L’Éducation nationale, cette immense machine à broyer

bureaucratie credits photking (licence creative commons)

Le témoignage d’un enseignant sur les pratiques pour le moins surprenantes de ses supérieurs…

Par Najat, professeur dans un lycée lyonnais.

L'éducation nationale, cette immense machine à broyer
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Chacun est persuadé que l’école va mal, mais la situation est pire encore que ce vous pouvez imaginer. Les parents d’élèves ne se rendent pas compte que cette structure est devenue une immense machine à broyer. Je relate ici deux événements récents vécus par des amies professeures.

Rassurez-vous c’est français, c’est la police française

Imaginez, vous êtes en train de faire cours un jour ordinaire et vous expliquez à vos élèves de 5ème les subtilités des théorèmes mathématiques. Soudain, débarquent dans votre classe deux inspecteurs qui entrent sans prévenir, s’installent au fond de la classe et auscultent tout ce que vous faites pendant le restant de l’heure.

Pendant que vous parlez, ils prennent les cahiers de vos élèves, ils les feuillettent, ils ouvrent les agendas, visiblement à la recherche de quelques propos subversifs.

En l’occurrence ici c’est la police de l’Éducation nationale qui est à la recherche des déviants.

La fin de l’heure, vous découvrez que tout votre établissement est inspecté et que deux autres inspecteurs viendront vous suivre dans vos autres cours, et cela pendant toute la matinée.

Votre tort ? Être un collège indépendant qui existe depuis maintenant depuis plus de dix ans. Or le gouvernement socialiste n’aime pas les écoles indépendantes qui ne suivent pas à la lettre les décrets de l’État. Donc il lance des campagnes d’inspection, envoyant des hordes d’inspecteurs traquer les dissidents de l’école. Ici, ce sont dix inspecteurs qui sont venus pour un collège qui compte quatre classes (une par niveau). Ils débarquent sans prévenir alors que normalement ils sont tenus de le faire.

Il est interdit de lire

Autre péripétie survenue cette fois à l’une de mes collègues professeures de français en 3ème dans un collège sous contrat d’association. Comme elle vient de se faire titulariser, après onze ans d’enseignement, elle a le privilège de se faire suivre par un inspecteur pendant toute l’année scolaire. Celui-ci vient la voir régulièrement pour s’assurer qu’elle respecte bien les normes du pédagogisme. Si ce n’est pas le cas, son concours interne ne sera pas validé et elle ne pourra pas être titularisée (et donc elle sera moins payée).

L’inspecteur vient au mois de novembre et lui demande combien de livres elle a fait lire à ses élèves. Ma collègue lui en annonce deux, avec un programme de lecture préparé pour le reste de l’année. Réponse de l’inspecteur : « Vous n’avez pas le droit de faire lire plus de deux livres à vos élèves. Il y a des établissements où on ne lit pas de livre. Si vous faites lire vos élèves, cela va créer une inégalité entre eux et les autres. Il est donc interdit de faire lire des livres. »

Propos véridiques : un professeur de français de classe de 3ème se voit interdire de faire lire des livres à ses élèves. Comme elle est courageuse, elle leur en fait toujours lire, mais en cachette, en leur disant bien qu’il ne faut surtout pas le dire à l’inspecteur quand il reviendra.

Voilà l’Éducation nationale de 2016.