Le régime castriste sur la corde raide

Les deux volets du programme de survie du castrisme – introduction d’une dose homéopathique de marché et dégel dans les relations avec les États-Unis – se trouvent aujourd’hui mal en point.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Le régime castriste sur la corde raide
By: Pablo TrincadoCC BY 2.0

Fidel Castro n’est plus, mais reste intact le régime qu’il parvint à mettre en place à coups d’exécutions sommaires, de tortures et de suppression de libertés civiques fondamentales. Les déboires des Dames en Blanc, tabassées chaque dimanche pour le simple fait d’appeler à la libération de la centaine de prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles castristes, de même que les détentions récurrentes des dissidents politiques, mettent à nu la nature dictatoriale d’un régime dont les violations des droits de l’homme ont été portées au compte des pertes et profits par la communauté internationale.

 Pour intact qu’il demeure, le régime castriste n’en est pas moins fragile. Incapable de gérer efficacement l’économie de l’île, le castrisme a pu survivre si longtemps seulement grâce à l’astronomique aide financière fournie, d’abord par l’Union Soviétique, puis par le régime chaviste en place au Venezuela (le pays ayant les plus vastes réserves de pétrole du monde).

Or, le régime cubain risque de se trouver à court de pourvoyeur, l’économie vénézuélienne, après 18 ans de « socialisme du 21e siècle », étant aujourd’hui exsangue.

L’économie cubaine exsangue

Le président cubain, Raul Castro, a dû se résigner à paramétrer cette réalité et à chercher de nouvelles sources de survie. D’où ses soi-disant « actualisations du modèle cubain », c’est-à-dire l’amorce d’une timide injection d’économie de marché, laquelle reste bien en-deçà des réformes mises en place par la Chine et le Vietnam. D’où aussi, et surtout, le dégel opéré dans les relations avec « l’Empire » (les États-Unis) avec la médiation du Pape François et l’acquiescement du président américain sortant, Barack Obama.

Les deux volets du programme de survie du castrisme – introduction d’une dose homéopathique de marché et dégel dans les relations avec les États-Unis – se trouvent aujourd’hui mal en point. Les réformes économiques n’avancent pas du fait des entraves idéologiques et bureaucratiques insensées que le castrisme s’entête à maintenir. Plus important encore, à partir du mois prochain, il y aura un nouveau locataire à la Maison Blanche, Donald Trump, dont les propos ont de quoi inquiéter le régime en place à La Havane.

Bien malin celui qui se hasarderait à prédire quelle sera l’attitude de Donald Trump à l’égard du régime castriste. On l’a déjà vu abandonner ou nuancer plus d’une de ses principales promesses de campagne, de sorte qu’il est difficile d’anticiper comment évoluera son discours à propos de Cuba.

Trump contre le castrisme

Quoi qu’il en soit, les déclarations formulées après les élections par Donald Trump et par des membres de son équipe laissent entrevoir que le futur président des États-Unis a effectivement l’intention de se montrer plus ferme que son prédécesseur vis-à-vis du castrisme.

Ainsi, à l’occasion du décès de Fidel Castro, il a qualifié le Lider Maximo de « dictateur brutal », ajoutant que lui, Trump, fera « tout » pour contribuer à la liberté du peuple cubain et annonçant qu’il mettra fin au dégel « si Cuba ne veut pas sceller un meilleur accord pour le peuple cubain, le peuple américano-cubain et les États-Unis ».

On sait que Donald Trump ne placera pas la question du respect des droits de l’homme parmi ses priorités en politique extérieure. Toutefois, la question cubaine pourrait lui offrir une opportunité de faire preuve de fermeté, ce qu’il affectionne, d’autant qu’il y va de son intérêt politique de tenir une position plus énergique que son prédécesseur à l’égard du régime castriste.

