Élection américaine : Trump est élu, et maintenant ?

Publié Par h16, le dans Politique

Par h16

Ainsi donc, contre toute attente (et comme je l’avais envisagé), Trump est élu. La stupéfaction de certains médias, rageusement acquis à la cause de Clinton, fait d’autant plus plaisir à voir qu’ils avaient pratiqué sans la moindre retenue le biais le plus grossier en faveur de leur candidate. Et imaginer Hollande devant serrer la main du nouveau président américain promet sa dose de LOL. Mais au-delà de cette petite réjouissance fugace, à quoi peut-on maintenant s’attendre ?

Disons les choses clairement : le pays dont hérite Trump n’est pas au mieux de sa forme.

Pour commencer, le bilan de l’administration Obama est tout sauf reluisant. La nouvelle couverture de santé, l’Obamacare, est, de l’aveu d’un nombre grandissant d’acteurs de tous bords, une catastrophe dont les coûts ne cessent d’exploser. Sur le plan militaire, Obama, tout bardé de son Nobel de la Paix, aura été l’un des présidents américains les plus belliciste et celui qui aura fait tuer le plus grand nombre de personnes, avec ou sans mandat de l’ONU, comme l’ont tristement rappelé les Drone Papers. Enfin, sur le plan économique, aucun des bidouillages éhontés des principaux indicateurs n’a réussi à camoufler des États-Unis en très petite forme.

Les données ne sont pas bonnes : la dette n’a cessé d’augmenter dans des proportions stratosphériques et la proportion de chômeurs ou de défaut de paiement des différents crédits (immobiliers, à la consommation, étudiants…) continue de grimper. En outre, les marchés sont maintenant plongés dans l’incertitude. Si, avec Clinton, ils pouvaient espérer la continuité des tendances impulsées par l’administration Obama (un taux directeur ridiculement bas, un tripatouillage incessant de la Fed dans les affaires financières du pays, par exemple), Trump leur offre l’inconnu ce qui ne manquera pas de les rendre extrêmement nerveux.

De la même façon que le Brexit s’était traduit par une volée de bois vert sur la Livre anglaise, on peut s’attendre à des mouvements violents sur les marchés. Certaines institutions financières, fragilisées par des années de crise et de mauvaise gestion, résisteront-elles ou au contraire, feront-elles faillite avec perte et fracas, faisant courir le risque d’un petit moment Lehman à toute la bourse ? Gageons que cette déconfiture serait tartinée avec gourmandise par les Démocrates et l’écrasante majorité des médias qui y verraient le signe certain que Trump n’est pas apte à diriger la première puissance mondiale…

donald-trump

Sur le plan géopolitique, les États-Unis sont embourbés dans des relations délicates avec la Russie et la Chine. La question syrienne est au centre des préoccupations européennes et américaines, et n’occulte que difficilement les tensions accrue en Mer de Chine. Enfin, l’arrivée au pouvoir de Trump ne permet de voir clairement ce que les États-Unis feront vis-à-vis de l’Arabie Saoudite ou du Qatar alors que les dernières révélations de Wikileaks prouvent, sans le moindre doute, la collusion d’une partie de l’administration précédente avec ces royaumes, eux-mêmes manifestement liés au financement de groupes terroristes. Et si la dépendance américaine au pétrole reste forte, celle aux producteurs du Moyen-Orient a, elle, considérablement diminué. Difficile de savoir ce que Donald Trump fera sur ces questions…

Mais de loin, le plus préoccupant sera la politique intérieure. Non seulement, la politique extérieure est épineuse, non seulement l’économie n’est décidément pas au beau fixe et la finance montre des signes de nervosité extrême, mais en plus le nouveau président va devoir gérer un pays profondément divisé suite à une élection présidentielle particulièrement bas de gamme où aucun échange de coup n’aura été retenu. À ce sujet, on peut d’ores et déjà prévoir un retour de bâton très douloureux pour ces médias et ces instituts de sondage qui n’auront finalement pas pu, malgré les moyens énormes qu’ils ont mis en place, éviter la déroute du clan Clinton ; tout cet argent qui n’aura pas permis d’orienter (lire « influencer ») le peuple pour le Camp du Bien, c’est fort gênant et les petites larmes des journalistes ne compenseront pas. Pire, ces médias n’ont jamais été à la hauteur des enjeux en cantonnant la campagne à une question de personne au lieu de forcer les candidats à débattre des questions de fond, essentielles à l’avenir du pays.

