Fillon, Trump : le retour de la Russie au centre du jeu

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Politique

Par Éric Verhaeghe.

La victoire de François Fillon dimanche soir a surpris. Elle s’intègre pourtant dans un mouvement global qui traverse le monde occidental et souligne que la France n’est pas « en retard » sur ses voisins, au moins dans ses aspirations. À de nombreux égards, en effet, le programme de François Fillon appartient à une sorte d’ensemble qui émerge en Occident, et dont la victoire de Trump constitue l’illustration la plus flagrante.

Trump et Fillon, et leurs parentés idéologiques

Tiens ! quand on les lit du même côté, les programmes de Trump et de Fillon en matière de commerce extérieur et de patriotisme économique ne sont pas complètement éloignés. C’est vrai que Fillon a fait campagne, en son temps, contre le traité de Maastricht.

Voici ce que Fillon propose sur la construction européenne :

La France doit reprendre la première place et sensibiliser les autres pays européens sur l’urgence de créer une Europe respectée par nos principaux partenaires et notamment les États-Unis et la Chine. Pour cela, la France a tous les atouts structurels pour engager les pays européens sur le chemin de réforme. Sa démographie, la productivité de sa main d’œuvre, la qualité de ses équipements publics, de ses infrastructures, de ses services publics, ses paysages, sa culture, la force de ses entreprises mondiales ainsi que notre armée, la seule opérationnelle sur le continent européen font que nous sommes le seul pays à pouvoir engager l’Europe vers un nouveau chemin.

Reconstruire l’Europe autour de la France. Sur le fond, François Fillon est proche d’une affirmation nationale qui n’est pas étrangère à celle de Trump.

Le retour de la Russie

Mais le point majeur à souligner est évidemment celui de la relation avec la Russie, qui marque autant le programme de Trump que celui de Fillon (encore que ce dernier n’ait pas clairement mentionné la Russie dans son texte). On le sait, Fillon est favorable à un renversement d’alliance en Syrie. Il propose un dialogue renouvelé avec la Russie.

Il rejoint ici la ligne de Trump aux États-Unis, lui aussi favorable à une modification en profondeur des relations bilatérales russo-américaines. Nul ne sait s’il parviendra effectivement à imposer cette nouvelle ligne à la grande machine administrative et militaro-industrielle américaine. Mais l’intention affichée est celle-là et elle rejoint la vision fillonesque.

Vers un nouvel ordre mondial ?

L’émergence de Fillon en France, celle de Trump aux USA, pourraient modifier en profondeur l’ordre mondial fondé aujourd’hui sur un leadership solitaire et chaotique de la puissance américaine. Après l’effondrement soviétique des années 90, la Russie est en train de reprendre doucement sa place dans cet ensemble.

Cette évolution est porteuse de multiples conséquences : fin du multilatéralisme économique, retour à un bilatéralisme diplomatique, rééquilibrage des relations avec l’Europe orientale au détriment de l’Allemagne et au bénéfice de la Russie.

L’Allemagne mise en difficulté

Dans ce rééquilibrage, la position de l’Allemagne devrait être fragilisée. Grand vainqueur de l’ouverture de l’Union à l’Est (grâce à laquelle elle a récupéré le Lebensraum perdu en 1945), l’Allemagne devrait marquer le coup et se trouver en délicatesse avec sa stratégie d’influence sur les cendres de la Russie soviétique. Ce changement dans le rapport de force devrait être rapidement visible en Ukraine, où le gouvernement indépendantiste sera probablement la première victime du repositionnement euro-américain.

Mais c’est surtout en Turquie que la situation devrait changer. On voit mal sur quel allié (en dehors de Merkel) Erdogan pourrait encore compter pour reconstruire sa dictature locale.

Une réorientation de l’Union Européenne

Tout laisse à penser que, parallèlement, l’Union Européenne connaîtra un repositionnement en profondeur. Dans l’hypothèse d’une élection de François Fillon à l’Élysée, ce repositionnement est inévitable. Le couple franco-allemand devrait en prendre un coup, au bénéfice d’un rapprochement avec la Russie. Fillon, adversaire du traité de Maastricht, ne devrait pas être le meilleur allié de Merkel pour défendre une politique de l’euro fort et une stratégie multilatérale désincarnée.

