Brexit : un défi majeur pour l’Europe de la finance

Theresa May a dévoilé sa feuille de route pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, confirmant le scénario d’une rupture claire et nette. Dont acte, même si on devait s’y attendre. Reste à imaginer l’Europe de la finance pour demain.

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Brexit : un défi majeur pour l’Europe de la finance

Publié le 25 janvier 2017
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Par Pierre de Lauzun.

Brexit : un défi majeur pour l’Europe de la finance
By: UK Home OfficeCC BY 2.0

Plus de 6 mois après le vote, Mme May, a dévoilé, le 17 janvier dernier, sa stratégie pour les négociations de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Avec un grand réalisme politique, elle a confirmé ce que les commentateurs appellent un Hard Brexit, le Royaume-Uni va quitter aussi bien le marché unique que l’union douanière. Faisant son deuil du passeport européen, Mme May entend négocier avec l’Union européenne un nouveau partenariat, un accord de libre échange « global, audacieux et ambitieux » et un nouvel accord douanier.

Dès lors un nouveau cadre complètement ad hoc va devoir être trouvé pour organiser les relations entre Londres et le Continent. Et les négociations à venir s’annoncent âpres car la City a déjà fait savoir qu’elle veut obtenir un partenariat sur une base stable et à long terme. Or ce ne peut être une nouvelle version du régime d’équivalence qui existe aujourd’hui entre Bruxelles et des pays tiers, dans lequel les parties s’accordent pour reconnaître mutuellement que leurs règles dans certains domaines sont acceptables l’un pour l’autre. Ce que voudrait la City c’est un cadre stable, assurant une circulation aussi libre que possible des services et produits, un cadre qui ne peut être modifié ensuite que par accord mutuel.

Pas de vraie libre circulation après le Brexit

Le problème est que la libre-circulation suppose au minimum des règles du jeu similaires, un terrain de jeu égal pour la compétition. Or c’est ce qui a été exclu par le Brexit, et plus encore par un Brexit dur, puisque c’est avant tout une affirmation de la souveraineté britannique. Bien sûr dira-t-on le Royaume-Uni a expliqué qu’il allait transposer dans son droit interne toutes les règles européennes auxquelles il est soumis aujourd’hui. Et donc au départ il y a aura pour l’essentiel équivalence. Mais ensuite ? Ensuite, tant le Royaume-Uni que l’Europe à 27 seront parfaitement libres de changer leur législation comme ils l’entendront. Eux, dans un sens qu’on imagine plutôt souple. Le continent risquant lui, sans les Britanniques, de durcir ses règles.

Dans ces conditions il n’y a qu’un moyen pour maintenir un terrain de jeu égal : c’est que l’accord mutuel soit révisable en permanence. Disons le mot : qu’il soit donc essentiellement précaire. L’alternative, un accord stable mais sans adoption automatique de la législation de l’union par les Britanniques équivaudrait à ce que Londres sorte du marché unique, mais en conserve les avantages tout en ayant récupéré sa complète souveraineté. Bref, le beurre et l’argent du beurre !

L’UE doit être vigilante

L’Union européenne doit donc être extrêmement vigilante dans les négociations qui s’ouvriront cette année. L’accord entre Londres et Bruxelles ne peut être fondé en matière financière que sur une base de précarité : dès que la législation change d’un côté ou de l’autre, on doit revoir les droits accordés. Il faut donc imaginer une procédure de révision au cas par cas et un contrôle le plus strict possible des évolutions ultérieures. La Commission devra être tenue de pratiquer cet examen, sans doute sur une base annuelle.

Mais au-delà de ces négociations, le Brexit pose un autre défi, et de taille, pour l’Europe : quelle physionomie donner à l’Europe de la finance ?

Jusqu’à maintenant, soyons clair, c’est la City qui donnait le ton. La plupart des règles européennes ont été définies sous son impulsion ; et quand parfois elles allaient en sens inverse, le Royaume-Uni était là pour les combattre âprement et par là les recalibrer. Ce ne se sera plus le cas demain.

On peut aimer ou pas le modèle de finance qui nous venait de Londres. Mais force est de constater qu’avec le départ des Britanniques, c’est la plus grande partie du « cerveau financier de l’Europe » qui s’en va. Le Royaume-Uni apportait une expertise dans le domaine financier qui s’avérait décisive dans les réflexions sur les enjeux de marché et qui a joué un rôle majeur dans la construction du modèle européen de financement de l’économie après la crise.