Je doute en effet qu’un mur entre les États-Unis et le Mexique résolve quelque problème migratoire que ce soit. Je doute qu’on trouve dans les phrases décousues et les coqs-à-l-âne enfilés comme des perles par le bouillonnant candidat le moindre programme politique ou économique viable. Mais Trump est loin d’être un imbécile, n’en déplaise aux médias friands de caricatures grossières. Il va devoir s’entourer et son passé, jalonné de beaucoup plus de succès que d’échecs, montre qu’il sait le faire et sait diriger des équipes lorsqu’il s’est fixé un but clair (et cette élection présidentielle à l’arrachée le montre mieux encore que ses millions de dollars amassés dans l’immobilier).

Cependant, à la différence de Reagan qui pouvait faire valoir une certaine culture économique classique (il avait même lu Bastiat, par exemple), Trump a malheureusement démontré dans ses saillies oratoires qu’il était plutôt interventionniste et pas franchement libéral.

D’un côté, il préconise ainsi de couper franchement certains impôts, ce qui est une excellente chose, mais ne met pas en face de coupes dans les dépenses pourtant gargantuesques de l’État fédéral (dans la défense notamment). Dès lors, la dette et l’extension de l’État américain, omniprésent, risquent bien de se poursuivre. Or, ce n’est vraiment pas de ça dont le pays a besoin.

En outre, le protectionnisme que Trump compte mettre en place (vis-à-vis des Chinois par exemple) pourrait s’avérer extrêmement coûteux pour les Américains, d’autant que cette option économique n’est finalement jamais bénéfique pour personne (et Bastiat, justement, l’a amplement prouvé en son temps).

En réalité, il faudra bien plus que des conseillers affûtés et des équipes taillées au cordeau pour redresser la barre ou, comme le voulait son slogan de campagne, « make America great again », d’autant que, tout comme pendant la campagne, Trump devra lutter systématiquement contre l’establishment financier et médiatique, farouchement opposés à son mandat, pour chacune de ses décisions, et ce en surcroît des bâtons politiques que les Démocrates s’empresseront de lui jeter dans les roues.

D’autant que ces manœuvres politiciennes risquent fort de prendre place sur fond de scandales et de révélations tonitruantes sur le clan Clinton, de plus en plus visiblement mouillé dans un nombre invraisemblables d’affaires louches (l’état de santé d’Hillary, jusque là flamboyant de solidité, sera-t-il son ultime joker pour éviter la prison ?).

Difficile, très difficile, dans ces conditions économiques, politiques et internationales de mener à bien des projets d’envergure, sans parler en plus du projet idiot de mur frontalier. De ce point de vue, les tâches qui s’amoncellent devant le nouveau président s’annoncent herculéennes.

On ne peut que, sans trop y croire, lui souhaiter bonne chance.

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Sur le web

  1. Pour abonder dans le sens de « Mais Trump est loin d’être un imbécile, n’en déplaise aux médias friands de caricatures grossières », son discours juste après le résultat a été plutot modéré et rassembleur.

    1. Parfaitement, ce n’est pas un imbecile. Seul sa communication vise à embrasser l’imbécilité de l’américain de base. Reagan, bush, Trump, la longue descente au enfer des conservateurs vers la stratégie de communication qui consiste à « plaire au gros bof de base » quand les progressistes font de plus en plus dans le politiquement correct. Remarque chez nous c’est pareil, quoique plus sournois.

      On peut tout à fait dire qu’on peut faire une politique relance de grands travaux tout en baissant les impôts, alors que la dette est à 105% du PIB. Plus c’est gros, plus ça passe.

