Députés de la majorité : osez votre Nuit du 4 août !

Parlementaires socialistes, élus du peuple français et premiers menacés par les élections qui viennent, le moment est venu de vous réveiller et d’agir ! Osez l’impopularité face à vos pairs, demandez l’abolition des privilèges des politiques !

Par François Garçon.

Députés de la majorité : osez votre Nuit du 4 août !
By: Adrian TombuCC BY 2.0

À coup sûr, lors des prochaines élections législatives programmées vers juin 2017, la plupart des députés socialistes, c’est à-dire l’actuelle majorité à l’Assemblée nationale, perdront leur siège. À moins d’un miracle improbable, peu seront réélus, les autres seront balayés. Les électeurs les remplaceront par d’autres têtes, plus centristes, plus à droite.

Comme l’indiquent les sondages, le mouvement de balancier a commencé. Tel est le contexte idéal pour que, à l’image d’Hernan Cortez brûlant ses vaisseaux, ou des Helvètes qui, après la mort d’Orgétorix selon César1, mirent le feu à leurs villes et villages pour s’interdire tout retour en arrière, la cohorte de députés socialistes sur le départ marque à jamais le Parlement où les électeurs les ont envoyés, sans doute pour faire une politique différente de celle conduite actuellement. Une occasion unique est en effet offerte à ces élus promis au reclassement professionnel de laisser une trace dans l’histoire, comme l’ont fait les Constituants de 1789.

Grâce aux médias, aucun Français n’ignore les privilèges que nos élus se sont octroyés depuis des décennies. Ces avantages catégoriels sont non seulement exorbitants au regard du droit commun mais, dans un pays obsédé par l’égalitarisme, sont sources de ressentiment et colère.

Démocratie du soupçon

Alimentant la « démocratie du soupçon », ce favoritisme corporatif produit un populisme vigoureux qui, désormais, débouche sur la dénonciation d’une caste qui s’est arrogée des privilèges indus. Pour les élus de la nation, le moment est venu de montrer qu’ils sont décidés à s’appliquer à eux-mêmes la morale qu’ils prêchent le dimanche sur les marchés et sur les plateaux de télévision, mais qu’un grand nombre rechigne à pratiquer. Il reste moins d’un an à tous les députés socialistes pour écrire et faire voter une batterie de lois où figureraient, notamment :

  • Exigence d’un casier judiciaire vierge pour tout élu,
  • Alignement des peines sur le régime commun en matière de fraude dans la déclaration de patrimoine de l’élu,
  • Alignement des régimes retraites des parlementaires sur le régime des salariés du privé,
  • Obligation de justificatifs sur l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM),
  • Suppression de la gratuité à vie à la SNCF ; suppression pour les anciens ministres, leurs conjoints et leurs enfants de la gratuité à vie des vols Air France,
  • Suppression du service spécial pour les fraudes impliquant un élu,
  • Obligation pour les mairies de se porter partie civile quand un élu de la commune est impliqué dans une affaire lésant les intérêts de la ville,
  • Limitation à 67 ans de la fonction d’élu parlementaire.

Cette liste, bien entendu, n’est pas exhaustive et nombreux sont ceux qui, ayant dénoncé ce qui est faisandé dans le milieu parlementaire français, pourraient vous seconder dans l’établissement des mesures visant à l’exemplarité de votre métier. Car parlementaire est malheureusement devenu un métier, vous qui, aux yeux de tous, gagneriez à n’être que des miliciens.

Différences entre Nord et Sud

Les quelques extravagances listées ci-dessus et dont jouissent nos élus prolifèrent surtout dans les pays latins. Plébiscitant les feuilletons télévisés nordiques, les Français ont eu l’occasion de noter que, sitôt qu’on monte vers le nord de l’Europe, voire qu’on se tourne vers la Suisse ou l’Allemagne, les abus et détournements de fonds publics sont sévèrement sanctionnés.

Voilà pourquoi le temps est venu pour les élus de publiquement voter la renonciation à leurs privilèges qui, personne n’en doute, discréditent les parlementaires. Profitez encore de l’aubaine pour voter la suppression de toutes les niches fiscales, insultes au principe républicain d’égalité devant l’impôt.

Parlementaires socialistes, élus du peuple français et premiers menacés par les élections qui viennent, le moment est venu de vous réveiller et d’agir ! Osez l’impopularité face à vos pairs. Assumez la précarité qui s’annonce et jouissez de la liberté de savoir que vous n’aurez plus l’occasion de croiser très longtemps encore vos adversaires parlementaires.

Ne craignez pas de perdre les bénéfices que vous confère votre charge : la majorité d’entre vous les perdra de toute façon, au lendemain de la présidentielle de 2017 et des législatives qui suivront.

Votant maintenant l’abolition de vos privilèges, vous aurez de surcroît le plaisir de savonner la planche pour tous les députés de l’opposition qui se réjouissent de vous survivre et qui, nous en sommes convaincus, ne songent aucunement à renoncer aux privilèges de leur statut, dont ils comptent bien profiter longtemps encore.

Votant ces abandons de privilèges, quel exemple ainsi vous donneriez ! Après des décennies de parlementarisme d’enregistrement des orientations fixées par l’exécutif, les représentants de la nation reprennent leur destin en mains ! Il ne s’agirait donc plus d’évoquer abstraitement la citoyenneté, mais de prouver en actes votre attachement à l’idéal républicain.

Le jour du vote de l’abolition de vos privilèges, le Parlement fera le plein et l’ambiance dans l’hémicycle sera indescriptible. Lors du dépouillement, vous entonnerez, en cœur, la Marseillaise. On verra bien qui, sur votre droite (et parmi vous), reste assis, muet, opposé à ces mesures de bon sens voire, considérant l’état éruptif du pays, de salut public. Et l’on célèbrera longtemps ceux qui, parmi vous, seront les nouveaux vicomte de Noailles, Le Guen de Kérangal et autre évêque de La Fare !

On sera pareillement attentifs aux arguments qui vous seront opposés pour rejeter ces lois fondées sur l’éthique, la morale de la raison, le souci d’égalité entre les citoyens.

On sourira à voir les opposants ramer à contre-courant, ceux-là même qui, par leurs comportements souvent indignes, ont alimenté la vague de populisme qu’il est seyant de dénoncer sur les plateaux de télévision. N’en doutez-pas, vos débats seront largement suivis.

Députés de la majorité, osez donc votre Nuit du 4 août ! Vous rentrerez dans l’Histoire de la France.

  1. César, La guerre des Gaules, Livre I, chapitre V.