Sur le web

  1. Vous écrivez : « Fillon ne devrait pas être le meilleur allié de Merkel pour défendre une politique de l’euro fort et une stratégie multilatérale désincarnée ».
    Ma réponse : en 2017, il y aura également les élections en Allemagne et pas sûr que Merkel repasse donc pas sûr que ce sera avec Merkel que Fillon – s’il est élu – devra composer.

    Vous écrivez : « Reconstruire l’Europe autour de la France. Sur le fond, François Fillon est proche d’une affirmation nationale qui n’est pas étrangère à celle de Trump ».
    Ma question : comment va-t-il faire pour convaincre les encore officiellement mais plus pour longtemps 27 autres de reconstruire l’Europe autour de la France ? Prend-il les Français pour des idiots ou bien est-il vraiment aussi naïf au point de croire que les Allemands vont lui dire « Aber sicher ! Sehr gern ! », les Italiens « Sì ! Forza ! », les Espagnols « ¡Por supuesto! ¡Adelante! », les Portugais « Sim Senhor ! Podes fazer ! » ? Il n’y a guère que les Britanniques dont on peut être sûr qu’ils diraient « Yes sure ! Go ahead ! We don’t care one pence anymore ! ».

    1. (Ce n’est pas « one pence » mais « one penny » que j’aurais dû écrire)

  2. Tiens, encore un poutinophile ! Qui prend ses rêves pour la réalité : ce n’est pas l’élection de Fillon qui diminuerait l’importance économique de l’Allemagne !
    Il semble évident que Fillon reprend exactement la politique économique libérale de Merckel. Quand à Erdogan, il n’a besoin de personne pour établir sa dictature ! Fillon n’a pas proposé de sortir de l’OTAN !
    Et il sera sans doute aussi décu que le fut Bush ou Obama quand ils voulurent rétablir de bonnes relations avec Poutine : celui-ci ne veut absolument pas «normaliser» ses relations avec l’Occident, il doit, au contraire, toujours le presenter comme un ennemi menaçant, afin de justifier sa dictature !
    Poutine ne sera jamais un partenaire en qui on peut faire confiance, il ne vise qu’un but : maintenir son pouvoir autoritaire en Russie, en accaparant les revenus du pétrole pour lui et ses amis du KGB.

    1. Et en tuant des bébés phoques pour boire leurs sangs à la paille… d’ailleurs il faudrait aussi parler de ça volonté de conquérir l’Univers avec l’étoile noir qu’il construit à coté de la Lune.

      Heureusement que L’Arabie Saoudite est la pour aider nos démocratie Occidental ! Enfin Maintenant que Trump est aux affaires…

      1. De fait! Il y en a, ici, auteurs comme commentateurs: quand « on (les) mettra sur orbite, ils n’auront pas fini de tourner! »

  3. On assiste simplement, à l’échelle mondiale, à la débâcle du constructivisme. Après le petit grain de sable suisse dans la « construction européenne » (hé oui, en Suisse, aucun politicien constructiviste – il y en a – n’oserait pousser le ridicule jusqu’à parler de « construction suisse », alors que dans l’Union Européenne, toute pudeur a disparu depuis longtemps !), Vladimir Poutine fut le premier à placer un (très) gros grain de sable dans la machine ronronnante de la construction du nouvel ordre mondial rêvé par les bureaucrates occidentaux en chambre. Aveuglés par leur objectif tels des religieux fanatisés, les constructivistes aux USA et en Europe n’ont pas vu qu’ils ne pourraient jamais faire accepter par la population la légitimité du fait de soutenir et d’armer des types qui faisaient exploser leurs bombes au sein de cette même population. Et c’est pour cette raison en premier lieu que les constructivistes (disons, les C+) se voient contraints, primaire après primaire, référendum après référendum, élection après élection, de laisser place à leurs adversaires C-, ces derniers étant des alliés tout à fait naturels de Vladimir Poutine, même s’ils ne partagent finalement avec lui que cette préférence pour le « Monde des C-« .

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