Remaniement gouvernemental : à quoi rime-t-il ?

Après le départ de Valls, François Hollande promeut Bernard Cazeneuve et Bruno Leroux, dont on ne peut pas dire que le bilan soit fort brillant…

Par Éric Verhaeghe.

Remaniement gouvernemental ou armée mexicaine ?
By: Jean-Marc AyraultCC BY 2.0

Après le « remaniement gouvernemental », c’est-à-dire le remplacement de Manuel Valls par Bernard Cazeneuve, et le remplacement de Bernard Cazeneuve par Bruno Le Roux, on se demande quel projet va bien pouvoir occuper cette fine équipe jusqu’aux élections de mai. Ce n’est plus un gouvernement que le président de la République nomme, mais des maréchaux dans une armée mexicaine.

Le curieux choix de Bernard Cazeneuve

La nomination de Bernard Cazeneuve à Matignon est, en elle-même, un impressionnant message passé par François Hollande aux Français. Sous l’Ancien Régime, on aurait volontiers attribué seize quartiers de noblesse à l’intéressé, et on lui aurait trouvé des ancêtres au siège d’Antioche, dressés sur un superbe cheval – c’est bien connu, tous les Français ont, à un degré ou à un autre, un ancêtre qui a fait le siège d’Antioche, mais à pied. Cazeneuve, lui, est avant tout un proche de François Hollande. Ce brevet tient lieu de compétence dans la République nobiliaire, celle que Hollande a promise exemplaire.

Pour le reste, son bilan au ministère de l’Intérieur parle de lui-même. Après une série d’attentats commis pour la plupart par des terroristes répertoriés comme tels mais que plus personne ne surveillait, après des loupés qui lui valent des plaintes de la part des familles des victimes, Cazeneuve a affronté une grève perlée des policiers de base, excédés par l’incompétence de leur hiérarchie.

Face à ces belles réussites, le ministre de l’Intérieur était tout indiqué pour une promotion. Dans une démocratie comme la France (ou Cuba), c’est la règle de base. Dans des dictatures libérales comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, il aurait démissionné depuis longtemps.

Un bâton de maréchal pour Bruno Le Roux

Autre personnalité qui méritait bien une promotion : Bruno Le Roux. C’est vrai que le président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale ne peut en aucune manière être tenu pour responsable du désordre qui a caractérisé la majorité parlementaire pendant près de cinq ans. Et ce n’est évidemment pas le rôle d’un président de groupe que de garantir la fluidité des relations en son sein.

Sur ce point, personne ne peut reprocher à Bruno Le Roux d’avoir failli. Comme le rappelle le Lab d’Europe 1, l’impétrant se revendiquait d’ailleurs d’une philosophie tout à fait inspirée :

« Quand on sait qu’on peut utiliser le 49.3, ça force à entrer dans la vraie discussion. »

Cette pédagogie par la menace a brillamment porté ses fruits.

Sur le fond, on ne reprochera pas non plus au nouveau ministre de l’Intérieur un manque de professionnalisme dans ses anciennes fonctions. Par exemple, lorsque l’opposition parvient à voter la fin du prélèvement à la source, il y a une quinzaine de jours, on ne peut bien entendu pas reprocher au président du groupe socialiste son manque de vigilance.

Bref, Le Roux reçoit un bâton de maréchal qui récompense ses brillantes victoires sur le terrain…

Y a-t-il encore une politique à mener ?

Ce nouveau casting laisse donc espérer le meilleur, et même, en quelque sorte, une sortie en beauté pour François Hollande et son quinquennat. Mais, une fois le budget voté, à quoi vont bien pouvoir s’occuper les ministres du gouvernement ?

Certains feront manifestement campagne pour Manuel Valls. Ce sera par exemple le cas de Laurence Rossignol qui a annoncé son soutien à l’ex-Premier ministre. Mais certains risquent de trouver le temps long, et d’avoir le temps de s’inscrire dans un club de pétanque ou de vider leur compte en banque par excès de shopping à l’approche du printemps.

À moins qu’ils ne descendent faire campagne dans leur circonscription. Mais là encore l’impopularité du gouvernement est telle qu’on peut s’interroger sur les chances de succès d’un certain nombre de caciques. Certains ont d’ailleurs d’ores et déjà annoncé leur désistement.

Sur le fond, on voit mal quelle politique peut encore être menée d’ici à mai 2017.

Le triomphe ultime de l’immobilisme

Ce quinquennat se terminera donc dans l’esprit où il a commencé : par un immense éloge de l’immobilisme. En arrivant au pouvoir, Hollande avait en tête une politique économique simple pour retrouver l’équilibre budgétaire. Elle consistait à augmenter les impôts jusqu’à plus soif, et à ne toucher à rien en attendant que les beaux jours reviennent.

Les impôts augmentent moins, et plus discrètement. Et l’immobilisme triomphe.

  • Article publié sur Atlantico

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