      Bref, vivement que cette vague de démaguo arrive au pouvoir : soit ils ne feront rien et passeront pour des couilles molles, soit ils mettront leur pays dans la merde, et après ont pourra passer à autre chose de plus intéressant.

  2. Trump est un démagogue, dans le sens où, durant toute la campagne, il a dit ce que les gens veulent entendre :
    « L’immigration venant d’Amérique Latine nous rend anxieux.
    – Construisons un mur
    – Les Chinois nous concurrencent économiquement
    – Protectionnisme »
    etc.
    C’est ce qui crée de l’instabilité et affole les marchés, car personne ne sait pour l’instant si Trump tentera réellement de mettre en œuvre la moitié de des promesses.

    De toute manière, le point fort de la Constitution américaine a toujours été l’équilibre efficace et la séparation nette de ses branches du pouvoir, qui manque cruellement en France. Tout comme Obama, qui promettait « un changement auquel on pouvait croire », et s’est heurté au Congrès et à la Cour Suprême, Trump devra d’abord passer ces deux barrières, s’il lui vient l’idée de mettre en œuvre les parties les plus fantasques de sa plate-forme. Quand à Mike Pence, son pouvoir actuel est quasi-nul, même s’il faut quand même se méfier des luttes d’influence (cf. Dick Cheney lors de la présidence Bush).

    De la même manière, n’oublions pas qu’aux États-Unis, ce sont les représentants du peuple qui peuvent déchoir le chef de la branche exécutive, et non l’inverse, comme un certain pays dont je ne citerai pas le nom, mais que vous aurez déjà identifié.

    Je pense que beaucoup de français voient cette élection à l’aune d’une élection présidentielle française, où une personne de l’acabit de Trump ferait effectivement des dommages irrémédiables s’il s’avérait instable ou inepte à sa fonction. Enfin, l’endommagerait plus que maintenant, je veux dire.

  3. Tout cela me semble un peu négatif bien que je vous l’accorde la situation n’est pas flamboyante, laissons à M. Trump le temps de prendre ses marques car au final il sera difficile d’être plus mauvais que ses prédécesseurs.

    1. @MGF on disait pareil de F. Hollande apres N. Sarkosy … :/

      1. Pas vraiment.
        Les gens bien informés savaient parfaitement que ce serait une catastrophe. Capitaine de pédalo a été imaginé bien avant.
        Il a juste été encore pire que toutes les prévisions et son équipe l’a épaulé avec une constance rarement égalée dans la nullité.

  4. sans parler en plus du projet idiot de mur frontalier.

    Comme c’est particulièrement idiot, gageons que ses excellents conseillers, dont il aura su s’entourer, sauront lui préconiser des solutions moins couteuses et plus réalistes. De même pour le reste.

    Sans les Chicanos, Las Vegas n’existerait pas. Qui d’autre voudrait travailler par 40C à l’ombre ❓ La réalité le rattrapera bien un jour s’il s’obstine.

    1. @ MichelC

      Comme vous le dites justement:
      – Ce sont les USA qui seraient la 1ière puissance mondiale, pas son président: ce n’est pas un « dictateur »: au congrès ou même dans son « administration », ses « caprices potentiels » ne seront pas d’application, immédiatement!
      – J’ai de la peine à croire un mot de ses « outrances » de campagne! On ne « réussit » comme il l’a fait en étant « bête » ou « fou »! Il a atteint son but: « réussir »! Et même si il semble être un grand « bosseur », dans ce milieu, nouveau pour lui, il sera très utile de voir l’entourage qu’il va se choisir, car je le vois plus en « Chef » (incontestablement) mais d’une équipe, donc en Coach, aussi!
      – « h16 » s’inquiète de l’instabilité des marchés: pourtant les bourses restent calmes et ont déjà corrigé la période (haÏe) de l’incertitude. Il semble bien que beaucoup de riches et de très riches ont voté pour lui! Il est plus crédible quand il veut baisser les impôts, des entreprises, bien sûr: il en aura besoin pour atteindre ses 20 millions de nouveaux emplois (???), des particuliers, ensuite! Cela, ça ne se refuse pas! Par contre il a dit être opposé (logiquement au TTIP!

