Union européenne : face à la Russie, la faiblesse coupable

La faiblesse de l’Europe face aux ingérences russes en Ukraine est lourde de menaces. Les anciens satellites de la Russie sont en droit d’interpréter la passivité européenne comme un blanc-seing accordé aux velléités impérialistes du Kremlin.

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Union européenne : face à la Russie, la faiblesse coupable

Publié le 22 décembre 2016
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Par Vincent Barteaux.

Union européenne : face à la Russie, la faiblesse coupable
By: Jedimentat44CC BY 2.0

Donald Trump l’a dit et, une fois n’est pas coutume, il pourrait bien avoir eu raison : d’un point de vue militaire, l’Europe est incapable de se défendre par elle-même. Biberonnés à la protection militaire américaine depuis l’après-guerre, l’Union européenne et ses États membres se retrouvent aujourd’hui sommés par le président élu américain de contribuer davantage aux efforts militaires, fixés à 2 % du PIB pour les États faisant partie de l’OTAN.

Une réalité qui rappelle l’absence tenace de défense européenne, depuis l’échec de la Communauté européenne de défense (CED), en 1954, en passant par la guerre en Yougoslavie, jusqu’à l’incapacité de l’Europe à empêcher la Russie d’annexer la Crimée, soixante ans plus tard. Vingt-cinq ans après la chute du Mur, l’Europe ne semble toujours pas dotée d’une volonté politique à même de défendre les intérêts des pays qui souhaitent la rejoindre, comme l’Ukraine, ni même de ceux qui l’ont déjà intégrée, à l’instar des pays baltes.

L’Union européenne impuissante en Ukraine

Le 27 février 2014, les unités spéciales russes, n’arborant ni drapeau ni insignes militaires, pénètrent en Crimée. Elles prennent rapidement le contrôle de plusieurs sites stratégiques de la péninsule, dont le Parlement de la République autonome de Crimée. À peine deux semaines après l’invasion des forces de Vladimir Poutine, un référendum valide le rattachement de la Crimée à la Russie, avec un score digne des pires républiques bananières : le « oui » remporte 96,6 % des scrutins, pour une participation officielle de 82 %. L’indépendance de la péninsule est proclamée dans la foulée par le Parlement, qui demande son rattachement à la Russie. Ce qui sera fait le 21 mars 2014, au terme d’un processus législatif accéléré.

L’annexion de la Crimée par la Russie est une conséquence directe des événements survenus en Ukraine durant l’hiver 2013-2014. En réaction à la suspension de l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne par le président pro-russe Viktor Yanoukovitch, la place Maïdan se soulève. Le pouvoir est renversé le 22 février 2014. Les intérêts russes en Ukraine, ainsi que la base navale de Sébastopol, sont menacés.

À la faveur de l’instabilité régnant en Ukraine, Moscou décide donc d’accélérer « le retour de la Crimée dans la mère patrie » russe. Une annexion militaire puis politique, opérée en violation de toutes les règles internationales et de plusieurs traités, signés par la même Russie : le Mémorandum de Budapest (1994), signé entre l’Ukraine, la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni ; le Traité d’amitié, de coopération et de partenariat entre la Russie et l’Ukraine (1997) ; et l’Accord entre la Russie et l’Ukraine sur leurs frontières respectives (2003).

La communauté internationale n’est pas restée sans voix face à cette tentative de déstabilisation de l’État ukrainien. L’Union européenne a adopté une série de sanctions internationales, allant du gel des avoirs de certaines personnalités russes à la suspension des programmes financés par la Banque européenne d’investissement (BEI) en Russie, en passant par la limitation de l’accès de certaines banques russes aux marchés des capitaux européens, la suspension de nombreuses négociations bilatérales ou un embargo sur le commerce des armes. La France, de son côté, a annulé la livraison des deux navires de guerre Mistral à la Russie.

Malgré les rodomontades du locataire du Kremlin, ces mesures de rétorsion ont eu un poids non négligeable sur l’économie russe. Mais une batterie de sanctions, pour efficace qu’elle soit, n’effacera jamais l’inaction coupable de l’Europe. De fait, la Russie de Vladimir Poutine a réussi à annexer, en un temps record, une partie du territoire souverain d’un pays aspirant à rejoindre l’Union européenne. Kiev a beau jeu de déclarer la Crimée « territoire ukrainien temporairement occupé », on ne voit pas quelles circonstances permettraient de rejouer l’Histoire à son profit.
La faiblesse de l’Europe face aux ingérences russes en Ukraine est lourde de menaces. En première ligne, les anciens satellites de la Russie soviétique sont en droit d’interpréter la passivité européenne comme un blanc-seing accordé aux velléités impérialistes du Kremlin. Les États où vit une minorité russe seraient les premiers menacés, à l’instar de la Géorgie, de la Moldavie ou encore des pays baltes.

