Jean-Christophe Cambadélis en campagne pour Hollande

J-C Cambadélis mars 2015-Parti Socialiste(CC BY-NC-ND 2.0)

Jean-Christophe Cambadélis et Terra Nova s’occupent de la campagne électorale de François Hollande : il s’agit d’empiler les mots-clefs pour plaire aux électeurs.

Par Éric Verhaeghe.

J-C Cambadélis mars 2015-Parti Socialiste(CC BY-NC-ND 2.0)
J-C Cambadélis mars 2015-Parti Socialiste(CC BY-NC-ND 2.0)

En annonçant une primaire de la Belle Alliance Populaire, Jean-Christophe Cambadélis a définitivement enterré le rêve de rassemblement à gauche, et jeté les prémisses d’une campagne qui devrait cliver sur les fondamentaux hollandais identifiés par Terra Nova en 2011.

Mais c’est quoi, la Belle Alliance Populaire ?

Le lancement de la « Belle Alliance Populaire » par Jean-Christophe Cambadélis était d’abord apparu comme une farce légère. Le Premier Secrétaire lançait un mouvement sans structure, une sorte de diversion en quelque sorte, et sans cortication idéologique claire. Officiellement, ce mouvement se dit démocrate, radical, écologiste, socialiste et citoyen. Dans la pratique il rassemble tous ceux qui, de gauche, ont intérêt à voir François Hollande réélu.

C’est peut-être le principal point identitaire de la Belle Alliance, dont l’acronyme forme, de façon révélatrice, la « BA ». Il ne s’appuie pas sur un corpus idéologique, ni sur une ambition pour le pays. Il rassemble des intérêts et poursuit un objectif électoral concret : assurer la réélection du Président sortant.

D’une certaine façon, il s’agit du parti des Notables.

Quel programme pour la Belle Alliance ?

Pour cet ensemble hétéroclite, où l’on retrouve des défroqués de tous les partis, la construction programmatique est secondaire et se rassemble sous le concept général de réformisme, avec quelques aiguillons qui ne surprendront pas.

Parmi ceux-ci, l’europhilie républicaine tient une place centrale. On retrouvera sans peine tous les thèmes de la gauche sociale-démocrate développés depuis une trentaine d’années : construire l’Europe, lutter contre le racisme et la xénophobie (ah… le fameux vivre ensemble ), marquer un intérêt pour l’écologie tout en modernisant l’appareil économique, et faire des réformes.

Oui mais lesquelles ? On s’amusera de lire par exemple ceci sur le site de la Belle Alliance :

Il faut rajeunir et rafraîchir. Notre alliance sera donc un lieu ouvert, où la parole est libre.

Rajeunir la politique… On comprend pourquoi cette idée inspire si peu de mesures concrètes à Jean-Christophe Cambadélis. Et l’on voit comment l’écurie présidentielle peine à sortir d’une conception de la politique fondée sur les postures.

La tentation de Terra Nova

Ce que ne dit pas clairement la Belle Alliance, bien entendu, c’est qu’elle a fait son deuil de toute ambition idéologique, qu’elle a globalement enterré les projets politiques globaux, et qu’elle se recentre sur la fonction « électoraliste » de la machine politique. Son objet est d’assurer une réélection en rassemblant sur un nom des gens divers unis par des intérêts communs.

La stratégie est ici globalement déterminée par la note de Terra Nova qui préconisait de recentrer le Parti Socialiste sur son électorat socle : les diplômés, les jeunes, les femmes et les minorités. On mesure le glissement de sens qui s’opère dans la vision hollandiste du pouvoir : fini les délires idéologiques (on les laisse à Mélenchon), et fini la mention de la finance comme ennemie. Désormais, la politique consiste à empiler un certain nombre de mots-clés qui plaisent à des segments d’électeurs qu’il faut contenter.

François Hollande aura définitivement fossoyé l’idée de la politique comme art de l’intérêt général.

Quel sera le programme de François Hollande ?

Sur le fond, quelles mesures préconisera-t-il durant son second quinquennat ? Même si le modèle Chirac (d’immobilisme) devrait s’imposer à lui, il retiendra sans doute quelques idées-phare pour drainer les électeurs sur lesquels il peut encore compter.

Premier point, nous n’échapperons pas à l’autorisation de la gestation pour autrui, ce puits sans fond de la revendication minoritaire qui est une marque de fabrique de la gauche et garantit une sorte de minimum électoral.

Deuxième point, le gouvernement continuera à préférer la mise sous contrôle de toute la population française pour lutter contre le racisme, plutôt que d’isoler quelques milliers de personnes à risque. C’est le prix à payer pour ne pas se fâcher avec les minorités ethniques.

Troisième point, la politique budgétaire continuera à prôner une hausse des dépenses publiques et évitera savamment toute réforme de structure diminuant le nombre de fonctionnaires ou redonnant de l’air aux petites entreprises.

Quatrième point, le gouvernement fera encore le jeu des grandes entreprises et de la nomenklatura au pouvoir.

Bref, le choix qui sera fait sera celui d’un lent déclin, indolore, à peine perceptible, avec quelques mesurettes pour amuser la galerie.

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