Fillon, Macron, Hamon : cette élection présidentielle part en vrille !

Si la configuration Le Pen – Macron se confirme le 22 avril prochain, un événement historique majeur se sera produit en France. La gauche et la droite de gouvernement auront été éliminées pour laisser la place à l’inconnu.

Par Patrick Aulnas.

Le Pen – Macron. Voilà le deuxième tour de l’élection présidentielle en l’état actuel de l’opinion. Les sondages sont concordants : Marine Le Pen dépasse les 25% d’intentions de vote au premier tour, Emmanuel Macron se situe autour de 25% et François Fillon autour de 20%. Rien n’est encore joué. Le socle de Fillon ne fléchit pas. L’engouement pour Macron se poursuit, l’illusion Le Pen également.

Le panorama politique français devient très inquiétant. Petit tour d’horizon de la situation.

Macron, le centriste révolutionnaire

Si la configuration Le Pen – Macron se confirme le 22 avril prochain, un événement historique majeur se sera produit en France. La gauche et la droite de gouvernement auront été éliminées. Le centre sera opposé à l’extrême-droite au second tour de l’élection présidentielle. Car Macron a réussi le tour de force de se présenter comme un révolutionnaire bon chic bon genre (son livre s’intitule Révolution), mais un révolutionnaire qui ne fait peur à personne tout en donnant de l’espoir à certains. Un centriste révolutionnaire ! Mais un centriste quand même, qui emprunte à la social-démocratie et au libéralisme. Cela s’appelle désormais le social-libéralisme : petite innovation linguistique mais centrisme politique classique.

Les primaires ont accentué le clivage droite-gauche

Les primaires, présentées comme un progrès de la démocratie, pourraient ainsi aboutir à marginaliser les deux partis dominants qui alternaient au pouvoir depuis 1958 : LR (avec une multitude de dénominations historiques) et le Parti socialiste. Le centre, mâtiné d’un peu de libéralisme, n’était parvenu au pouvoir qu’avec Valéry Giscard d’Estaing de 1974 à 1981. Autre effet des primaires : l’accentuation du clivage droite-gauche. En désignant François Fillon, les électeurs de droite ont choisi un programme conservateur culturellement et relativement libéral économiquement. Par rapport aux choix antérieurs des instances dirigeantes du parti (Pompidou, Chirac, Sarkozy), un glissement à droite s’est produit. Un glissement à gauche peut également être constaté avec l’élection de Benoît Hamon à la primaire socialiste, l’ancien frondeur socialiste et ministre démissionnaire prônant un social-écologisme plutôt coupé des réalités.

Le rejet des candidats issus de primaires

En plaçant en tête des sondages Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le corps électoral global s’oppose au corps électoral restreint des primaires. Il rejette le résultat des primaires puisque les deux candidats ayant sa préférence n’en sont pas issus. Marine Le Pen est considérée par les militants du Front national comme la candidate naturelle et Emmanuel Macron, fort de soutiens politiques et financiers, s’est auto-désigné avec un aplomb qui force l’admiration. Dans ces conditions, les primaires apparaissent actuellement comme un échec politique. Leur réussite organisationnelle n’y change rien. Si le corps électoral présidentiel traite par le mépris les candidats issus des primaires, il faudra bien tôt ou tard, renoncer à singer les pratiques politiques américaines, au demeurant inadaptées aux institutions françaises.

Les magistrats désignent-ils  désormais le Président de la République ?

L’immixtion du pouvoir judiciaire dans le processus électoral constitue un autre élément majeur de la dérive actuelle. Le juridisme obstiné et l’étroitesse d’esprit de quelques magistrats conduisent à la situation qui vient d’être décrite. François Fillon serait probablement placé en seconde position si des pratiques très courantes dans le milieu politique n’avaient été habilement exploitées au moment opportun pour chercher à le discréditer. Il n’est pas nécessaire de recourir à la théorie du complot pour énoncer une telle affirmation. Les éléments objectifs sont là. Tout est une question de perception dans cette affaire ultra-médiatisée. La présomption d’innocence est constamment violée. Un seul exemple, mineur mais significatif. L’expression « emplois fictifs présumés » est employée par de nombreux présentateurs de télévision ou journalistes de presse écrite. Il n’y a juridiquement aucune présomption de fictivité ; tout reste à prouver par ceux qui accusent. L’expression est utilisée à dessein par des journalistes de gauche.

La manipulation de l’image politico-financière supplante le droit et même la raison. Le patrimoine de François Fillon représente beaucoup pour le smicard, sans aucun doute. Mais il reste vraiment très modeste par rapport à celui des dirigeants de grandes entreprises. Celui qui a été ministre à plusieurs reprises, Premier ministre de la France pendant cinq ans, ne s’est pas beaucoup enrichi, c’est le moins qu’on puisse dire. La République ne remercie pas ses serviteurs par ses largesses. Elle est même très pingre, puisque le salaire net d’un parlementaire est d’un peu plus de 5 000 € par mois. Ceux qui dirigent l’État et élaborent nos lois se situent financièrement à des années-lumière de ceux qui dirigent la vente des yaourts ou des smartphones, les vrais riches.

Le peuple l’ignore peut-être, mais pas les magistrats spécialisés dans le domaine financier. Avant tout acte de procédure, ils devraient mettre un point d’honneur à prendre de la hauteur et à porter sur le sujet un regard large, synthétique, à la fois politique, économique, institutionnel, historique même. Au lieu de cela, ils se comportent en petits juristes pointilleux traitant quelques peccadilles financières qui restent d’ailleurs à prouver. Ce faisant, la magistrature se déconsidère puisqu’elle confisque le suffrage universel. Le résultat de l’élection présidentielle pourrait être celui que quelques juges ont souhaité et non celui que le peuple désirait.

Le vainqueur de la présidentielle pourra-t-il gouverner ?

Si Fillon l’emporte, la réponse est positive puisqu’il disposera d’une majorité parlementaire LR et centriste. Si Macron devient Président, il devra désigner des candidats aux législatives sous l’étiquette En Marche. Il y aura des ralliements socialistes et centristes, mais cela ne suffira pas pour obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Une coalition de plusieurs partis gouvernera le pays avec le risque d’éclater à tout moment. L’expérience des frondeurs socialistes montrent abondamment que ce parti, dont le soutien sera nécessaire, n’est pas prêt au social-libéralisme de Macron.

La dérive de la magistrature rend de moins en moins improbable l’hypothèse d’une Marine Le Pen Présidente de la République. Un certain nombre d’électeurs de Fillon se reporteront sur elle au second tour pour manifester leur mécontentement. Si les sondages actuels donnent Macron largement vainqueur au second tour, la situation pourrait évoluer du fait d’événements imprévus, par exemple des attentats terroristes. L’élection de Marine Le Pen conduirait à un gouvernement de coalition, mais il est impossible de préciser avec qui. Le risque majeur réside dans l’impossibilité de constituer un gouvernement disposant d’une majorité parlementaire. Le pays serait alors ingouvernable.