Cette administration qui étouffe les Français

« Arrêtez donc d’emmerder les Français », disait Pompidou. C’était il y a quarante ans. Force est de constater qu’on n’a pas vraiment cessé de leur faire subir de nouvelles lois.

Par Bernard Zimmern.

Cette administration qui étouffe les Français
Stress By: Bernard GoldbachCC BY 2.0

Le micromanagement administratif par nos fonctionnaires s’étend au contenu des crêpes délivrées par les buvettes. C’est la surprise du week-end : plus de crêpe-Madame (avec un œuf) à la buvette d’un grand parc de l’ouest parisien, plus de chocolat chaud non plus.

L’administration intervient dans les menus

Une autorité administrative a décrété que sans frigidaire, même quand œufs et bouteilles de lait sont apportés le matin, il n’était plus possible de les servir.

C’est il y a quarante ans que Pompidou a dit : « Arrêtez donc d’emmerder les Français ». Depuis, nous avons fait d’énormes progrès.

Un haut-lieu de la simplification administrative se trouve sur la revue Le Particulier. Chaque livraison apporte son contingent d’horreurs.

L’administration harcèle les loueurs

Si vous êtes loueurs de logements nus ou meublés, vous aurez à fournir deux nouveaux diagnostics immobiliers de gaz et d’électricité aux locataires (deux décrets : 2016-1104 et 1105 du 11 août 2016) et, distinguez bien, à partir du 1er janvier 2017 dans les immeubles collectifs, mais seulement le 1er janvier 2018 pour les autres.

Obligation pour les syndicats de copropriétaires de s’immatriculer sur un registre national. Ce registre doit recenser les informations financières des copropriétés : montant du budget prévisionnel et des impayés, entre autres, et des données relatives aux bâtiments tels qu’étiquette énergie, nombre d’ascenseurs.

Pour rassurer tout le monde, un arrêté doit apporter les dernières précisions.

L’économie collaborative n’échappe pas à l’administration

numerisation_20161008-6Taxation des revenus issus de l’économie collaborative comme Airbnb, qui doivent être déclarés. Par contre, si vous faites du covoiturage, rien à déclarer si vous vous contentez de partager vos frais. Mais seuls les coûts liés au déplacement (carburant, péages) peuvent être partagés ; les coûts de remplacement de vos essuie-glaces ou les coûts d’achat du véhicule ne peuvent être pris en compte. Il faut être précis.

Depuis le 1er août 2016, les nouveaux plafonds de loyers applicables à Paris sont entrés en vigueur et les véhicules immatriculés avant 1997 ne peuvent plus circuler en semaine entre 8 heures et 20 heures sans risquer d’être verbalisés de 35 €.

Même Thierry Mandon, ministre de la Simplification, a abandonné.

L’actuel Premier ministre d’Australie, qui était ministre dans un précédent gouvernement, aurait fait annuler des centaines de lois.

Ronald Reagan avait nommé une commission, dirigée par le créateur et dirigeant d’une des plus grandes firmes de l’époque, J. Peter Grace, membre du parti démocrate, pour lutter contre les fraudes et abus de l’administration, et simplifier.

Mais ces deux pays n’ont pas d’École Nationale d’Administration pour attirer les meilleurs de chaque génération dans le contrôle et la réglementation plutôt que dans la création d’entreprises et d’emplois. Ils se trouvent administrés par seulement 12 à 15% de la population active, pas 25% comme en France.

« Arrêtez donc d’emmerder les Français ! »

Entre les membres du Conseil d’État en exercice qui attendent le prochain gouvernement pour avoir enfin des responsabilités dans des cabinets ministériels dignes de leur valeur, et les 30 à 40% de fonctionnaires qui, dans les fonctions publiques locales ou de la Sécu ou de l’État, n’ont rien à faire et sont mis en maladie de longue durée pour dépression pour certains, nous débordons d’administratifs qui n’ont rien d’autre à faire que d’emmerder d’autres Français.

Il serait temps qu’un nouveau gouvernement donne un coup d’accélérateur à la création d’entreprises et d’emplois sans lesquels nous allons continuer à produire des fonctionnaires et des impôts.

Et que nous commencions à faire entrer dans les cabinets ministériels des créateurs ou anciens créateurs d’entreprises qui stopperont la diarrhée administrative dont nous souffrons, et qu’ils fassent comprendre aux fonctionnaires en place que notre urgence la plus grande est de libérer les énergies de ceux qui veulent travailler et créer, en supprimant une réglementation qui les étouffe.

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