La situation insolite de l’UE

L’Europe va ainsi se retrouver dans la situation insolite d’un espace économique de premier rang dont une grande partie du cerveau financier est à l’étranger. Or on parle d’un enjeu essentiel, le financement de l’économie européenne – qui en outre passera à l’avenir de plus en plus par les marchés financiers. Financement dont le rôle est clef non seulement pour la croissance, mais aussi pour pouvoir disposer d’une capacité à définir son destin de façon autonome. Si le Royaume-Uni a besoin de souveraineté, que dire des 27, ensemble économique majeur ?

Nous avons donc une tâche urgente : réfléchir à ce que doit être l’Europe financière de demain et la construire. Ses règles, ses priorités, ses grands acteurs, et sa capacité d’autonomie. Ce qui va bien au-delà du programme utile mais modeste qu’on appelle aujourd’hui Union des marchés de capitaux. Et dans cette Europe, le rôle de la France est décisif.

Car qui va prendre le relais pour donner l’impulsion nécessaire ? Après le départ du Royaume-Uni, le pays des 27 où les activités financières sont le plus développées sera de loin la France. Qui doit donc relever ce défi. Au niveau politique bien sûr, et les élections en sont l’occasion, non que la finance soit ou doive être au premier rang du débat électoral, mais parce que s’élabore à cette occasion le programme d’action du gouvernement français dans les 5 ans qui viennent. Au niveau du régulateur ensuite, et s’agissant des marchés, de l’AMF, qui doit devenir autant que possible régulateur de référence en Europe : compte tenu de son histoire et de sa réputation, elle peut et doit porter cette nouvelle ambition. Mais cela demandera des moyens accrus…

Les enjeux sont colossaux, le paysage financier international est en pleine recomposition avec de nouveaux équilibres géopolitiques, qui projettent sur l’avant-scène l’Asie et les Etats-Unis dans une configuration profondément renouvelée. Plus une City qui inévitablement sera tentée par un modèle singapourien sur très grande échelle. Avec le risque que, dans ce nouvel environnement, l’Europe continentale, si elle ne sait pas rapidement s’organiser, ne soit plus qu’une pièce marginale sur l’échiquier financier planétaire.

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  • Bah, l’Europe ne peut que se vautrer dans son étatisme. Sans les anglais, à fond la caisse 🙁

  • > Le problème est que la libre-circulation suppose au minimum des règles du jeu similaires, un terrain de jeu égal pour la compétition.

    Ça serait bien d’avancer pourquoi (bon et c’est faux évidemment).

  • Une belle analyse, le cerveau au Royaume-Unis, l’Europe n’est plus qu’un canard sans tête: il peut encore courir dans tous les sens mais combien de temps avant de s’ ecrouler completement?
    Bref, l’Europe reste le plus gros marché interieur, ce sont les institutions qui sont mortes, ni les pays ni les peuples qui seront rapidement rattrapés par la réalité economique: le pragmatisme l’emportera tot ou tard.

    • Le R-U est plus dépendant des 27 que le contraire.

      D’ailleurs c’est étrange qu’ils ne se pressent pas de partir et que ce soit l’UE qui leur rappelle qu’ils ont promis de se barrer.

      Quand on a laissé les Berlinois de l’Est sortir de l’enfer socialiste, ils se sont précipités pour franchir le mur et quelques mois plus tard le pays était réunifié, il n’a pas fallu que les Allemands de l’Ouest insistent pour que ceux de l’Est veuillent bien commencer les négociations.

      « Vous me faites chier » dit une fille à sa famille et qui prétend vouloir se barrer mais aimerait continuer à utiliser la voiture de maman et continuer à vivre dans le bel appart parisien plutôt que louer un case en banlieue à 30 km de la ville.

      • Oui, mais avec un referendum extrêmement clivant, coupant la population en deux grosses parties opposées sur le sujet, et quasiment de même poids, la question est plus délicate.
        Un peu comme si la fille siamoise disait « vous me faites chier » à sa famille, mais que sa seconde moitié ne soit pas d’accord. Le dénouement est loin d’être évident, et le choix loin d’être définitif…
        L’UE insisté pour que Londres aille vite, simplement pour lui faire la leçon. C’est moralisateurs, il n’y a qu’à voir les propos de Flanby sur le sujet…

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