Patrick Buisson, bon client des médias de gauche

À l’occasion de la sortie d’un livre de Patrick Buisson, l’ancien conseiller du président Sarkozy, la classe journalistique est en émoi. Mais Buisson est-il véritablement le faiseur de roi qu’on décrit régulièrement dans les journaux ?

Par Frédéric Mas.

La gauche éprouve une certaine fascination pour Patrick Buisson, l’ancien conseiller du président Sarkozy. Pour cela, il suffit de lire ce qu’en dit Ariane Chemin dans Le Un daté du 28 septembre : présenté comme « redoutable » et comme un « mauvais génie » dont l’ombre planerait sur la droite française, Patrick Buisson incarne jusqu’à la caricature cette extrême droite fantasmée par l’antifascisme de pacotille type SOS racisme. En termes plus terre à terre, c’est, pour la gauche, un « bon client » : il incarne à la perfection l’infiltration de l’extrême droite au sein de la droite modérée.

Certains en sont venus à lui prêter des pouvoirs quasiment magiques en matière de prédictions sondagières et de communication politique, à commencer par Sarkozy lui-même. D’autres mauvais esprits pourraient s’empresser d’ajouter que c’est le minimum, quand on s’intéresse aux tarifs pratiqués par la société de sondage de M. Buisson, payés par le contribuable, pour satisfaire les désirs de Nicolas Sarkozy.

Buisson, « père-la-victoire » du sarkozysme ?

On avait crédité les affiches de campagne de J. Séguéla de la victoire de François Mitterrand en 1981, le discours d’Henri Guaino sur la fracture sociale de celle de Chirac en 1995. Maintenant, c’est Patrick Buisson qui aurait fait élire Nicolas Sarkozy en 2007, lui soufflant ses thèmes les plus marqués à droite.

Seulement, c’est aussi sur ces thèmes qu’il a réussi à être battu en 2012. Ce thème de l’identité nationale a suffisamment clivé l’électorat du centre et de gauche pour lui faire barrage. Prendre donc les convictions personnelles de M. Buisson pour un juge infaillible des attentes de la droite française relève au pire de la naïveté, au mieux d’une certaine illusion rétrospective sur la manière dont le candidat Sarkozy a remporté l’élection de 2007.

La très classique élection de M. Sarkozy

buisson2Seulement, on oublie que la campagne de la droite en 2007 s’est faite en accordant plusieurs discours à des publics différents, suivant en cela une tactique éprouvée en politique, celle d’un catch all party traditionnel. Sarkozy, en occupant l’espace médiatique, l’avait saturé de messages certes à l’adresse de la droite de la droite, mais aussi du centre, des libéraux modérés (le fameux « travailler plus pour gagner plus », ou encore le bouclier fiscal) et même de la gauche.

Rappel : une fois élu, le premier geste du président fut de rassembler autour de lui un gouvernement d’ouverture, accueillant autant des gens venus de la gauche que des médias.

Croire que réunir autour de la droite de la droite, des thèmes de la manif pour tous ou de l’identité nationale puisse rassembler au-delà du tout petit cénacle des militants convaincus, est plus révélateur des biais cognitifs de l’observateur que de l’objet observé, à savoir les transformations sociologiques et politiques de l’électorat de droite en 2016. Rappelons qu’aucun candidat aux primaires n’a repris les revendications de la MPT (à l’exception de M. Poisson), que Sens commun, le courant conservateur interne à l’UMP, est fantomatique. Ajoutons que le phénomène de rejet de l’équipe dirigeante antérieure a aussi joué, au même titre que les stratégies obliques des conseillers en communication. En 2007, Sarkozy réussit le tour de force d’apparaître comme un rénovateur dynamique face à une Ségolène Royal inexistante.

Buisson tout-puissant

Les journalistes politiques rêvent d’éminences grises aux plans qui se déroulent sans accroc et capables d’anticiper les évolutions de l’électorat pour mieux le manipuler. Le spin doctor est au journaliste politique ce que John Galt est à Atlas Shruggled : une sorte de héros génial qui se suffit à lui-même, comme libéré des contraintes de la temporalité et de la contingence. Patrick Buisson est sans doute un homme intelligent, aux convictions fortes voire tranchées et qui sait tirer dans le sens du vent, mais il ne peut seul expliquer la victoire de Sarkozy en 2007, ni sa défaite en 2012.

Il y a dans ce fétichisme journalistique autour de la personne de Patrick Buisson la démonstration d’un puissant biais de confirmation. Puisque les thèmes du débat public d’aujourd’hui ressemblent peu ou prou à ceux abordés par M. Buisson, alors voilà confirmée sa stratégie de « droitisation » de l’appareil UMP, ce qui convient autant à ceux qui font de Sarkozy le faux nez du FN qu’à ceux qui défendent ladite droitisation. Mais dans les deux cas, l’analyse est incomplète.