La France de 2100 commence à la maternelle

Future Pipe By: darkday - CC BY 2.0

Si nous voulons que la France du XXIe siècle redevienne une grande puissance scientifique, technologique et industrielle, il faut réformer profondément son fonctionnement en commençant par l’éducation et la recherche.

Par Pierre Tarissi.

France de 2100
Future Pipe By: darkdayCC BY 2.0

Si nous voulons que la France du XXIe siècle demeure ou redevienne une grande puissance scientifique, technologique et industrielle, si nous y voulons « croissance » et « plein emploi », alors, réformons profondément son fonctionnement d’ensemble. En commençant par le commencement : éducation et recherche !

D’abord, revoir l’éducation !

L’Éducation nationale produit aujourd’hui bon an mal an 150 000 nouveaux jeunes sans aucun diplôme. Or, depuis les années 1990, le nombre de jobs non qualifiés baisse en permanence en France. Seuls augmentent les « petits boulots » largement subventionnés par l’État dits d’« aide à la personne » (en fait les domestiques du XXIe siècle). En effet, le travail non qualifié est aisé à remplacer par l’automatisation. Et s’il est trop cher, on se passe carrément de celui qu’on ne peut automatiser.

Garantir à tous un niveau de formation minimal beaucoup plus élevé

Les jeunes en question partent donc pour être chômeurs à vie – leur situation de départ étant aggravée par l’inefficience de la « formation professionnelle » malgré son budget annuel de 35 Mds d’euros au moins. Or, la mission de l’Éducation nationale est de donner à TOUS une formation minimale suffisante pour devenir un producteur de richesses dans notre société hyper complexe. Cette « formation minimale » correspond sans doute – avec beaucoup de précautions – à un « Bac + 2 », dont le contenu peut et doit souvent être technologique (l’Éducation nationale, par exemple, ne produit quasiment plus aucun soudeur qualifié, et on en manque).

Il faut qu’au moins 98% de la population atteigne ce niveau, et on ne voit pas pourquoi cela serait impossible. Mais il faut commencer dès la maternelle : le gosse qui arrive en CP avec moins de 200 mots de vocabulaire a toutes les chances de faire partie des 150 000 dix ans plus tard …

Augmenter fortement le flux de chercheurs et d’entrepreneurs

Il faut parallèlement augmenter le flux des chercheurs et entrepreneurs dans les filières d’excellence, aujourd’hui très performantes, mais dont le débit est insuffisant. Moins on « perd » de jeunes entre le CP et la 3e, plus on augmentera ce flux. Les activités de chercheur et d’entrepreneur ne sont accessibles qu’à des profils particuliers, correspondant à une faible minorité. Ce sont cependant les seuls capables d’accélérer le progrès scientifique et technique – seul moteur de l’innovation — et d’augmenter le nombre d’entreprises – seules créatrices de richesses — qui mettront ce progrès à disposition du plus grand nombre. Ces personnes sont en fait à identifier le plus tôt possible, un peu comme on identifie les grands sportifs.

Tout cela semble plus un problème de méthodes et d’organisation que de moyens. Les moyens de l’Éducation nationale sont les plus importants des grands pays, ils devraient donc produire les meilleurs résultats et de loin.

Puis, renforcer massivement la Recherche

La prospérité de l’Occident aux XIX-XXe siècle est assise sur les deux grands piliers qui permettent de déployer les mécanismes d’innovation :

  • L’énergie à bas coût en premier lieu,
  • Le progrès scientifique et technologique qui permet d’utiliser cette énergie.

Cette prospérité a permis l’expansion démographique en Occident puis dans le monde entier essentiellement grâce à l’hygiène et la médecine. Et la « croissance », c’est-à-dire la multiplication de biens et de services mis à la disposition de milliards d’hommes.

Malgré cet « enrichissement » massif de l’humanité depuis 200 ans, il est aujourd’hui impossible d’assurer à 7 milliards d’humains le niveau de vie occidental en employant les technologies actuelles, faute de matières premières et d’énergie disponibles en quantité suffisante.

La seule façon d’y parvenir est donc d’augmenter de façon très importante l’innovation des produits et des services, leur qualité, leur niveau de gamme – en diminuant drastiquement leurs nuisances (consommation de matières premières et production de déchets).

Le seul accélérateur possible de l’innovation est la Recherche, à condition d’appliquer ses résultats dans des produits et services vendus. Or, le pourcentage de PIB consacré à la Recherche et à l’investissement est en baisse en France depuis au moins 35 ans, et le progrès technologique est relativement lent sur cette période. Donc la « croissance » diminue tendanciellement, alors que les gouvernants s’échinent à financer des dispositifs pour aider les « pauvres » tout en admettant 20% de la population adulte non qualifiée.

Cela ne sera possible que grâce à une population beaucoup plus qualifiée et mieux éduquée, en France mais aussi dans le monde entier, évoquée plus haut. En prime, nous arriverons aussi à retrouver en France « croissance » et « plein emploi » en augmentant massivement la productivité de chacun de nos concitoyens.

Tout cela pour construire un autre monde

Reste aux pouvoirs publics à organiser le contexte juridique, économique et social pour que chercheurs, créateurs, entrepreneurs accélèrent le progrès scientifique et technologique. Ils l’orienteront d’une part vers la production à volonté d’énergie à bas prix et sans hydrocarbones fossiles. D’autre part, ils organiseront la recréation totale des produits et services de la vie de tous les jours et de leurs procédés de production. Ceci afin de :

  • Réduire quasiment à zéro le volume de déchets produits à leur fabrication, pendant leur utilisation, et à leur recyclage,
  • Remplacer les matières premières rares ou devenant rares qu’ils utilisent.

Ce texte ne fait volontairement aucune allusion ni aux « biotechs » ni aux « NTIC » qui occuperont certainement une place de choix dans ce paysage. Elles sont déjà au cœur du travail des bientôt 15 millions de chercheurs actuels, qui seront 20 millions en 2020.

Le tout pour, vers 2100, nourrir, loger, vêtir, soigner, éduquer, distraire 10 à 12 milliards d’humains dans de « bonnes » conditions. Le résultat sera d’ailleurs certainement extrêmement surprenant et très différent de ce que l’on peut imaginer aujourd’hui.

Alors, comme il y a du boulot, on s’y met TOUT DE SUITE ! Par exemple, pour revoir de fond en comble le secteur des transports … C’est un monde à construire, il est passionnant, et il y a de quoi enthousiasmer des générations entières !

Mais d’abord repenser la « dépense publique »

Mais pour rendre tout cela possible en France, la diminution massive des dépenses improductives de l’État est un prérequis fondamental. (Voir Cour des comptes et quelques idées pour cela.) On en profitera pour financer la Recherche, grande cause nationale française !

Un travail pédagogique et fiscal est aussi très urgent sur l’utilisation pertinente de l’épargne des Français qui dort aujourd’hui dans les contreparties de la dette d’État (2 800 Mds d’€ quand même) au lieu de favoriser ce mouvement.

Si nous avançons rapidement dans cette voie, nous participerons directement au développement du monde entier tout en assurant notre propre prospérité. Si nous ne faisons rien et continuons dans la voie actuelle, Chinois, Indiens et Africains feront – sans nous – ce qui vient d’être décrit – ou autre chose — pour assurer leur prospérité, qui ne sera alors pas forcément la nôtre.

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