Le nouveau politiquement correct est populiste !

Aujourd’hui, le « camp du bien » progressiste est au pouvoir en France, il est donc normal de dénoncer sans relâche ses abus. Seulement, en face, le « camp du bien » populiste prend de l’importance tous les jours.

Par Nathalie MP.

Le nouveau politiquement correct est populiste !
By: Marc NozellCC BY 2.0

Nous sommes en France, pays aux 600 000 élus, moult fromages (au propre comme au figuré) et une propension au millefeuille administratif, mais une seule religion pratiquée avec ferveur par 99,9 % de la population, la religion du Dieu État. De ce fait, lorsque vous tenez un site avec l’ambition de suivre l’actualité à travers une lunette libérale, vous êtes confronté à deux situations en apparence opposées mais aussi ambigües et désespérantes l’une que l’autre. 

Soit, cas actuel, le gouvernement est de gauche et il pratique avec enthousiasme une politique typiquement socialiste selon la trilogie « lubies écolo-sociétales, dépenses, impôts. » Vos réflexions sur le sujet sont par conséquent peu amènes, voire carrément atterrées, ce qui a le don de vous attirer la sympathie de personnes (de plus en plus nombreuses ces temps-ci) qui détestent les socialistes mais ne sont pas nécessairement très libérales.

Soit, cas pré-Hollandais et peut-être d’actualité dans un futur proche, le gouvernement est de droite et il pratique une politique de droite selon la formule « un petit pas libéral en avant, trois grands pas étatistes en arrière. » Vos réflexions ne sont guère plus favorables qu’avant, ce qui a le don de vous attirer assez rapidement l’antipathie de tout le monde : celle des gens de gauche car le libéralisme au volant c’est la mort des petits moutons sans défense au tournant, et celle des gens de droite car le libéralisme au volant c’est la mort de Dieu et de la morale au tournant.

Droite et gauche contre la liberté

Le point de vue libéral s’avère donc assez peu confortable, mais il a le mérite de mettre en évidence le fait que les deux grandes tendances qui s’affrontent dans l’arène politique, à savoir la gauche et la droite, partagent en réalité une même détestation pour la liberté et un goût commun pour l’ordre imposé d’en haut. Seule la nature de l’ordre en question diffère : la gauche veut imposer son ordre progressiste et la droite veut imposer son ordre conservateur.

Jusqu’à récemment, la gauche s’est montrée beaucoup plus déterminée, beaucoup plus bruyante et beaucoup plus efficace pour faire passer dans l’ensemble de la société ses messages constructivistes façon « touche pas à mon pote, touche pas à ma planète, touche pas à ma sécu » à tel point qu’ils sont devenus une sorte de norme de ce qu’il faut penser, dire et faire pour être une « belle » personne.

Mais depuis quelques temps, depuis la crise de 2008 qui a vu le chômage augmenter et les comptes de la France se détériorer à grande vitesse, et plus particulièrement depuis que les socialistes sont revenus au pouvoir avec François Hollande, depuis la crise des migrants et depuis les attentats islamistes, ce qui n’était jusque-là qu’une opposition de droite à des inepties de gauche a pris, avec l’essor du Front national, des couleurs offensives  jusqu’à constituer une nouvelle norme de ce qu’il faut dorénavant penser, dire et faire pour faire partie des « vrais gens », pour être une personne clairvoyante à qui « on ne la fait pas », quitte à arranger un petit peu le réel pour le rendre plus conforme.

Les supposées vertus du populisme

Autrement dit, en plus des vertueux généreux du progressisme que nous subissons depuis longtemps sur notre gauche et dont les manigances nous sont bien connues, nous bénéficions maintenant des sermons des vertueux clairvoyants du populisme qui s’amoncèlent ces derniers temps sur notre droite. Les « bons » et contents de l’être ne sont donc plus seuls en scène, car les « méchants » et contents de l’être ont décidé non seulement de leur donner la réplique mais de prendre leur place comme inspirateurs du politiquement correct.

