Pour une poignée de facteurs

La Poste lance 3000 recrutements de "facteurs". En pratique, 3000 hommes et femmes "à tout faire" pour une entreprise qui change complètement de métier...
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Pour une poignée de facteurs

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 24 janvier 2017
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En France, contrairement à ce qu’on pourrait penser, toutes les entreprises ne licencient pas, loin s’en faut. Au-delà de celles qui, choisissant courageusement de ne surtout pas passer par Pôle Emploi, parviennent alors à trouver des candidats, on se doit de signaler ces entreprises publiques, para-publiques ou encore lourdement acoquinées à l’État et qui, elles, recrutent à tour de bras.

Il va de soi que la proximité des élections n’est qu’une coïncidence dans le redoublement d’activité de ces sociétés en termes de recrutement : avec le redémarrage vrombissant de l’économie française, tout le monde sait que les besoins sont énormes et que l’inversion de la courbe du chômage, c’est maintenant.

Sans surprise, aux premiers rangs des futurs employeurs, on trouve La Poste. La Poste, c’est cette entreprise qui, au départ, se chargeait de transmettre à dos de cheval des plis et courriers depuis un lieu A vers un lieu B. L’avènement des moyens de communication puis des transports modernes, à commencer par le vélo et le téléphone, auront profondément modifié le cœur de métier de l’ancestrale institution.

Modifications à ce point importantes qu’elles nécessitent, semble-t-il, une nouvelle vague de recrutements : on apprend ainsi que la Poste va doubler ses embauches de facteurs, proposant ainsi 3000 CDI dans l’année à venir au lieu des 1500 prévus initialement, qui viendront grossir les rangs des 70.000 facteurs déjà en place dans les villes et les campagnes françaises.

Les syndicats, fidèles à leurs habitudes, râlent. Quand l’entreprise licencie ou ne renouvelle pas les postes, ils râlent. Quand il pleut, ils râlent. Quand il ne pleut pas, il fait trop chaud, ou trop froid, ce qui les fait aussi râler. Ils râlent lorsqu’ils sont mal équipés, mais ils râlent d’autant plus fort lorsqu’ils sont trop bien équipés. Sans surprise, lorsque l’entreprise embauche, et embauche plus que prévu, ils râlent en prétextant que ce n’est pas encore assez.

On peut donc légitimement en conclure que tout va bien : pour embaucher ainsi tant de nouveaux facteurs, et déclencher des petits sons gutturaux chez les syndicalistes, c’est que les activités reprennent. Forcément, le courrier prend son envol, la distribution de paquets est en plein boom, et, très manifestement, le Français, qui ne sait plus trop lire et — à en juger les performances journalistiques moyennes — ne sait plus trop écrire s’est malgré tout furieusement lancé dans la production épistolaire au point de nécessiter de nouveaux bataillons de facteurs pour porter les millions de missives vers les millions de destinations que le pays abrite.

Que c’est beau, cette vague de plis affranchis à 20c 40c 50c 80c 85c qui déferlent dans nos campagnes et viennent apporter des nouvelles fraîches des contrées lointaines ! Qu’elle est revigorante, cette institution postale qui dépêche ainsi des milliers d’ardents préposés pour transmettre ces informations essentielles qui tissent ainsi du lien social à grands jets puissants, qui tissent partout, qui tissent tout le temps !

Enfin presque.

Parce qu’après analyse, il semble bien qu’en fait de vague épistolaire, on assiste plutôt à la mort lente (et joyeuse) du pli postal traditionnel, remplacé qu’il est par le courrier électronique, les SMS, le téléphone, l’internet, et tout l’attirail numérique moderne des citoyens français moyens. Parallèlement, la libéralisation des services d’acheminement des colis de plus de 50 grammes aura amené de nouveaux acteurs sur les platebandes jadis incontestables de La Poste : cela fait plusieurs années que vous pouvez faire perdre vos colis par d’autres gougnafiers que La Poste !

