Trump : un ennemi de la liberté à la Maison-Blanche

Donald Trump by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0)

Du point de vue libéral, la présidence de Trump ne pouvait partir d’un plus mauvais pied, celui du collectivisme nationaliste.

Par José Lopez-Martinez

Donald Trump by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0)

Ce 20 janvier 2017, Donald Trump, 45e président des États-Unis a prononcé son discours d’investiture. Par les idées liberticides développées et le ton employé, plus qu’un discours d’un gouvernant démocratique, il s’agissait plutôt du premier décret d’un César qui devrait préoccuper tout libéral qui se respecte. Nationalisme, populisme, protectionnisme et isolationnisme. Tels sont les noms des quatre cavaliers de l’apologie collectiviste de Trump.

Trump, le nationaliste

La trame de tout le discours du nouveau locataire du 1600, Pennsylvania Avenue a été le collectivisme nationaliste. Qui consiste à placer les intérêts d’un groupe déterminé par son ethnie et/ou sa nationalité au-dessus de ceux des individus – qu’ils soient membres ou non de ce groupe. Les droits individuels doivent se soumettre aux « intérêts de la nation » – nation toujours définie de manière étroite et exclusive. Et les projets hétérogènes des membres de la société qui cherchent leur voie personnelle vers le bonheur individuel doivent se diluer dans la masse informe d’une identité nationale stéréotypée. Le nouveau paradigme trumpien – qui « sera entendu dans toutes les villes, dans toutes les capitales étrangères et dans tous les centres de pouvoir » – est très clair : l’Amérique passera avant les Américains.

Trump, le populiste…

Le message de Trump avait également une claire narration populiste. Il y a deux sortes d’êtres humains dans le monde : « the American people » et les « Autres ». Le « peuple » des États-Unis, bon et généreux, a été humilié, volé, abusé par les politiciens de Washington, « l’establishment », les Clinton, les Obama, les Biden, les Bush, les Ryan, les Kasich, les Mexicains, les Chinois, les alliés de l’OTAN, les pays qui exportent vers l’Amérique des produits moins chers et/ou de meilleure qualité, etc.

Heureusement, Trump – le 4e président républicain élu avec le plus bas taux d’approbation auprès des électeurs de l’histoire des États-Unis et qui démarre son mandat avec le plus bas taux de satisfaction auprès de la population depuis quatre décennies – est là pour rendre le pouvoir aux « gens ».

Enfin, l’Amérique a trouvé son caudillo qui représente les aspirations du « vrai » peuple américain opprimé – moins de 46% des électeurs quand même – et qui mène sa lutte pour la libération en vue de la Terre promise. Tout ce qu’il faut, c’est obéissance et loyauté. Car comme nous dit Trump : quand il y a du patriotisme, il n’y a pas de préjugé. Quand on se donne corps et âme à la patrie, il n’y a plus de races, de classes sociales, de divisions politiques ou idéologiques… enfin toutes ces choses dont parlent les médias vendus à l’élite traîtresse.

… à la poursuite d’ennemis imaginaires

Ce discours populiste de la fusion patriotique est une véritable menace pour les libertés parce qu’elle occulte la diversité d’intérêts qui existe toujours au sein de n’importe quelle population. L’arnaque intellectuelle consistant à faire croire que les adversaires du type à la tête du gouvernement de l’État ou ses amis sont les ennemis du « peuple ». Parce que, enfin, est-ce que quelqu’un peut sérieusement soutenir que telle usine mexicaine est l’ennemie de ce jardinier paysagiste de Cleveland, de cette institutrice de Houston ou de ce contremaître sur un chantier de prospection de gaz de schiste au Nord Dakota ? L’entreprise chinoise qui permet à un Américain de s’acheter un iPhone à un prix abordable est-elle réellement l’ennemie de celui-ci ?

