité et de sa base, séduite de part et d’autre du mouvement LR. Son crépuscule n’est pas encore venu, le programme de Fillon demeure un atout certain pour la droite dans cette bataille. Face à lui, Macron défendra sa griffe, son écho, son équilibre.

Si remporter l’Élysée est la clé, avoir une majorité de gouvernement demeure essentiel. En mai, puis en juin, la démocratie s’exprimera et décidera. Pour cinq ans, si tout va bien.

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