Bref, de façon générale, La Poste a décidé d’embaucher à tour de bras, alors même que toute l’activité postale, progressivement ouverte à la concurrence, est en nette perte de vitesse et ne permet certainement plus de justifier, à elle seule, le maintien de nombreux points de présence ou d’un nombre conséquent de facteurs sur tout le territoire : ainsi, les volumes de courrier ont chuté de 31% depuis 2008 et le chiffre d’affaires correspondant s’érode de 7% chaque année, malgré la hausse du prix du timbre plus rapide que l’inflation.

Ce qui explique sans doute pourquoi l’institution, dans sa légendaire clairvoyance, a décidé de multiplier les services que ses facteurs seront en mesure de couvrir. Philippe Wahl, son PDG, explique d’ailleurs que, je cite :

« Avec le vieillissement de la population, les services aux personnes âgées peuvent devenir une fonction essentielle et un des piliers de la future Poste »

Intéressante mutation : constatant, après tant d’années, l’inéluctable disparition du courrier traditionnel et ne parvenant pas à conserver une clientèle pour les colis qu’elle perdait pourtant très bien seule, la Poste a décidé de réorienter ses activités vers de nouvelles activités sociales. Pendant qu’Amazon planifie l’utilisation de drones et de livraison en quelques heures, l’État français, principal et très majoritaire actionnaire de La Poste parie sur une bonne vieille technologie du XIXème siècle qui a fait ses preuves au XXème et a depuis largement démontré que ce n’était pas la plus efficace au XXIème. Lucide, il décide ensuite de réaffecter discrètement ces bataillons de livreurs dans le service à la personne.

Dans ce nouveau cadre, on a donc des employés en CDI qui vont voir des personnes âgées et s’enquérir de leur état de santé, faire des courses ou régler un certain nombre de démarches administratives ou commerciales pour elles, et le tout pour un prix relativement modique, à tel point qu’interrogé sur le coût de ces opérations, Gilbert Pautasso, l’adjoint au maire de Saint- Colomban-des-Villards, déclare sans embages :

« Ne le dites pas mais ce n’est pas très cher. C’est surtout une demi-journée économisée pour les employés, une voiture et l’essence. »

Eh oui : le travail qui, traditionnellement, entrerait plutôt dans le giron de la municipalité, tombe gentiment dans l’escarcelle de La Poste, pour un prix modique dont on ne sait pas trop bien si, finalement, il n’est pas quelque peu subventionné. Autrement dit, la Poste n’embauche pas 3000 nouveaux facteurs, mais 3000 « aides à la personne », coursiers, livreurs et autres « hommes et femmes à tout faire », chargés de faire les livraisons de courses, de médicaments, de pressing ou de pain, la relève des compteurs de gaz, la collecte des papiers à recycler, les diagnostics énergétiques et même les constats de petits sinistres. En somme, tout se passe comme si les mairies externalisaient discrètement toute une série de services auprès d’une institution qui n’est pas réellement taillée pour et dont la mutation aboutit à créer des milliers d’emplois dont on ne sait pas s’ils seront pérennes financièrement parlant.

On peut l’espérer, et il y a même gros à parier que ces activités pourraient être rentables. Malheureusement, le passif de La Poste est lourd : entreprise publique lourdement habituée à ses manies syndicales, tout aussi lourdement contrainte par les impératifs (législatifs, économiques voire électoraux de façon indirecte) que l’État lui impose régulièrement, on peut douter que tout ceci se traduise par une franche réussite économique.

En attendant, regardons calmement le nombre de « facteurs » s’envoler alors que le courrier s’éteint. Manifestement, même si les dirigeants de La Poste ont correctement arpenté la moitié du chemin intellectuel leur permettant de réorienter leur entreprise vers le service à la personne, l’autre moitié, essentiellement constituée par la libéralisation complète et définitive de ce dinosaure, semble impraticable.

Cela n’augure rien de bon.
—-
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  • Si vous voulez pleurer sur le sort injuste réservé à la Poste et aux postiers, regardez cette interview de Besancenot : http://www.lci.fr/replay/replay-l-invite-politique-du-24-janvier-2017-olivier-besancenot-2023207.html. Je vous fait grâce de l’entretien complet, vous pouvez sauter jusqu’à 10:05.

