Trump, Le Pen, Mélenchon : le poison du protectionnisme [Replay]

Aller plus loin dans le protectionnisme ne ferait que réduire encore la croissance, mais aussi accroîtrait le chômage, alors qu’une démarche allant dans le sens du libre-échange boosterait la croissance et l‘emploi.

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’Iref-Europe

Trump, Le Pen, Mélenchon : le poison du protectionnisme
By: Rémi NoyonCC BY 2.0

Le retour du protectionnisme est évident dans les discours politiques. Certes, l’élection de Donald Trump est paradoxale, comme l’IREF l’a montré : un programme libéral sur le plan interne (moins d’impôts, moins de règlementations), mais protectionniste sur le plan extérieur (limitation des mouvements de main-d’œuvre comme de marchandises). Le symbole en a été l’annonce qu’une de ses premières décisions consisterait à mettre fin au Partenariat transpacifique (TPP), traité de libre-échange, qui devait lier 12 pays du pourtour du Pacifique.

L’Europe n’est pas à la traîne en matière de protectionnisme. On le voit à travers la montée des souverainismes de droite comme de gauche, en France, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, mais aussi chez presque tous nos partenaires de l’Union Européenne. L’épisode du traité de commerce entre l’UE et le Canada est significatif, bien au-delà du blocage de la Wallonie.

Quant au grand projet d’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et les États-Unis (TTIP), il est en panne, et pas seulement en raison de l’élection de Trump, puisque plusieurs pays, France en tête, ont réclamé l’arrêt des négociations et même le ministre allemand de l’Économie, Sigmar Gabriel, a déclaré que les négociations avaient pratiquement échoué.

Retour du protectionnisme dans les faits

Il y a certes des prises de position en sens inverse, favorables au libre-échange, mais il faut reconnaitre que les projets de libéralisation se heurtent à l’hostilité d’une large fraction de l’opinion, et suscitent des fantasmes, depuis la peur de la malbouffe, symbolisée par l’image du poulet chloré, jusqu’à l’idée que consommer local créerait des emplois. Mais il n’y a pas que les déclarations. Les décisions protectionnistes se multiplient et l’OCDE, dans ses perspectives économiques publiées le 28 novembre, en donne une illustration parlante, montrant l’explosion des mesures de restriction des échanges, depuis la crise de 2008, dans les pays du G20. Le protectionnisme se développe dans la réalité et pas seulement dans les discours.

Nombre de mesures restreignant les échanges depuis 2008

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Source : OCDE, Perspectives économiques, Novembre 2016

Le commerce mondial, moteur de la croissance

Ce que montre aussi l’OCDE, c’est que le commerce mondial a été le moteur de la croissance pendant des années, depuis la libéralisation intervenue dès l’après-guerre dans le cadre du GATT, puis de l’OMC. Les droits de douane, notamment, sont passés de plus de 40% en moyenne à moins de 4%, même s’il restait des secteurs protectionnistes comme l’agriculture.

Le graphique suivant montre que les échanges mondiaux ont progressé, jusqu’à la crise de 2008, plus vite que la croissance du PIB, tirant ainsi la production mondiale. Depuis 2008, les échanges progressent bien moins vite que la moyenne des trente années précédentes et parfois même moins vite que le PIB. En 2016, la croissance mondiale aura été de 2,9%, celle du commerce mondial de 1,9% seulement.

Certes, la corrélation est dans les deux sens, et le ralentissement économique entraîne celui du commerce mondial, mais l’inverse est vrai, le ralentissement du commerce mondial réduit fortement la croissance. Les exemples abondent de pays développés comme l’Allemagne ou les pays du Nord de l’Europe, comme de pays émergents, de la Chine à la Corée du Sud et à tous les pays du Sud-Est Asiatique ou encore à l’Île Maurice, dont la croissance a été tirée par les exportations. C’est le principal facteur qui a permis à des millions d’hommes de sortir de la misère, ce qu’oublient un peu rapidement les partisans du repli sur soi.

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Plus de protectionnisme = moins de croissance

Si beaucoup de mesures restrictives ont été prises depuis dix ans, la pression est très forte pour aller plus loin. Or une étude empirique de l’OCDE montre ce qui se passerait en cas de nouvelles mesures protectionnistes. Si les droits de douane augmentaient, ne serait-ce que pour les ramener au niveau où ils étaient en 2001, l’impact à moyen terme sur le PIB mondial (c’est-à-dire l’impact cumulé sur 5 ans), comme le montre le graphique ci-dessous (dans sa partie droite), serait un recul supérieur à 1%, et sur les grandes économies imposant des restrictions (Europe, États-Unis, Chine) le recul serait de 2% !

Quand on sait que la prévision de croissance de la zone euro pour 2017 est de 1,6%, on mesure l’importance de ce débat, car 2% à moyen terme, cela fait en moyenne 0,4% de moins par an.

Plus de libéralisation des échanges = plus de croissance

En sens inverse, l’autre hypothèse de l’OCDE est celle d’une libéralisation des échanges (partie gauche du graphique). Une simple réduction des coûts (via notamment la réduction des droits de douane, comme des obstacles non tarifaires aux échanges) de 1,3% dans tous les pays permettrait d’accroitre le PIB mondial, à moyen terme (impact cumulé sur 5 ans), de plus de 1,5%.

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Aller plus loin dans le protectionnisme ne ferait que réduire encore la croissance, mais aussi accroitrait le chômage, alors qu’une démarche allant dans le sens du libre-échange boosterait la croissance et l‘emploi. C’est l’évidence pour la quasi-totalité des économistes et des institutions, même de celles qui, comme l’OCDE, sont loin d’être par ailleurs très libérales.

Or ce quasi-consensus se heurte à une propagande inverse considérable – et irrationnelle – qui assimile libre-échange et catastrophe économique. Il y a là un travail pédagogique considérable à faire. Ajoutons que l’histoire a toujours montré que le repli sur soi était synonyme de tensions internationales et de conflits, alors que la liberté des échanges, comme Montesquieu l’avait déjà bien compris, avec le « doux commerce », est un facteur de paix : il vaut mieux échanger pacifiquement des produits que se faire la guerre !


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