L’élection présidentielle américaine a mis en scène deux candidats principaux, Hillary Clinton et Donald Trump, qui caractérisent remarquablement bien cette dichotomie selon deux pôles extrêmes et surtout extrêmement satisfaits d’eux-mêmes dans laquelle est tombé le débat politique de beaucoup de pays occidentaux.

Que disaient-ils ? Madame Clinton accusait Monsieur Trump d’être raciste et sexiste et Monsieur Trump, se revendiquant raciste et sexiste avec gourmandise pour mieux faire croire qu’il se différencie de son adversaire, accusait Madame Clinton et tout ce qu’elle représente (Washington, les élites, les puissants…) d’être corrompus et de comploter pour truquer l’élection en sa faveur. Un débat serein de très haut niveau qui reflétait bien les positions du « camp du bien » et du « nouveau camp du bien ».

Les « élites mondialisées »

En France, l’élection présidentielle de 2017 s’annonce moins binaire qu’aux États-Unis en termes de candidats, du moins pour le premier tour, mais la vie publique que nous connaissons depuis l’élection de François Hollande revêt néanmoins les mêmes caractéristiques que les hautes discussions qui font rage outre-Atlantique. Le Front national accentue lui-même ce côté tout ou rien en rejetant tout ce qui n’est pas lui dans le camp honni des « élites de la finance mondialisée » sous le vocable UMPS répété du matin au soir par ses dirigeants.

Les « bons », ceux qui s’imaginent avoir le « monopole du cœur » comme l’avait judicieusement formulé Valéry Giscard d’Estaing en son temps pour le leur contester, sont arrivés au pouvoir avec François Mitterrand en 1981 sous les couleurs du socialo-communisme. Ils avaient intrigué pendant toute la décennie précédente, pratiquant ce qu’on appelait à l’époque le « noyautage » de toutes les institutions possibles, avec une prédilection pour l’Éducation nationale, les collectivités territoriales, les milieux artistiques et culturels et le terrain associatif, riche de possibilités d’entrisme.

De défenseurs affichés (et uniquement affichés) des travailleurs (on entend encore la voix du patron du PCF de l’époque George Marchais prononçant ce mot comme s’il voulait les avaler), les « bons » sont passés à la défense des immigrés, puis à la défense de la planète, puis à la défense de toutes les minorités en fonction de l’évolution de notre économie et de leurs besoins électoraux.

Le camp du Bien

Dernière grosse opération de prestige : la COP21 pour les abeilles et contre le CO2, servie dans une sauce anti-OGM, anti-pesticides, anti-Monsanto, comprendre anti-capitaliste (et peu importe que le capitalisme libéral soit la seule méthode effective capable de sortir de la pauvreté des dizaines de millions de personnes). Elle fut précédée par le Mariage pour Tous de Christiane Taubira, laquelle s’est par ailleurs illustrée dans la défense d’une minorité de plus en plus fournie, celles des petits délinquants récidivistes.

Dans cette optique généreusement progressiste, qui dit minorités dit « discrimination positive. » Vous êtes femme, noir ou gay ? Nous allons bien vous étiqueter, et en vertu de cette seule étiquette, nous allons vous faire passer devant tout le monde. Avec de telles pratiques, comment ne pas agacer prodigieusement ? Comment ne pas susciter la rancœur de ceux qui n’ont qu’eux-mêmes pour progresser dans la vie ?

Le nouveau politiquement correct

La réponse dictée par un esprit de justice serait de dire : « À chacun de faire ses preuves selon ses capacités et ses efforts, puisque tout le monde bénéficie en principe d’un accès gratuit et obligatoire à l’Éducation. Laissons tomber la discrimination positive et trouvons un moyen d’améliorer notre système éducatif, éventuellement en le privatisant, pour favoriser l’accès de tous et permettre aux meilleurs d’émerger. »

Et dans cette optique généreusement progressiste, qui dit minorités trouve toujours une bonne raison pour excuser des comportements hors-la-loi du genre délinquance au quotidien, trafic de drogue, incendies, émeutes etc. La réponse dictée par un esprit de justice serait d’appliquer à tous les fauteurs de troubles sans distinction les peines prévues en cas d’atteinte aux biens et aux personnes.

