Que nous enseigne Périclès sur l’affaire Fillon ?

démocratie périclès credits tim brauhn (licence creative commons)

Le regard d’un homme politique suisse sur l’« affaire Fillon » qui a secoué la classe politique en France.

Par Pascal Broulis, depuis la Suisse.

Que nous enseigne Périclès sur l'affaire Fillon ?
démocratie périclès credits tim brauhn (licence creative commons)

« Que je sache, Périclès a rendu les Athéniens paresseux, bavards et cupides, en initiant des indemnités publiques. » Ce jugement définitif est celui de Platon, qui clouait ainsi au pilori le premier système de rétribution des élus, nommé Misthos, mis en place dans sa cité par Périclès vers 450 avant Jésus-Christ. C’est dire si le débat qui fait rage autour du discutable statut d’assistante parlementaire de Pénélope Fillon a d’anciennes origines.

Selon les textes qui nous sont parvenus, le Misthos équivalait à son époque au tiers d’un salaire journalier moyen. Pour les riches citoyens l’appoint était sans importance mais il était significatif pour les personnes de condition modeste et leur permettait de prétendre aux charges publiques. Ce qui était bien l’objectif de Périclès. Et malgré les récriminations de Platon, cette conception s’est imposée à l’ère moderne. Personne ne nie plus que le travail parlementaire mérite salaire.

« Quand le député devient une petite entreprise familiale »

Dessin extrait du livre « Fragile pouvoir »

Le problème c’est lorsque les compensations deviennent excessives. Une aristocratie parlementaire se recrée, qui se met à tourner en circuit d’autant plus fermé qu’elle comporte des liens personnels. Le député devient cette « petite entreprise familiale » qui m’avait fourni une anecdote pour mon livre Fragile pouvoir. Et Pénélope fait retomber le système dans le piège dont Périclès l’avait sorti.

On peut y remédier à coups de règlements. Interdire les liens familiaux, ce qui reviendrait à punir tout le monde pour les dérapages de quelques-uns, sans solution définitive. La parade : « Tu prends ma fille, j’engage ton fils » a déjà été observée. Ou prévoir des cahiers des charges détaillés et des contrôles soupçonneux, toujours problématiques en regard de l’activité par essence complexe d’assistant parlementaire.

On peut aussi, et cela me paraît de loin la meilleure solution, rester mesuré dans les montants. L’élu qui garde un pied dans son monde professionnel le connaît mieux que celui qui l’a quitté. C’est dans l’esprit du mandat représentatif, qui consiste à être porte-parole de ses électeurs dans la préparation des lois. Et cela facilite les transitions, lorsqu’on met fin à ses fonctions… où qu’on ne s’y voit pas reconduit.

C’est finalement une question d’équilibre. Cet équilibre démocratique que recherchait Périclès.