Juppé : le plan B comme Bérézina ?

Juppé peut-il être le plan B de la droite pour remplacer Fillon ? Avec un B comme Bérézina, ou comme Bir Hakeim ?

Par Serge Federbusch.

Chacun connaît le désespérant passage de la Bérézina qui entraîna la Grande armée dans un enfer glacé où Napoléon vit geler ses rêves d’unité européenne.

C’est ce douloureux rappel historique que François Fillon a convoqué il y a un mois pour dissuader les cadres et électeurs de droite de soutenir un plan B, une candidature alternative à la sienne. Depuis lors, sa débâcle au sens politique et tactique du terme n’a fait que se confirmer.

En cherchant du côté des victoires françaises qui commencent par la lettre B, on ne trouve guère que la bataille de Bir Hakeim, qui a toutefois fière allure.

Combat autour d’un point d’eau désaffecté au milieu du désert de Libye lors de la Seconde guerre mondiale, on y vit les forces de la 1re brigade française libre du général Koenig résister aux attaques de Rommel. Le répit ainsi gagné permit aux Anglais de triompher à El Alamein, un des tournants du conflit.

Juppé peut-il renverser la situation ?

Le retour de Juppé permettrait-il, comme quelques sondages le laissent penser, de renverser ainsi la situation au profit du champion de la droite et du centre ? Serait-il le point de retournement d’une campagne qu’on croit désormais perdue ?

Le principal argument en faveur de cette hypothèse optimiste tient à la détestation profonde de l’électorat de droite pour Hollande et ses clones, dont Macron est une parfaite incarnation. La droite « dure » ne voulait pas de Juppé et a voté Fillon lors des Primaires. Mais, face à l’hypothèse cataclysmique de cinq années de hollandisme « new wave », elle est prête à tout oublier et pardonner au fils spirituel de Chirac.

Juppé serait ainsi purgé de son péché originel, lavé des suspicions de complaisance face à « l’islamo-gauchisme ». Ce n’est plus « Ali Juppé » mais « allô Juppé » !

Juppé, candidat de substitution dont personne ne voulait

Au regard de ce puissant sentiment, il y a l’argumentaire que les Le Pen, Macron, Hamon et Mélenchon feront tourner en boucle : Juppé est un candidat de substitution, un ringard dont son propre électorat n’a pas voulu. Comment pourrait-il défendre un projet et des idées d’abord rejetées par ses troupes ? Qui croira à son « identité heureuse » dans une France où les haines et les rancœurs submergent tout, entre gauche et droite mais aussi à l’intérieur de chaque camp ?

Et puis les Républicains guidés par Juppé ne ressembleraient-ils pas à une légion de girouettes ? Prenons l’exemple de Valérie Pécresse, qui avait fait un parcours politique jusque là sans faute et qui s’est trompée à plusieurs reprises. D’abord en lâchant Fillon pour Juppé, puis en soutenant Juppé trop longtemps et désormais en le lâchant in extremis avec hypocrisie.

Toute cette affaire contamine l’ensemble des dirigeants de la droite « républicaine ». Ils n’en meurent pas tous mais tous sont désormais atteints.

Face à Macron et Le Pen, Juppé bénéficierait sans doute pendant quelques jours d’un effet de surprise et de dramaturgie. Mais ses faiblesses intrinsèques (âge, fatigue, ambiguïté face à l’islam réactionnaire, incarnation de la bourgeoisie étatique issue de l’Inspection des finances tout comme Macron) finiraient par remonter à la surface.

Comment Juppé pourra-t-il défendre le projet de Fillon ? Et quelle légitimité aurait-il à défendre celui qu’il portait lors des primaires ?

Bref, chaque jour qui passe est aujourd’hui porteur de surprises, d’étonnement, d’amusement et de désenchantement.

S’il y a un plan B qui soit dans cette folle campagne, c’est le plan « barge ».