Et si on généralisait ce si génial protectionnisme intelligent ?

Publié Par Ferghane Azihari, le dans Économie générale

Par Ferghane Azihari.

L’ère du libre-échange débridé prend fin ! L’élection de Donald Trump signe cette constatation de l’autre côté de l’Atlantique… Et en France, de nombreux politiciens à gauche et à droite expriment leur volonté de s’aligner sur ce retour en force du protectionnisme.

Marine Le Pen fait valoir un protectionnisme « intelligent ». Voilà de quoi rassurer ceux qui craignaient le pléonasme et le protectionnisme idiot. Jean-Luc Mélenchon promeut quant à lui un protectionnisme « solidaire ». L’esprit internationaliste demeure donc intact.

Entre ces deux visions que rien ne sépare, si ce n’est quelques subtilités rhétoriques, s’expriment des positions similaires au sein des partis traditionnels. Ces derniers promettent eux aussi de combattre cet ignoble dumping social pratiqué par les pays du monde entier.

Aller plus loin dans l’intelligence…

On peut tout de même regretter chez tous ces présidentiables un manque d’audace et de cohérence. Le protectionnisme est tellement révolutionnaire qu’il mériterait d’être promu dans toutes ses nuances.

Voyez-vous, en tant que Parisien, je suis excédé par tous ces banlieusards qui migrent vers notre belle capitale. Un Seine-et-Marnais aura toujours moins d’exigences en matière de salaire que celui qui vit et qui paie son loyer dans le 16ème arrondissement.

En concurrençant directement le Parisien, le banlieusard crée donc les conditions d’un dumping social agressif qui nivèle les rémunérations parisiennes vers le bas.

Alors je vous arrête tout de suite car je vous vois venir avec vos arguments naïfs : « Mais le banlieusard qui vend ses services moins chers permet aux habitants du 16ème arrondissement de gagner en pouvoir d’achat ! »

Ce que vous ne comprenez pas, chers lecteurs, c’est que mon pouvoir d’achat d’habitant du 16ème n’est pas vraiment conforté quand je perds mon emploi au profit du banlieusard moins cher.

Vive la préférence locale !

Les habitants du 16ème tendent à se spécialiser sur des marchés à plus haute valeur ajoutée tout en permettant aux banlieusards qui vendent leurs services dans des départements plus riches d’accroître leur salaire ?

Allons, allons…Ces concepts n’ont aucune valeur sur le plan international. Il n’y a donc aucune raison de les prendre au sérieux au niveau local.

La solution est donc toute trouvée. Il faut imposer des quotas entre Paris et la banlieue en fonction des données propres à chaque secteur.

C’est le sens du protectionnisme intelligent. La préférence nationale ne suffit pas. Il nous faut également de la préférence locale.

Solidarité avec le Breton

Il n’y a hélas pas que la banlieue qui s’adonne à du dumping social. Prenez l’exemple de la viande bretonne. Elle envahit littéralement le marché parisien, ce qui étouffe nos producteurs. Quoi ? Il n’y a pas beaucoup d’agriculteurs à Paris ? Bon, d’accord. Prenons donc la défense de la production agricole en Ile-de-France. Notre aspiration à la cohérence peut tout de même s’autoriser quelques écarts…

Je disais donc qu’il fallait défendre le producteur francilien face à la concurrence bretonne. C’est d’ailleurs une question de souveraineté alimentaire locale. Considérez un instant l’hypothèse d’une guerre contre les bonnets rouges. Comprenez-vous maintenant l’intérêt de ne pas se montrer trop dépendants vis-à-vis de ces gens là ?

Point d’égoïsme ici puisque je m’inscris, comme Mélenchon, dans du protectionnisme « solidaire ». En effet, en interdisant simplement le marché parisien aux producteurs bretons, je rétablis la coopération et la solidarité qui faisaient cruellement défaut dans ce milieu concurrentiel sauvage où chacun pouvait choisir avec qui il voulait échanger.

Non seulement cette mesure, vous le voyez, constitue l’expression d’une solidarité authentique, mais elle permet de créer des emplois d’éleveur de porcs en Île de France. Les Bretons devraient d’ailleurs faire de même. En toute logique, si les 36 000 communes qui composent notre belle France érigeaient leurs propres barrières douanières, nous retrouverions alors très rapidement le plein-emploi. Notre belle France retrouverait alors sans aucun doute le chemin de la prospérité.