Les pays baltes, nouveau front pour l’influence russe ?

Membres de l’Union européenne, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie sont aux premières loges face à leur ancienne puissance tutélaire russe. Et se trouveraient bien démunis en cas d’agression militaire. « C’est vrai que la Russie pourrait conquérir plus vite les États baltes que nous ne pourrions arriver pour les défendre » : c’est sur cet aveu saisissant, prononcé par l’un des chefs militaires de l’OTAN en Europe, le général Ben Hodges, qu’a débuté l’été dernier l’exercice militaire Anaconda-16, en Pologne. Il s’agissait, pour les 31 000 soldats de 24 pays membres de l’Alliance atlantique, de manœuvrer contre un ennemi imaginaire, surnommé pour l’occasion… « l’Union des Rouges ». On ne saurait être plus explicite quant à la menace ravivée que fait peser, pour les stratèges de l’OTAN, une Russie qui a envahi la Crimée et l’Est ukrainien sans rencontrer d’opposition militaire autre que locale.

Mais l’influence de Moscou sur les pays baltes ne se limite pas au spectre d’une invasion militaire. En faisant construire, via l’entreprise d’Etat Rosatom, une centrale nucléaire en Biélorussie, aux portes de l’Europe, la Russie entend bien user d’une nouvelle carte dans sa manche. Situé à seulement 20 kilomètres de la frontière lituanienne, et 50 kilomètres de la capitale Vilnius, le chantier de la future centrale d’Ostrovets fait peser de nombreuses menaces.

La centrale d’Ostrovets se trouvant dans une zone sismique, ses réacteurs ne seront pourtant pas pourvus de « sarcophage », ce réceptacle de béton supposé recueillir le cœur nucléaire en fusion afin qu’il ne s’enfonce pas dans le sol et ne pollue pas les environs. Et ce alors que la rivière servant au refroidissement des réacteurs se déverse en Lituanie et dans la Mer Baltique. Rosatom ne respecte aucune des normes transfrontalières en la matière. L’entreprise russe s’est également passée des tests de résistance, pourtant spécifiés dans une déclaration signée avec la Commission européenne, en 2011.

Cette série de manquements graves aux normes de sécurité ne recueille, du côté de Bruxelles, qu’un silence gêné. Alors que la centrale d’Ostrovets menace directement la population de plusieurs de ses États membres, l’Union européenne fait la sourde oreille. Un silence coupable, qui rappelle l’inaction des institutions européennes en Ukraine, et qui interroge sur le sens de « l’intérêt général » que les membres de la Commission, pour ne citer qu’eux, sont censés défendre.

Voir les commentaires (17)

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  • Je souscris à cet article. Mais je rappelle que si l’Europe, et la France, sont faibles devant la Russie, ils le sont tout autant face aux USA. A choisir, je préfère les USA, mais s’il s’agit de dénoncer la faiblesse, ne le faites pas à moitié.

  • j’aime quand lire qu’un référendum est illégal mais qu’un poutch l’est…. la crimé n’avait pas besoin d’autre motivation qu’un projet de lois russophobe pour voter pour… (la Crimé étant russophone et pro annexion d’après les sondage fait depuis des années…) l’auteur semble aussi oublier que Kiev à saboté l’allimentation du réseau électrique de Crimé et refuse de le réparer.. quelle considération pour ses soit disant concitoyens… La Russie a des problèmes de liberté mais c’est pas un raison de tout lui mettre sur le dos…

    • « …j’aime quand lire qu’un référendum est illégal mais qu’un poutch l’est… »

      Mon pauvre vieux, vous lisez bien de travers alors. Pouvez-vous nous dire à quel endroit l’auteur de l’article justifierait un « poutch » (sic) ?
      Alors, ne vous déplaise, l’organisation d’un pseudo référendum par une armée d’occupation dans une nation étrangère est tout ce qu’il y a de plus illégal au regard du droit international.

      • José,

        «  »Alors, ne vous déplaise, l’organisation d’un pseudo référendum par une armée d’occupation dans une nation étrangère est tout ce qu’il y a de plus illégal au regard du droit international. » »

        Le fameux  » droit international » a surtout montré qu’il servait aux états plus solides et dotés d’armées à détruire et attaquer les états faibles …
        Quand un état fort attaque un autre état , le fameux droit international disparaît ou se transforme en parlottes …
        qq exemples :* en 1970 , l’Inde attaque le Pakistan , bat son armée et provoque son éclatement en deux états ( Bangla desh et Pakistan) …attaque validée par l’Onu suite absence de réaction…
        * Partage de Chypre en deux états vers 1975 , suite attaque Turque …pas de réaction de l’Onu…
        etc…

        • « Le fameux » droit international » a surtout montré qu’il servait aux états plus solides et dotés d’armées à détruire et attaquer les états faibles. »

