Altermondialistes : au secours, ils sont partout !

De la Wallonie qui refuse le CETA au gouvernement français qui s’oppose au TTIP, en passant par Trump et Clinton qui refusent un traité avec l’Asie : les altermondialistes sont partout. N’est-il pas grand temps d’adapter la politique à la mondialisation ?

Par Guy Sorman.

Altermondialistes : ils sont partout !
Fair trade Not free trade By: Billie GreenwoodCC BY 2.0

Depuis sept ans, les représentants légitimes de l’Union européenne négocient avec le Canada un traité de libre échange qui devait être signé le 27 octobre. Il ne le fut pas. La région de Wallonie s’y est opposée avant de céder aux pressions du gouvernement belge. On a découvert en cette circonstance que pareil traité nécessitait l’unanimité des pays membres de l’Union. Voici qui démontre que l’Europe n’est encore qu’une collection d’États.

Altermondialistes : l’exemple wallon

Il n’empêche que cette unanimité semblait acquise jusqu’à ce que l’on découvre – y compris parmi les gouvernements – que la Belgique ne peut parapher un accord international sans l’unanimité des entités qui la composent. L’Europe n’existe donc pas encore, mais la Belgique n’existe plus tout à fait.

Les raisons officielles avancées par les dirigeants wallons étaient de mauvaise foi. Ils prétendaient que ce traité souffrirait d’un manque de clarté démocratique et que dès l’instant où le mini Parlement wallon s’y opposait, nul ne saurait passer outre. On souligne peu que l’objet principal de ces traités, si longs à négocier, est de protéger les consommateurs et les règlements locaux.

En réalité, la Wallonie est l’otage d’un parti socialiste archaïque, protectionniste, anticapitaliste. Ce dont l’économie wallonne crève lentement, à l’inverse des autres régions belges plus libérales et plus prospères. Par-delà cette méfiance toute idéologique envers le libre échange et la mondialisation, on décèle l’influence décisive sur le refus wallon du lobby des éleveurs de bovins et de producteurs de lait. Ceux-ci craignent la concurrence canadienne et de devoir s’y adapter.

Que la concurrence et l’adaptation soient les moteurs de la croissance et de l’emploi, le lobby des vaches francophones de Wallonie ne veut pas l’entendre. Mieux vaut, n’est-ce-pas, rester entre soi à vivre de ses rentes, au détriment du reste de la population !

Des altermondialistes en France et aux États-Unis

Par-delà la vache wallonne, certains commentateurs perçoivent un mouvement plus général, global, de dé-mondialisation. Ainsi, le gouvernement français, cédant à la pression de l’extrême gauche et de l’extrême droite, toutes deux antimondialistes, ou « altermondialistes », s’oppose-t-il à la ratification d’un traité de libre échange entre l’Europe et les États-Unis.

Et aux États-Unis, Hillary Clinton et Donald Trump font tous deux campagne, à des degrés d’intensité différente, contre un traité de libre échange avec l’Asie. Trump, évidemment excessif, annonce qu’il annulerait d’un trait de plume l’accord de libre échange dit ALENA (NAFTA en anglais), entre Mexique, États-Unis et Canada. Dans ce mouvement de rétractation nationale, qui affecte l’Occident mais pas l’Asie, ni l’Amérique latine ni l’Afrique, comment faire le partage entre la démagogie et l’ignorance ?

La dé-mondialisation française, belge, britannique, américaine est clairement un argument de campagne électorale. Pourquoi une partie de la population s’y rallie-t-elle ? La raison est bien connue des économistes : le progrès qu’apporte le libre échange – les économistes sont unanimes sur cet avantage – est global, et en moyenne. Avec le progrès scientifique, il est le principal facteur de croissance mondiale depuis deux siècles. Toute nation isolée reste pauvre, toute nation ouverte s’enrichit. En moyenne.

Ce qui implique que certains, à un moment donné, profitent de la mondialisation plus que d’autres : la science économique est efficace, elle n’est pas morale ni égalitaire en soi. Il est donc aisé, par la focalisation médiatique et politique, de mettre en exergue les « victimes » supposées de la mondialisation et de ne pas en montrer les bénéficiaires diffus. Les discours altermondialistes sont fondés sur cette asymétrie : la vache wallonne, photogénique, facile à identifier, est enrichie de références à un pseudo âge d’or de la Wallonie fertile.

Les gouvernements doivent s’adapter

Devrait-on craindre un effet domino avec un risque d’effondrement du commerce international ? L’effet quasi instantané serait une baisse massive de la croissance et une hausse spectaculaire des prix à la consommation. Imagine-t-on un ordinateur ou un téléphone portable hors mondialisation ? Je ne doute pas que, tôt ou tard, les consommateurs réagiraient contre les lobbies antimondialistes.

Mais il reste aux gouvernants d’adapter au plus vite les politiques sociales aux effets de la mondialisation. Actuellement, les aides sont saupoudrées indistinctement et les politiques dites « industrielles » volent toujours au secours des entreprises archaïques menacées par la mondialisation, alors qu’il ne faudrait qu’aider entrepreneurs et salariés à se reconvertir.

Les économistes, quand ils s’expriment sur la place publique, pourraient s’abstraire de leurs manies universitaires. Ils pourraient, dans un langage clair, faire progresser la connaissance populaire de l’économie réelle. Trop souvent, ceux qui nous parlent d’économie sont des commentateurs pétris d’idéologie politique et pas des savants. Il ne s’agit pas là de vœux pieux et vagues recommandations, mais d’une alerte au feu : comme le Brexit le prouve, il est aisé de détruire les acquis de la mondialisation et c’est alors toute une affaire que de restaurer l’échange qui nous fait tant progresser.

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