Ce que cache la fièvre anti-russe américaine

Face à Donald Trump, les démocrates n’ont pas besoin d’excuses ou de propagande construites par les communicants, mais de se réformer pour rebondir.

Par Frédéric Mas.

Ce que cache la fièvre anti-russe américaine
By: Jedimentat44CC BY 2.0

Vendredi dernier, trois agences de renseignement américaines liées à l’État ont rendu leur rapport de synthèse : le gouvernement russe aurait bien tenté de favoriser l’élection de Donald Trump au détriment d’Hillary Clinton. Le FBI, la NSA et la CIA ne font cependant pas de cette ingérence l’origine de la victoire de Donald Trump, même si certaines incursions informatiques de la part des services russes semblent pouvoir être déplorées.

Les démocrates, grands perdants de l’élection, ont bien entendu répercuté la nouvelle jusqu’à lui ajouter une petite saveur de paranoïa. Donald Trump, non content d’incarner cette vulgarité populacière qui trahit la gauche morale incarnée par Hillary Clinton, est maintenant accusé d’être du parti de l’étranger, c’est-à-dire de l’ennemi par excellence, Vladimir Poutine.

Bien entendu, il est tout à fait compréhensible d’observer avec inquiétude l’amateurisme du futur président face aux menées stratégiques russes en Europe centrale ou au Proche Orient. On ne sait toujours pas si sa volonté de dialoguer avec V. Poutine relève du coup de poker ou d’une analyse apaisée de la situation géopolitique entre les deux puissances, et cette incertitude pourrait coûter cher.

Seulement, à lire ledit rapport, on relève que les faits reprochés au Kremlin sont essentiellement de l’ordre de ce qu’on appelle le soft power, cette pratique ordinaire des États consistant à influencer une puissance étrangère par des outils non coercitifs comme les médias, la culture ou l’idéologie. Celui-ci pourrait se résumer comme il suit : la Russie a préféré pousser le candidat qui voulait faire la paix plutôt que la candidate du parti de la guerre tous azimuts au Proche Orient et peut-être en Ukraine.

Il n’y a pas grand-chose de neuf sous le soleil, et les États-Unis utilisent contre leurs concurrents et alliés ce genre de techniques pour maintenir leur hégémonie et étendre leur influence. Il n’y a pas eu de piratage ou de détournement de l’élection par les Russes, contrairement à ce que tout l’establishment politique et médiatique prétendait.

Celui-ci semble surtout occupé à occulter deux faits fondamentaux sur l’élection passée : ce sont essentiellement les révélations d’un média indépendant, Wikileaks, qui ont bouleversé la donne en dévoilant les dessous de la campagne démocrate ; ce dévoilement a confirmé ce que beaucoup d’électeurs américains pensaient : l’image lisse de la candidate Clinton masquait les coups tordus les plus abominables, et c’est à elle seule qu’elle doit sa défaite.

Wikileaks, de l’ami des progressistes à l’agent russe

Pendant longtemps, Julian Assange bénéficiait d’une image positive auprès des médias de gauche. Son image de lanceur d’alerte et son exigence éthique en matière d’information étaient célébrées par tous les people, de Michael Moore jusqu’à Ken Loach ou Jean-Luc Mélenchon. Et puis, le vent a tourné, et son rôle dans la défaite d’Hillary Clinton l’a ravalé au rang d’agent russe aux yeux des bien-pensants, malgré ses dénégations.

Diversion démocrate

Il semblerait que la nouvelle paranoïa anti-russe ne soit aussi une diversion pour détourner l’attention des vraies raisons de l’échec d’Hillary Clinton, échec d’autant plus cuisant et humiliant que tout le monde la voyait déjà présidente, et que son adversaire se caractérise surtout par son incompétence politique absolue. Non seulement Clinton n’a pas su répondre aux attentes de son électorat, pris dans la nasse de ce que Laurent Bouvet appelle « l’insécurité culturelle », mais elle a réussi à correspondre au politicien corrompu décrit par les médias conservateurs pour la discréditer : son entourage à l’éthique douteuse, la fondation Clinton et les bailleurs pas très nets, le truquage des débats ou encore de l’investiture démocrate ont eu raison de sa réputation plus sûrement que Poutine et ses hackers subventionnés.

Face à Donald Trump, les démocrates n’ont pas besoin d’excuses ou de propagande construites par les communicants, mais de se réformer pour rebondir.