          Que le droit international ne soit pas scrupuleusement respecté pas les gouvernements du monde peut difficilement être un argument légitimant la violation flagrante du droit international par le gouvernement de Poutine et l’occupation de l’Ukraine par les forces russes.
          Quant au « faible »… entre l’Ukraine et la Russie… hein… bon…

  • la Crimée( de majorité russe) n’a-t-elle pas toujours été russe, avec une très courte parenthèse ukrainienne accordée malencontreusement par un président de l’urss qui sans doute n’a pas vu venir la fin prochaine de cette union ?
    Les occidentaux et l’otan n’ont-ils pas été un peu fort en besogne lors du démantèlement de l’urss au détriment de la Russie ?

    • « …la Crimée( de majorité russe) n’a-t-elle pas toujours été russe, avec une très courte parenthèse ukrainienne… »

      Sans doute. Mais le fait est que la Crimée fait partie de l’Ukraine au sein de frontières reconnues internationalement depuis 1991. Y compris, à l’origine, par l’État successeur de l’URSS, à savoir la Russie. Les Pays baltes ont été plus longtemps « russes » qu’indépendants. Cela ne légitimerait en rien une annexion par la Russie poutinienne.

  • pour ce qui est de l’europe , elle n’a pas bien montré l’exemple en acceptant la scission au Kosovo

    • Quel rapport entre une sécession au sein d’un territoire et une intervention militaire d’une puissance étrangère chez un pays voisin ? Le droit de sécession est parfaitement admis et reconnu en droit international – sous certaines conditions.

  • l’union européenne fait la sourde oreille….ou , qui ne dit mot consent…..

  • Quelques remarques:
    1) Je ne vois pas bien ce que vient faire cet article sur ce site.
    Personnellement ce n’est pas ce genre d’articles qui me font venir sur ce site ( ni me donne envie de répondre à votre appel au don).
    2) une recherche ‘carte zones sismiques monde’ sur Google ne donne pas l’impression que la Lituanie soit une zone à risque.

    • Que les Polonais et autres PECO s’organisent eux même pour défendre leur confrères lol tout le monde et vent debout contre le fédéralisme budgétaire etc etc bah faisons de même pour la sécurité une chose est : sur l’Allemagne, la France , le RU non rien à craindre, les pays baltes et de l’Est sont les passagers clandestins de la sécurité en Europe dernière événement en date le volte face du gouvernement Polonais sur les hélicos Airbus . La vérité c’est que les PECO et de la Baltique ne veulent pas d’une politique européenne de sécurité et de défense commune il préfère L’OTAN avec les USA comme chien de garde

      • Sans compter que le cadre de négociation sur ce domaine est strictement du multilatéralisme intergouvernemental donc l’argument de la commission est nul est non avenu tout décision devant être prise à l’unanimité des ministres respectifs: défense, MAE des 28 pays membres

        Ça serait cool des auteurs qui s’y connaissent un minimum sur ces sujets là avant de pondre n’importe quoi , il se trouve que dans le cadre de mon M2 j’ai eu l’occasion de mener des simulations de negociation dans le cadre d’un conseil des MAE de l’UE sur une crise politique débouchant sur un conflit armé.

        Cet article n’apporte rien sur la problématique: la sécurité et la défense est un domaine régalien par excellence sans doute pour ça que ceux qui se prétendent libéraux et parlent de défense racontes des salades pour leur majorité exceptions faites de quelques articles de qualité.

  • « L’union européenne impuissante en Ukraine » : c’est bien vrai et c’est notre faute à nous européens. Il ne sert à rien de pleurnicher, d’accuser Poutine de ceci ou de cela. Poutine joue son jeu, recherche ce qu’il croit être le bien de son peuple. Si au passage, il nous marche un peu sur les pieds, cela doit renforcer votre volonté d’être plus forts, pour discuter d’égal à égal avec lui, les États unis, la Chine et quelques autres.

    On a la politique de ses moyens ou on se donne les moyens de la politique qu’on veut avoir. Tant qu’on a pas bien compris cela, on est dans l’impuissance, la délectation morose, dans l’incantation. C’est très précisément la situation de la France de Hollande. Souhaitons nous un successeur un peu fort et déterminé à Hollande.

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Sous l’influence de l’Otan, c’est-à-dire des États-Unis, les pays occidentaux ont riposté à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avec des sanctions économiques devenues de plus en plus sévères.

Ils comptaient ainsi arrêter Vladimir Poutine dans ses entreprises belliqueuses. Mais pour l’instant, le dictateur russe ne met pas fin à son entreprise d’annexion de ce territoire qu’il considère comme ayant toujours fait partie de la Grande Russie, et la guerre se poursuit, les Ukrainiens manifestant une capacité de tenir tête à l’armée russ... Poursuivre la lecture

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