La dette publique continue d’augmenter

By: Frédéric BISSON - CC BY 2.0

Une étude récente envisageait un scénario catastrophe au cas où la France n’entreprendrait pas des réformes radicales.

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’Iref-Europe

La dette publique continue d'augmenter
By: Frédéric BISSONCC BY 2.0

À en croire le Président de la République, « ça va mieux » : la courbe du chômage s’est inversée, la Sécu est à l’équilibre, la dette publique recule. On sait ce qu’il en est pour le chômage et la Sécu, mais, pour la dette, l’INSEE a annoncé qu’elle avait reculé de 10 milliards au troisième trimestre 2016. Ce chiffre est un leurre, car la dette va continuer à augmenter et sa charge sera insupportable lorsque les taux d’intérêt remonteront.

Une baisse provisoire

L’INSEE a publié, le 23 décembre, les dernières informations sur la dette publique française. À la fin du troisième trimestre 2016, la dette des administrations publiques, au sens de Maastricht, atteignait 2 160,4 milliards d’euros.

Soit, comme le montre le tableau ci-dessous, un recul de 10,2 milliards par rapport au trimestre précédent. La baisse est trompeuse, puisqu’au second trimestre, la hausse avait été de 31,7 milliards et de 41,5 au premier.

On est juste dans la logique des fluctuations saisonnières, mais la tendance de fond reste à la hausse. D’ailleurs, la dette nette (dette brute moins les actifs financiers détenus par l’État) a continué à progresser de 3,6 milliards.

La dette de Maastricht des APU en fin de trimestre et sa répartition par sous-secteur

Source : Comptes nationaux base 2010 – Insee, DGFiP, Banque de France

Mais une hausse à long terme

En pratique, seuls les excédents publics permettraient de rembourser la dette, et, comme les déficits persistent, la dette continuera à augmenter. On remarquera également que l’essentiel de la dette provient de l’État, mais que les administrations locales et la Sécurité sociale y ont une part non négligeable (environ 10% pour chacun) et, là aussi, la situation est loin de s’améliorer.

De plus, la dette au sens de Maastricht ne prend pas en compte tous les engagements publics, à commencer par les retraites à venir des fonctionnaires. Enfin, pour se faire une idée de l’évolution, il ne faut pas se focaliser sur un trimestre, mais avoir une perspective à plus long terme, comme le montre le graphique suivant : aucun « infléchissement » de la courbe n’est perceptible !

Dette au sens de Maastricht et dette nette

Source : INSEE, informations rapides N° 343 du 23 décembre 2016

« Après nous le déluge »

Tant que les déficits publics persisteront, la dette, mécaniquement, continuera à augmenter ; et ce ne sont pas les dépenses publiques supplémentaires engagées pour 2017 qui réduiront le déficit. Mais pourquoi cette question ne semble-t-elle pas prioritaire aux yeux de beaucoup de Français et d’hommes politiques ?

La raison vient d’abord du fait qu’un déficit est plus « populaire » qu’une hausse d’impôts ou une réduction des dépenses, surtout avec le niveau actuel des prélèvements obligatoires : cela revient à dire « après nous le déluge » (formule préférée des socialistes de tous bords), puisque c’est la génération suivante qui devra rembourser. Faire financer le fonctionnement courant, donc une partie des salaires des fonctionnaires ou des dépenses de santé, par les générations suivantes est la chose la plus immorale qui soit. La politique de financement par la dette nous transforme en une génération de voleurs.

L’effet anesthésiant des taux bas

Il y a une autre raison à l’aveuglement actuel. La politique menée par les Banques Centrales a conduit les taux d’intérêt au plus bas. Ainsi, en 2016, la France a emprunté en moyenne à un taux de 0,37%, ce qui allège considérablement la charge de la dette, mais ne change rien à l’importance future du remboursement du capital.

Il y a là une dangereuse illusion, celle d’un endettement « quasi-gratuit » (un effet « anesthésiant » dit le Président de la Cour des Comptes) ; nous voici revenus aux rêves de Proudhon, dans son débat avec Bastiat, sur la « gratuité » du crédit ; or la gratuité conduit à la surconsommation, ici au surendettement.

Les taux ne resteront pas éternellement bas. Des signes avant-coureurs indiquent que l’on repart en sens inverse : aux États-Unis, la « Fed » a déjà augmenté deux fois ses taux en un an et annonce trois hausses cette année, pour contrebalancer la relance, via les grands travaux, de D. Trump et le retour de l’inflation.

Certes, dans la zone euro, la BCE continue sa politique, mais les marchés sont interconnectés et une forte hausse des taux aux USA aurait des répercussions, y compris sur la valeur de l’euro ; d’autre part des fragilités persistent en Europe, avec la Grèce, mais aussi avec les banques italiennes.

Déjà, les taux français, tombés à 0,1% en juillet, sont remontés à 0,8%. Or des taux plus élevés pèseraient non seulement sur les emprunts destinés à combler les déficits, mais aussi sur les emprunts destinés à remplacer ceux qui arrivent à échéance et ne peuvent être remboursés, faute d’excédents budgétaires. L’État emprunte… pour rembourser ses dettes ! Ainsi, la hausse des taux pénaliserait rapidement l’ensemble de la dette. Rien qu’en 2017, l’Agence France Trésor anticipe 185 milliards d’emprunts.

Des réformes… ou la révolution !

Standard & Poor’s, dans une étude publiée le 29 décembre, envisageait un scénario catastrophe au cas où la France n’entreprendrait pas des réformes radicales. La dette publique progresserait fortement, sous l’effet des dépenses de retraite et de santé, ainsi que des charges liées à la hausse des taux.

Sans réformes, la dette atteindrait, en 2050, 166,4% du PIB contre 97,6% aujourd’hui ! Voilà pourquoi la question de la dette, donc des dépenses publiques, devrait être au cœur des élections à venir. On doit en revenir à Turgot : « Point de banqueroute, point d’augmentation d’impôts, point d’emprunts. Pour remplir ces trois points, il n’y a qu’un moyen : c’est de réduire la dépense en dessous de la recette. » Louis XVI n’a pas suivi les conseils de Turgot. On connait la suite…

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