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

  1. oui..mais d’une certaine façon ça montre une chose toute frontière est associée peu ou prou à une forme de protectionnisme ou de filtrage…qui a forcement quelque part des effets économiques et donc crée des gagnants et des perdants.. bon..poussé à l’extrême ( géographique) vous allez vous heurter au concept de propriété privée du sol… je n’ai jamais compris comment on pouvait « justifier la propriété d’un terrain » autant au point de vue individuel qu’u point de vue de la nation…Il y a bien quelque part un rapport de force qu’on peut bien habiller pour avoir la forme d’un contrat qui explique la propriété ou le concept de nation: c’est à moi car je le défends. et j’ai les moyens de le défendre …

    1. Pierre Kirool (émigré)

      « donc crée des gagnants et des perdants » bah oui, ce serait vraiment trop bête d’avoir des gagnants partout.

  2. Pierre Kirool (émigré)

    Oui, mais c’est pas pareil devrait-on vous dire si on est un social-communiste-frontiste-republicaniste, bref un électeur français.

  3. Excellent !! 😉
    Rappelons que cette amusante parodie fut la réalité durant mille ans dans le beau royaume de France ! Chaque ville était entourée par une barrière d’octroi, où les marchands devaient payer des droits de douane intérieurs ! A Paris, la barrière d’octroi fut détruite par la Révolution. Évidemment, l’octroi ne facilitait pas le commerce intérieur…

    1. « A Paris, la barrière d’octroi fut détruite par la Révolution »
      La barrière fut peut-être physiquement détruite, mais le mot et la chose étaient toujours là. C’est une des raisons de l’existence des guinguettes des bords de Marne : étant situées avant la « barrière » (le mot subsistait même si elle n’existait plus physiquement), elles n’avaient pas a acquitté la taxe qui frappait les bistrots parisiens.
      Mon grand-père perdait son temps dans les octrois, avant leur suppression dans les années 40 à la faveur d’un simple changement de méthode des agents des « contributions indirectes » ; au lieu de taxer les choses vendus au moment où elles entraient en ville, ils se sont mis à les taxer quand elles étaient vendues, méthode plus intrusive et qui leur donnaient plus de pouvoir et plus de boulot, et qui permettait de taxer plus de choses (finie, l’exemption des guinguettes …). Tu parles d’un progrès …

  4. Moi qui adore le deuxième degré … j’ai été comblé.
    Merci Ferghane Azihari pour cette contribution pleine d’humour et (cependant ?) dévastatrice d’efficacité.

  5. Excellent aussi !!.
    Moi je pense qu’il faut généraliser l’idée. Surtout pour les vacances d’été qui amènent son lot d’envahisseurs touristiques étrangers dans les sud de France. Et créer tous les problèmes écologiques et sociaux inhérents à cette transhumance massive pendant 3 mois de l’année. Il faudra un jour ou l’autre mettre des demandes d’autorisation de séjour dans certains coins des régions du Sud.
    Car demain, ils se « retrouveront » bénéficiaires d’individus étrangers patibulaires ne parlant pas un seul mot de patois provençal ou bayonnais voir béarnais, et les bobos ex-parisiens habitants nouvellement ces régions, lanceront la main sur le cœur des campagnes pour accueillir ces visiteurs d’hémisphères orientaux, inconnus de nos tètes blondes inscrits aux écoles de la république laïque.
    Et que ceux qui n’ont jamais fait les vendanges avec une « richesse pour la France », en face l’expérience avant de me « flinguer ». Et je ne parle même pas des chantiers en bâtiments ou autres spécialités techniques.
    Si chaque président de région se préoccupait d’abord de ses « administrés vivants légalement dans sa région », alors, se serait un problème de moins à régler pour l’équipe dirigeante nationale, dont il faudra « enlever et supprimer » toute velléité de se mêler des affaires des autres.

  6. PhilippeMurrayRothbard

    Ah excellent texte qui rappellera quelques réalités a certains relativistes.
    Et comme le disait Jacques Rueff : « Les hymnes à l’exportation ne sont que stupidité et mensonge. [Ils supposent de n’avoir pas conscience de l’] inanité de toute distinction entre commerce intérieur et international. »

  7. « Prenez l’exemple de la viande bretonne. Elle envahit littéralement le marché parisien, ce qui étouffe nos producteurs. Quoi ? Il n’y a pas beaucoup d’agriculteurs à Paris ? Bon, d’accord. Prenons donc la défense de la production agricole en Ile-de-France »

    Alons, Alons… Pourquoi s’acoquinner avec ces banlieusards? Que les parisiens mènent une bonne guerre contre les bretons ,leurs piquent un bout de la région et y fasse un territoire d’outre-paris où ils y feront leur propre viande labellisée parisienne.

  8. MDR.

    Le porc Ibérico est excellent. Mais le porc Parisii est exquis, mille fois incomparable. Habitants de Paris, vous ne connaissez pas votre bonheur. 🙂

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