  • Ajoutez à cela les discriminations positives (je ne détaille pas..) à l’embauche, et vous comprendrez que la pérennité de l’entreprise n’est pas le souci premier de ceux qui la dirigent…

    • Discrimination positive : pratique consistant à discriminer sur des critères ethniques, religieux, ou autres, dans le but d’éviter la discrimination sur ces mêmes critères. ??

  • La Poste n’a besoin de personne pour perdre des clients. Pourtant avec les commandes en ligne, elle devrait faire tout ce qu’elle peut pour en gagner.
    J’ai fait une commande en ligne, envoyée par colissimo suivi, avec le numéro pour la traquer sur le site de Colissimo. Le site marchand m’envoie un mail me précisant que le colis devrait arriver à un jour précis (un jeudi). J’ai attendu le vendredi, le samedi en questionnant le facteur, celui-ci me dit qu’aucun coli n’est pour moi. Le site Colissimo notait « livré », alors que rien ne m’avait été livré et même pas un bon de passage. Du coup, le lundi, un arrêt au bureau de poste. La caissière a pris notre numéro de suivi et est allée chercher dans les coins et recoins obscurs et inconnus pour les profanes. Elle est ressortie par une porte et a trouvé le dit coli. Il était là, ouvert, et mouillé. J’ai trouvé la dame de la caisse compétente, d’autres m’auraient envoyé paître. Cependant, quelque professionnel de La Poste a indiqué mon colis « livré » alors qu’il n’a pas quitté le bureau de distribution.
    Je ne m’attarderai pas sur les « professionnels » qui posent leurs piles de lettres dans une poubelle pour finir plus tôt, dont un s’est fait attraper.

    • Pour info à Paris 16ème, 6 courriers postés en 5 mois contenant des chèques, jamais arrivés à destination. Inutile de chiffrer le temps et le coût pour régler les problèmes versus banque et impayés… Dédomagement de la poste: 6 enveloppes pré timbrées…

    • Je ne compte plus le nombre de colis perdu ou égaré puis retrouvé après des jours et des jours de négociations… à un moment donné j’avais plus de 10 litiges avec la poste pour des erreurs, retard et perte de colis…Depuis que j’ai déménagé cela va un peu mieux tout les centre de tri ne se valent pas…Et tout cela avec accompagné d’une explosion des prix d’expédition si bien que UPS, DHL deviennent presque compétitif, un comble vu la différence de qualité de service…

  • Mieux vaut passer par DHL ou DPD pour le courrier et les colis.
    Quoique il me semble avoir vu DHL sous-traiter à Colissimo. Et parfois, on a pas le choix suivant le site internet.

  • Je suis facteur depuis 37 ans et je ne vois pas le courrier diminuer à ce point.beaucoup plus de colis et lettre recommandée.facteur qui dépassent de plus en plus leurs horaires sans être rémunérés.venez voir avec moi comment ce passe une journée de facteur ensuite vous pourrez commenter.le froid,la pluie la neige fait parti de notre quotidien,pas d’imtemperie pour les facteurs.quand aux syndicats vous savez ,ils ne nous demandent pas notre avis et paraissent ne pas connaître les reelles problèmes des facteurs,alors vous savez vos commentaires……

    • C’est l’institution la Poste, qu’on critique. Pas les postiers et encore moins les facteurs!

    • vous avez tort… ou non, tout est dans le à ce point beaucoup. ça diminue de façon régulière et claire. L’auteur rappelle bien le repositionnement des activités vers du peut service, il oublie d’ailleurs que des gens faisaient ces petits boulots.

  • En France la fonction publique est gangrenée par les syndicats avec la complicité de l’état. Les sureffectifs sont partout et le service lui ne s’améliore pas.

  • Facteur depuis 15 ans je suis entièrement d’accord avec mon collège qui a réagi… Par contre les 3000 embauches promises ne sont pas 3000 personnes en plus mais juste des comblements de postes déjà existants occupés par des cdd qui ont postulé à l’embauche… Nous ne serons pas en surnombre donc.. Mr le journaliste vérifiez vos sources…

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