      Mais surtout, il faut savoir « attendre et voir »! Et si une leçon est à retenir de ce scrutin, c’est bien que l’avenir n’est pas certain: ce sont bien les média, les sondeurs, les « experts » et autres prévisionnistes qui sont les vrais grands battus dans ces élections! Donc ne faisons pas comme eux !!! Ce ne srait certainement ni crédible ni sérieux! Car enfin, il avait, en réalité, 1 chance sur 2 d’être élu, ça c’était « statistique », le reste était bien plus contingent, voire subjectif … non?

  5. Les journalistes restent entre-eux et sont persuadés qu’ils représentent l’Amérique. S’ils avaient fait l’effort d’aller dans un bar et écouter les gens parler d’assurance santé qu’ils ne peuvent plus s’offrir, de niveau de vie qui se dégrade et d’autres sujets de ce genre, y compris chez les femmes qui étaient soit-disant acquises à Clinton, ils auraient vu le coup venir ou du moins, l’hypothèse aurait été envisagée.

    Je vais être moins sévère avec les sondeurs américains qui n’ont pas l’habitude de devoir gérer un « vote honteux » comme leurs homologues français avec le FN, plus particulièrement à l’époque de Jean-Marie.

    1. Certains sondeurs, peu nombreux, ont parfaitement anticipé la victoire de Trump depuis plusieurs semaines, marge d’erreur comprise. Mais cela nécessitait de faire son travail avec objectivité et sérieux et non avec un biais idéologique pour tenter d’influencer le vote.

  6. Chapeau à h16 d’avoir prédit la victoire de Trump. Perso j’ai rien vu venir. Après le troisième débat j’ai perdu le peu d’intérêt que j’avais pour l’élection, persuadé que Clinton avait déjà gagné et que tout nouveau rebondissement n’était qu’une manière de faire durer le suspens…

    1. C’était bien le but des medias et des sondages orientés : démobiliser l’électeur antagoniste
      Si vous pensez que c’est plié avant d’aller voter vous ne vous déplacez même pas
      Heureusement, sur les réseaux sociaux et les blogs influents c’était un tout autre discours

    2. Il faut rendre justice à « h16 »: il ne « prédisait pas »! Son texte:

      « la structure des paris chez les bookmakers anglais et américains donne à réfléchir, avec 71% de l’argent misé sur une victoire de Clinton, mais avec, en nombre, une large majorité (65%) de paris pro-Trump. En conséquence de ces éléments, je ferai une prévision, relativement périlleuse (soyons joueur), celle que Trump sera élu. J’ai, bien sûr, de gros risques de me planter en faisant un tel pari et si c’est le cas, je le reconnaîtrais d’autant plus aisément que ni Trump, ni Clinton ne représentent une quelconque victoire pour qui que ce soit, ni ici, ni Outre-Atlantique. »

      De même, je crois que si les médias peuvent se ressembler dans leur subjectivité partisane, il n’y a guère beaucoup plus de points de comparaison entre les U.S.A. et la France! Les pays, leurs régimes, leurs élections mais aussi les gens, l’organisation, la langue, la culture, la « philosophie » etc …: très peu de choses sont comparables!; ce serait plutôt l’inverse!

  7. Le choix était entre un clown comme Trump ou une folle corrompue comme Clinton.Les USA ont choisi de rire pendant 4ans…Bon si Mr Trump nomme des fous à la cour suprême ça sera ,moins drôle…

    1. h16h16 Auteur de l’article

      Vu les noms qu’il a déjà listés, ce ne sera pas le cas.

  8. Ce qui est comique, c’est que les mêmes qui s’horrifient pour la victoire de Trump l’auraient soutenus s’il avait été du Parti Démocrate, ce qu’il a été à plusieurs reprises.

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