Une Présidente Le Pen, le coup de grâce pour l’Europe ?

L’élection de Mme Le Pen en France pourrait constituer le coup de grâce de la vision de l’Europe qu’ont bâtie des générations de leaders politiques depuis les années 50.

Par Thierry Godefridi.

Une Présidente Le Pen, le coup de grâce pour l’Europe ?
By: Blandine Le CainCC BY 2.0

Gideon Rachman, l’auteur du livre Easternisation – War and Peace in the Asian Century auquel j’avais consacré mes trois derniers articles, revient dans un article publié cette semaine dans le Financial Times, sur le sort de l’Europe dans le monde après le vote sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne et avant une éventuelle élection de Mme Le Pen à la présidence de la République française.

Conséquences dramatiques pour l’Europe et le monde

melenchon-le-pen-rene-le-honzecUne telle élection emporterait, selon le spécialiste des Affaires étrangères au FT, des conséquences dramatiques à la fois pour l’Europe et pour le monde.

Au plan européen, l’Allemagne de Madame Merkel pourrait difficilement s’entendre avec Mme Le Pen même si, une fois élue, celle-ci amendait ses positions. Sans tenir compte de sa volonté d’extraire la France de l’euro et d’organiser un référendum sur l’appartenance de la France à l’Union européenne, la France et l’Allemagne se retrouveraient sur des trajectoires radicalement différentes ce qui, craint le journaliste du FT, exposerait l’Europe à la désintégration.

En outre, une victoire de la candidate nationaliste à l’élection présidentielle française signifierait que quatre des cinq sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies seraient occupés par des représentants de pays non démocratiques (Russie et Chine) et par ceux de démocraties présidées par des dirigeants populistes de droite (États-Unis et France), fait remarquer Rachman. En de telles circonstances, il est aisé d’imaginer que l’ordre légal mondial s’écroule.

Victoire incertaine de Marine Le Pen 

Les sondages (mais peut-on encore s’y fier ?) laissent présager que la victoire est loin d’être acquise à Mme Le Pen car, au contraire de Trump, le Front national fait partie du paysage politique français depuis des décennies et la mémoire du régime de Vichy des années 40 devrait avoir vacciné la France contre l’extrême-droite. Ceci étant, les résultats du référendum britannique et de l’élection américaine peuvent tout aussi bien avoir inhibé la répugnance d’une partie de l’électorat français à l’égard de la tentation populiste.

Les conditions objectives – sociales, économiques, politiques et internationales – pour se tourner vers un nationalisme autoritaire sont plus évidentes en France qu’elles ne l’étaient aux États-Unis, estime Rachman. « La France a subi des attaques terroristes sauvages de la part d’extrémistes islamistes.

De larges communautés musulmanes peu intégrées y vivent dans la plupart des grandes villes. Le chômage dépasse les 10% en moyenne. Et, surtout, l’establishment politique y est honni », relève le journaliste britannique, se référant aux 4% d’approbation dont jouit le titulaire actuel de la charge présidentielle.

Les Brexiters favorables à Le Pen

De l’autre côté de la Manche, certains membres du gouvernement britannique pourraient se réjouir d’une victoire de l’extrême-droite en France. L’actuel ministre britannique des Affaires étrangères, l’ineffable Boris Johnson, par exemple, avait salué l’opportunité que présentait l’élection de Donald Trump, lequel avait affiché son soutien au Brexit.

Alors que le gouvernement français actuel entend faire payer le prix fort au Royaume-Uni pour sa sortie de l’Union européenne, Mme Le Pen a applaudi la décision britannique de quitter l’Union européenne. L’accession de la candidate du FN à la présidence de la République française résoudrait le problème du Brexit dès lors que l’Union européenne cesserait d’exister.

Des têtes plus sobres, à Londres et ailleurs, se tournent vers Mme Merkel, qui a annoncé sa décision de briguer un nouveau mandat, comme ultime espoir de préserver la stabilité européenne. Mais, avec une Russie hostile à l’est, un Moyen Orient embrasé au sud, un Trump qui s’est montré ouvertement méprisant à son égard à la présidence des États-Unis, sans évoquer la méfiance des gouvernements du sud de l’Europe en raison de la crise financière et la problématique des flux migratoires, les défis auxquels la chancelière allemande sera confrontée sont véritablement titanesques. L’élection de Mme Le Pen en France pourrait, conclut Gideon Rachman, constituer le coup de grâce de la vision de l’Europe qu’ont bâtie des générations de leaders politiques depuis les années 50.

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