Le marché, cette vraie démocratie

Chaque consommateur “vote” en permanence à travers l’achat ou le refus d’acheter. Riche et pauvre ont tous deux leur mot sur ce qui doit être produit, dans quelles quantités et de quelles qualités.

Par Matthew McCaffrey.

Une vraie démocratie : le marché
By: Dan MoyleCC BY 2.0

La désillusion du processus démocratique est un thème récurrent dans la politique actuelle. La plainte cachée derrière cette tendance est l’idée que “nos” institutions politiques ont été détournées par de puissants intérêts qui dénient aux électeurs un apport significatif aux processus de décision. Aussi, on s’inquiète que les choix démocratiques protègent peu les droits des minorités électorales.

Ces critiques ont des parts de vérité, bien qu’elles soient souvent utilisées par des partis perdants pour justifier des résultats qu’ils n’approuvent pas. Mais il est vrai que les peuples sont de plus en plus fâchés avec un processus qui les exclut à chaque fois qu’ils sont comptés parmi les 49% de malchanceux.

Ah ! s’il existait un système démocratique de prise de décision dans lequel tous les membres de la société auraient le droit à la parole — un système qui ne peut être contrôlé par les riches et les puissants !

Ah ! s’il y avait un système dans lequel tous les gens pouvaient choisir de distribuer leurs richesses à ceux qu’ils pensent être les meilleurs, en vue d’améliorer leurs vies et celles de leurs semblables.

Le marché, la démocratie sans les inconvénients

Un tel système existe : le marché. Le marché libre est une démocratie qui offre tous les bénéfices supposément trouvés dans les systèmes politiques démocratiques — sans leurs inconvénients.

L’analogie entre marchés et démocratie a une longue histoire dans l’école d’économie autrichienne. Par exemple, l’économiste américain Frank Fetter défendait que le marché est “une démocratie où chaque centime donne droit à un vote” (Fetter, 1905, p. 394). Quand les marchés sont libres des privilèges monopolistiques, les valeurs des consommateurs déterminent le déroulement de la production.

« Il y a sans aucun doute une grande force économique qu’une opinion publique éclairée, même sans association formelle, peut en grande partie mettre en marche. Chaque individu peut former une association de consommateurs… Il a un dollar ; ira-t-il au théâtre ou acheter dix glaces ? Il décide d’acheter un bouquin et plus de papiers seront fabriqués, plus d’imprimeries tourneront… Chaque achat a des conséquences, de grandes portées… Vous ne pouvez pas échapper à ce choix même en enterrant votre monnaie, car cela représente une demande en or ou un cadeau à l’émetteur de monnaie fiduciaire. »

(Fetter, 1905, pp. 394–395)

Chaque consommateur “vote” en permanence à travers l’achat ou le refus d’acheter. Riche et pauvre ont tous deux leur mot sur ce qui doit être produit, dans quelles quantités et de quelles qualités.

Le consommateur souverain

Ludwig Von Mises adopte l’analogie de Fetter dans son œuvre, mais met en avant qu’il est trompeur de penser que les marchés essayent d’imiter les méthodes démocratiques. La relation est plutôt en sens inverse :

« Il serait plus exact de dire qu’une constitution démocratique est une combinaison qui cherche à donner au citoyen, dans la conduite du gouvernement, la même souveraineté que l’économie de marché leur donne en leur qualité de consommateurs. Néanmoins, la comparaison est imparfaite. En démocratie politique, seuls les votes émis en faveur du candidat ou du programme qui a obtenu la majorité ont une influence sur le cours des événements politiques. Les votes de la minorité n’influent pas directement sur les politiques suivies. Tandis que sur le marché aucun vote n’est émis en vain. Chaque franc dépensé a le pouvoir d’agir sur les processus de production. »

Mises, 1949, chapitre 15 de L’Action humaine

Si les entrepreneurs veulent survivre sur le marché, ils n’ont pas d’autre choix que de fournir de meilleurs biens et services à de meilleurs prix. Ils ne peuvent pas se permettre d’ignorer les opinions de même 5% des électeurs, encore moins celles des 49%. S’ils le font, leurs clientèles vont vite trouver d’autres candidats et partis à fréquenter. Selon les propres mots de Mises, “les entrepreneurs sont virtuellement les mandataires ou les fiduciaires des consommateurs, nommés de façon révocable dans une élection répétée au quotidien”. Plutôt que de céder aux intérêts spécifiques de quelques-uns, les entrepreneurs répondent aux besoins des individus et des marchés de niche, en plus de ceux de la production de masse.

Fetter et Mises se sont rendus compte que les marchés économiques offrent un type de prise de décision “démocratique” dans lequel les valeurs concurrentes de nombreux individus sont réconciliées. Cette méthode compétitive fait pâle figure comparée à l’organisation planifiée d’une économie socialiste.

« Des concours d’éloquence et des compétitions littéraires se déroulent grâce à un ensemble de juges aux opinions bien-fondées qui attribuent la récompense… Pourtant il y a aussi des concours tranchés différemment. Si quelqu’un s’affiche comme orateur et fait payer l’entrée de sa conférence cinquante centimes, toute personne qui viendra l’écouter votera qu’il est un orateur, toute personne à l’écart votera qu’il n’a pas cette qualité. La première forme de jugement est autoritaire, la seconde compétitive. La méthode de distribution par l’autorité repose sur le principe qu’un individu (ou un groupe d’individus) est seul juge des mérites de l’autre et décrète en conséquence ce qui lui est dû, pas ce que lui individuellement est prêt à payer. […] L’essence du socialisme est de généraliser ce type de méthodes. »

(Fetter, 1905, pp. 407–408)

La démocratie de libre-marché est précieuse précisément parce qu’elle place le pouvoir dans les mains de ces entrepreneurs qui montrent leur capacité d’utiliser ce pouvoir pour le bénéfice des masses. Ce mandat peut être révoqué à tout moment si les consommateurs n’ont plus confiance ;  ainsi les entrepreneurs se battent constamment pour essayer de conserver cette confiance et ce mandat. Cependant, ce que Fetter appelle la méthode autoritaire ignore ce mandat, le remplaçant par des décisions arbitraires d’organismes de réglementations et des intérêts privés qu’ils soutiennent. Que ce soit démocratique ou socialiste, les organisations politiques ne peuvent survivre aux standards avancés par les marchés compétitifs.

Un bulletin de vote ne pourra jamais remplacer un simple ticket de caisse.

Traduction Antoine Dornstetter pour Contrepoints de The Market is True Democracy.