Trump victorieux : cinglante défaite de l’establishment journalistique

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

La victoire de Trump est aussi la défaite planétaire des journalistes, qui n’ont rien vu venir.

Trump victorieux : cinglante défaite de l'establishment journalistique
Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Lorsque vous vous appliquez à l’analyse, il est impérieux, pour que votre boussole vous dirige dans la bonne direction, que vous ne laissiez pas vos émotions et vos préférences infléchir votre jugement, essentiel à la calibration des facteurs qui vous permettront de structurer le corpus de ce que vous voulez mettre en évidence.

Ainsi lorsque l’analyste devient tellement prisonnier de ses émotions et de ses préférences qu’elles se retrouvent clairement dans le contenu éditorial de ses interventions, orales ou écrites, il échoue dans son travail en abimant l’analyse, pourtant essentielle à une bonne compréhension des enjeux.

Absence de capacité d’analyse

Cette absence totale de capacité d’analyse a été évidente du moment où Donald Trump, le 16 juin 2015, a déclaré sa candidature à l’investiture républicaine, jusqu’à sa victoire convaincante du 8 novembre

Aussitôt lancée, la candidature du milliardaire avait été accueillie dans les médias par des caricatures de clowns et par des haussements d’épaules des autres candidats à l’investiture républicaine qui n’ont pas vu en lui un rival sérieux.

Même si Donald Trump a su incarner le sentiment d’aliénation de beaucoup d’Américains en s’en prenant à l’immigration illégale, l’accueil des réfugiés musulmans et à la saignée des emplois attribuée à l’accord de libre-échange nord-américain et au commerce avec la Chine, ses diagnostics ont vite été attribués à un mélange de protectionnisme et de xénophobie, des perceptions qu’il a lui-même alimentées par plusieurs affirmations excessives.

Mais Donald Trump avait frappé dans le mille. Et il a continué de marteler ces thèmes pour défaire un à un tous ses rivaux à l’investiture républicaine.

Et les mêmes analystes qui prédisaient que le milliardaire allait s’effondrer contre des adversaires politiques républicains, bien au fait des rouages de l’organisation des campagnes électorales, nous ont certifié que le milliardaire allait s’écraser contre la politicienne aguerrie Hillary Clinton.

Toute la journée du 8 novembre, à la chaîne d’information continue CNN, journalistes et analystes nous ont expliqué en détail les raisons de la défaite à venir — sondages à l’appui — de Donald Trump aux mains d’Hillary Clinton : sa manière de traiter les femmes, ses propos sur l’immigration musulmane, sa dénonciation des Latinos sans-papiers, ses contre-performances aux débats à la présidence…

Tous ces facteurs étaient soulignés avec extraits vidéos à l’appui… jusqu’au dépouillement des votes.

C’est alors que des journalistes et des commentateurs ébahis se sont mis à se déclarer complètement abasourdis par la performance de Donald Trump. qui a pris les devants dans des États cruciaux dès le dépouillement des première boîtes de scrutins.

Les journalistes de CNN étaient tellement dépités de voir Trump triompher qu’ils ont passé d’interminables moments en ondes à chercher à l’écran sur des tableaux électroniques des poches de résistances dans les États où Trump était en avance…

Les journalistes de CNN n’étaient pas les seuls à être déçus. On peut parler d’une défaite journalistique planétaire. Qui devient d’autant plus douloureuse quand on inclut les commentateurs maintenant en déficit de crédibilité pour avoir comparé subtilement, ont-ils cru, Donald Trump à Adolf Hitler.

Lorsque j’ai demandé à l’un de mes collègues journaliste s’il suivait l’élection à la télé, il m’a répondu qu’il était complètement déprimé et qu’il allait se coucher. Il écrira sur la défaite de Clinton (pas la victoire de Trump) au cours des prochains jours… et il ne s’agira pas d’une analyse, mais bien d’une tapisserie d’émotions dissimulée par d’excellentes tournures de phrases.