Mais dorénavant, le nouveau politiquement correct proclamé par les « méchants » consiste à dire, au mieux, que le racisme, le machisme et l’homophobie n’existent pas. C’est faux, j’ai de nombreux exemples à votre service. Et au pire que le racisme, le machisme et l’homophobie sont des sentiments parfaitement normaux, sentiments que pour ma part je juge inhumains, mais qui, s’ils se limitent à être des sentiments, ne sont nullement répréhensibles, sauf à devenir une discrimination négative effective.

Le gâteau populiste

Or le nouveau politiquement correct se préoccupe peu de savoir si tel individu a commis une atteinte aux biens ou aux personnes. Il a identifié des populations globales d’où sont issus certains fauteurs de troubles et entend appliquer une justice globale qui n’est rien d’autre que la mise en place d’une discrimination négative.

Cerise sur le gâteau populiste, la grande proposition destinée à restaurer l’autorité du régalien consiste à soumettre le rétablissement de la peine de mort à référendum. Dans le genre réponse complètement inadaptée à la délinquance au quotidien, c’est du niveau de la contrainte pénale de Madame Taubira, mais à l’autre bout de l’échelle.

Pour faire bonne mesure, face à la laïcité névrosée des généreux progressistes façon Vincent Peillon qui auraient bien voulu éradiquer le catholicisme de la conscience française, la bonne idée des populistes consiste à essayer de lui donner une sorte d’existence officielle. Mettons des crèches de Noël dans les services publics (animés par des élus et des fonctionnaires payés par nos impôts) que sont les mairies et les conseils départementaux ! Ce sont nos valeurs et il faut les défendre en les imposant !

Le camp du Bien populiste

Ce scandale des crèches monté en épingle par Robert Ménard pour galvaniser les troupes susceptibles de le réélire est d’autant plus affligeant qu’il mélange allègrement la composante foi chrétienne et les aspects folklore et tradition. Au final, sous couvert de défendre des valeurs chrétiennes, il ne défend qu’une image d’Épinal de la France.

Et si l’on s’en tenait à ce que dit notre Constitution ? L’État est là pour garantir la liberté de conscience et la liberté de religion, pas pour organiser la vie religieuse, quelle que soit la religion visée. Si des Français pensent que la religion catholique n’est plus assez vivante en France, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ce ne sont certainement pas des crèches dans les mairies à Noël qui vont relancer les vocations et remplir les églises.

Aujourd’hui, le « camp du bien » progressiste est au pouvoir en France, il est donc normal de dénoncer sans relâche ses abus et ses absurdités. La tâche est facile, car depuis le temps, ses manipulations sont cousues de fil blanc et finissent par tomber dans l’indifférence lassée des populations. La minuscule popularité de Hollande et son gouvernement en témoigne.

En face, le « camp du bien » populiste prend de l’importance tous les jours. Il représente maintenant un nombre d’électeurs bien supérieur à celui dont peut se prévaloir le premier et il est en bonne passe d’atteindre par retour de balancier les mêmes sommets autoritaires que son double progressiste, à savoir un constructivisme sociétal imposé. On identifie moins bien ses manigances car il se construit en opposition aux délires du premier « camp du bien » ce qui lui donne les apparences, seulement les apparences, de la raison.

Pas à une contradiction près, il fustige les élites alors que ses leaders en sont tous issus. Et le plus beau, c’est que tout comme son double progressiste, il fustige le libéralisme et la mondialisation, ce qui, in fine, en fait une réponse parfaitement inadéquate aux problèmes (qu’il prétend résoudre) de déclassement et d’abandon ressentis par un nombre grandissant de citoyens français en proie au chômage et à l’exclusion sociale.

Être opposé aux socialistes officiels du PS et du Front de gauche ne suffit pas. Pour espérer voir la France sortir de son marasme, il importe de s’opposer à tous les socialismes. Bonne nouvelle, il existe une solution, c’est celle du libéralisme. Attention donc à ne pas sortir d’un « camp du bien » pour s’engouffrer directement dans un autre.

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