Car Donald Trump doit sa victoire électorale, entre autres, au fait d’avoir conquis la Floride, État où le vote des Cubano-Américains pèse fort. Aussi, s’il entend briguer un second mandat, il serait bien avisé de ne pas décevoir la communauté cubano-américaine.

La piètre riposte cubaine

Le fait d’avoir intégré à son équipe de transition une personnalité comme Mauricio Claver-Carone, partisan résolu du maintien de l’embargo et critique de la politique d’Obama à l’égard de La Havane, crédite la thèse que l’on s’achemine vers un durcissement des conditions exigées au régime cubain en échange de la poursuite du dégel.

Sentant venir un changement de la politique des États-Unis à son égard, le régime castriste a déjà commencé à réagir. Comment ? En annonçant des manœuvres militaires juste après la victoire électorale de Donald Trump. Piètre riposte, car en toute vraisemblance, le problème avec Trump ne sera pas de nature militaire mais économique. Et en ce domaine, le castrisme est bien démuni et n’a pas de cartes à jouer.

D’autre part, le régime cubain essaie actuellement de conclure avec l’administration Obama une douzaine d’accords (dans des domaines tels que la sismologie et la météorologie), et ce, dans le but de rendre plus difficile pour Trump de revenir sur le dégel une fois devenu président des États-Unis. Pari plus que douteux, car cela n’est pas de nature à empêcher un changement de politique à l’égard de Cuba sous la future administration américaine.

Cuba/USA : les circonstances ont changé

On rétorquera que l’embargo, imposé voici 54 ans, n’est pas parvenu à mettre le régime cubain sur les rails de la démocratie ; pourquoi alors, poursuivra-t-on, la fermeté envers ce régime deviendra-t-elle efficace sous Donald Trump ? Eh bien, pour une simple raison : les circonstances ont changé. Sans pourvoyeur et sans solution de rechange, le régime cubain mise désormais sur le développement des liens financiers et commerciaux avec l’Empire honni, et pourrait difficilement refuser une ouverture politique dans l’île en échange d’un maintien, voire d’une intensification, de ces liens.

Là réside l’utilité – d’aucuns diront l’astuce – de la politique d’ouverture d’Obama envers Cuba. Car Donald Trump aurait des cartes moins convaincantes à jouer vis-à-vis du régime castriste si l’administration Obama n’avait pas assoupli les restrictions pesant sur Cuba dans le domaine commercial et touristique.

En effet, le régime cubain a désormais un avant-goût des bénéfices que les relations économiques avec les États-Unis peuvent apporter à Cuba. Il suffit de mentionner, à guise d’exemple, l’augmentation spectaculaire du nombre d’Américains visitant Cuba ces dernier temps. Aussi, l’élite dirigeante de l’île réfléchira à deux fois avant de continuer à faire preuve d’intransigeance dans le domaine des droits de l’homme pouvant mettre en péril les bénéfices économiques obtenus grâce au dégel.

Aussi, grâce au dégel accordé par l’actuelle administration américaine, Donald Trump arrive en position de force pour négocier avec le régime castriste.

Ce régime et ses défenseurs pourront, comme à l’accoutumée, crier haro sur l’Empire, dénonçant une « violation du droit à l’autodéterminations des peuples » (oubliant au passage que c’est le peuple cubain qui n’a pas le droit de choisir ses dirigeants) et rejetant sur les États-Unis la faute d’une probable dégradation des conditions de vie de la population cubaine (des conditions déjà difficiles à supporter).

Il n’empêche que, avec la vieille garde de la « révolution » en voie d’extinction par les lois de la biologie, les Cubains désabusés, de même que les secteurs les plus lucides de l’appareil du pouvoir, seront plus réfractaires aux rances cantilènes du castrisme. Ils pourraient, au contraire, voir dans le durcissement de la politique américaine envers le régime castriste, non pas une odieuse intromission dans les affaires intérieures, mais une raison supplémentaire pour mettre en œuvre les réformes économiques et politiques dont leur pays a tant besoin.