Prétendre qu’un gouvernant représente le « peuple » ne peut jamais se faire qu’en faisant taire les voix discordantes. Et Trump ment quand il dit qu’« on se souviendra du 20 janvier 2017 comme du jour où le peuple est redevenu le gouvernant de cette nation ». Alors que nous avons simplement assisté ce vendredi à la passation de pouvoir entre l’administration Obama et l’administration Trump. Cela dit, peut-être que Trump voulait dire qu’à partir de la semaine prochaine l’État fédéral allait renoncer à toutes ses prérogatives étatiques et permettre aux gens de reprendre en main leur vie et élargir la sphère de leur autonomie personnelle. Mais on voit mal comment Trump pourrait conjuguer cela avec ses prétentions de garantir l’emploi ou d’interférer dans le commerce.

Trump, le protectionniste

Parce que, parallèlement au nationalisme et au populisme, Trump a fait montre d’un parfait protectionnisme économique, totalement décomplexé. Reprenant les vieilles lunes selon lesquelles « durant des décennies, [l’Amérique] a enrichi l’industrie étrangère aux dépens de l’industrie américaine », Trump se propose de mettre en place des barrières commerciales artificielles suivant les lignes imaginaires entre une nation et des étrangers, le tout au détriment de 320 millions de consommateurs américains.

La proposition de Trump de conclure de « bons deals » est la négation du libre commerce. Ni Trump ni un fonctionnaire délégué ne seront jamais capables de savoir quel est le « bon deal » pour ce concierge de New York, cet étudiant de Berkeley ou ce garagiste du Kentucky. Au final, tout ce que feront Trump et son administration, c’est servir aux Américains une énième resucée du mercantilisme – ce subterfuge servant à enrichir quelques entrepreneurs amis de gens au pouvoir en expulsant la concurrence étrangère afin de pouvoir mieux parasiter les consommateurs nationaux.

Trump, l’isolationniste

Trump, dans son discours d’investiture, nous a aussi montré son profil isolationniste – au moins de retrenchment. En soi, l’isolationnisme n’est pas un problème pour un libéral. De fait, le libéralisme est parfaitement compatible avec une doctrine de politique étrangère qui a pour ligne de conduite de ne pas s’immiscer dans les problèmes d’autres communautés. Et les paroles de Trump promettant de ne pas vouloir imposer le style de vie américain à personne mais de servir d’exemple pour ceux qui veulent suivre peuvent être reprises par n’importe quel défenseur sincère de la liberté.

Néanmoins le problème est que le nationalisme et la défense des « intérêts de l’Amérique », le protectionnisme économique composent un mélange hautement instable avec l’isolationnisme. Que Trump le veuille ou non, nous vivons au 21e siècle au sein de sociétés globales interdépendantes. Et il est simplement impossible aux États-Unis de ne pas avoir de relations multiples, profondes et complexes avec le reste du monde. Trump prétend ne vouloir aucune interaction politique et économique avec les autres nations. Mais comment réagira-t-il si, par exemple, la Chine se refuse à exporter ses terres rares vers les États-Unis pour quelque motif que ce soit, menaçant ainsi les « intérêts de la nation américaine » ? Sans rappeler le simple fait que l’histoire nous montre que le nationalisme a toujours dégénéré en impérialisme.

Trump, un ennemi de la liberté à la Maison-Blanche

Au final, le discours de Trump fut plat, sans recours rhétoriques d’importance, dépourvu d’idées neuves dignes d’analyses plus profondes. Un texte médiocre qui se contente d’en appeler au plus petit dénominateur commun intellectuel. Mais d’où sourdent de sombres menaces liberticides. Du point de vue libéral, la présidence de Trump ne pouvait partir d’un plus mauvais pied, celui du collectivisme nationaliste.

Maintenant, reste la possibilité que le 45e POTUS trompe sa base électorale : son cabinet est quand même composé de personnes plutôt proches du libéralisme économique et lui-même, sur quelques points, semble assez favorable au libéralisme sociétal. D’aucuns nous avaient bien dit que les Américains devaient voter pour Trump parce qu’il n’allait jamais faire ce qu’il promettait…