Bienvenue place Beauvau, le livre qui fait polémique

« Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du Président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande. »

Par Francis Richard.

Jadis, jusqu’au XIXe siècle, l’expression cabinet noir désignait l’organisme d’un État, détenteur du monopole des postes, qui ne respectait pas le secret des correspondances. Ce viol de la sphère privée lui permettait d’avoir connaissance de données sensibles sur les personnes et de s’en servir éventuellement pour leur nuire.

Ce n’est pas dans cette stricte acception que les auteurs de Bienvenue place Beauvau emploient cette expression dans leur livre, où ils reprochent à longueur de pages à François Hollande de n’avoir rien changé à la police héritée de Nicolas Sarkozy. Il aurait même fait pire en constituant une structure clandestine, version moderne du cabinet noir d’antan.

Des indices troubles place Beauvau

Les auteurs précisent à propos de celui-ci : Il n’est pas possible d’en apporter la preuve formelle. Comme il n’est pas possible de prouver le contraire ! Mais l’addition d’indices troubles et de témoignages étonnants interroge. Plusieurs observateurs bien placés dans l’appareil policier nous ont ainsi décrit par le menu l’existence d’une structure clandestine, aux ramifications complexes […]. (page 24)

Ce qui caractérise cette structure clandestine, c’est sa capacité à orchestrer des affaires judiciaires pour éliminer des adversaires ou, au contraire, les épargner, à charge de revanche.

Quelles sont les ramifications de cette structure ?

Tracfin, le service de renseignement financier de Bercy, dont le patron assiste chaque semaine à une réunion à l’Élysée organisée par le coordinateur du renseignement, en compagnie des six autres directeurs des services secrets : Afin d’allumer la mèche d’une affaire politico-financière, il suffit que Tracfin pêche au bon endroit, remonte dans ses filets une infraction, et la transmette officiellement à la justice. (page 24)

– la DACG, la Direction des affaires criminelles et des grâces, dont le patron peut suivre en temps réel l’avancement de tous les dossiers politico-financiers. (page 26)

– des magistrats auxquels le Château donne des consignes oralement sur des dossiers politiquement sensibles : Ils sont moins de cinq, dont on retrouve le nom dans tous les dossiers qui concernent Sarkozy. Des habitués de la méthode des poupées russes. (page 26)

ces magistrats qui additionnent les affaires sur le clan Sarkozy sont eux-mêmes alimentés et épaulés par une poignée d’officiers de police judiciaire, la plupart en poste à l’Office central de lutte contre la corruption, les infractions financières et fiscales […]. (page 27)

Un ami de quarante ans

Le patron de Bercy est Michel Sapin, un ami de quarante ans de François Hollande ; le coordinateur du renseignement est Yann Jounod, préfet socialiste ; le patron de la DACG, Robert Gelli, a partagé la même chambrée que François Hollande et Michel Sapin lors de leur service militaire. (page 25).

Ajoutons que la méthode des poupées russes, évoquée ci-dessus, consiste à saisir lors d’une perquisition des documents qui n’ont rien à voir avec celle-ci et de les utiliser pour ouvrir de nouveaux dossiers judiciaires, susceptibles de nécessiter d’autres perquisitions etc.

Parmi les moins de cinq juges d’instruction nommés pour instruire les dossiers politiquement sensibles figure un certain Serge Tournaire : Ce juge d’instruction est apprécié à l’Élysée pour son opiniâtreté dans les affaires mettant en cause Sarkozy. (page 41)

Les rivaux de François Hollande en difficulté avec la justice

Les auteurs remarquent que, comme par hasard, ceux qui pourraient rivaliser avec François Hollande, ont maille à partir avec la justice : Derrière ces ennuis à répétition qui ciblent les principaux rivaux du Président sortant, difficile de ne pas voir la patte de Hollande. (page 54)

Difficile à les lire, même s’ils s’en défendent, de ne pas voir non plus dans le chantier Fillon (un chantier est une machination dans le jargon barbouze) la même patte de Hollande, d’autant que, par le plus grand des hasards, un des trois juges nommés par le Parquet national financier pour mener à bien ce chantier est un certain Serge Tournaire…

Dans le livre d’Olivia Recasens, Didier Hassoux et Philippe Labbé (la première et le dernier étaient journalistes au Point ; le deuxième et le troisième le sont aujourd’hui au Canard) il y a bien d’autres révélations inavouables sur la police, éclipsées maintenant par celle de l’existence improuvable du cabinet noir, dont se sert Hollande pour éliminer ses adversaires.

Redoutable tacticien

C’est dommage. Car elles sont les symptômes d’une police complètement inadaptée à la situation actuelle et la démonstration que Hollande n’aura rien fait pendant cinq ans pour y remédier, préférant se livrer à ses petits jeux de redoutable tacticien, qui a su tout au long de sa carrière avoir un ou plusieurs coups d’avance sur ses adversaires… (page 54)

Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé, Bienvenue place Beauvau, Robert Laffont, 264 pages.

Sur le web