Caroline Fourest face à Aymeric Caron : pas de diffamation

By: Jérôme Choain - CC BY 2.0

Le 31 août 2016 Caroline Fourest a publié un extrait de l'arrêt l'innocentant dans "l'Affaire Bentot", malgré les accusations de "mensonge" proférées par Laurent Ruquier et Aymeric Caron. Retour sur la polémique Caron-Fourest.

Par Lyvann Vaté.

Caroline Fourest face à Caron : pas de diffamation
By: Jérôme ChoainCC BY 2.0

Accusée publiquement d’avoir menti en mai 2015 sur le plateau de Laurent Ruquier à propos d’une affaire dans laquelle elle était accusée de diffamation, Caroline Fourest a publié il y a quelques jours la copie d’un document de la Cour d’appel de Paris qui a enfin statué, et lui donne raison.

C’est une polémique qui n’en finit plus. Elle a commencé quand la controversée et très médiatique Caroline Fourest fut invitée sur le plateau de France 2 au printemps 2015.

Elle qui travailla à Charlie Hebdo pendant de nombreuses années et qui vécut l’affaire des caricatures venait promouvoir son livre, écrit suite aux attentats de janvier 2015 : Éloge du blasphème (Grasset). L’échange entre Caroline Fourest et le chroniqueur Aymeric Caron fut vif, voire violent : l’essayiste s’est emportée et a insulté le journaliste. La polémique avait duré plusieurs jours et avait fait grand bruit.

L’affaire Bentot et Caroline Fourest

L’objet du litige portait sur le procès dit de l’affaire Bentot : après que Mme Fourest avait, dans une chronique sur France Culture, évoqué l’agression d’une jeune femme voilée, le père de celle-ci avait accusé Caroline Fourest de diffamation.

D’après diverses informations, notamment données par un communiqué rédigé par Maître Richard Malka, avocat de la journaliste, et disponible sur le blog de Caroline Fourest, la plainte était prescrite, le procès était donc gagné pour Fourest. Toutefois, il aurait mieux valu attendre que l’on statue sur cette plainte avant d’annoncer la « bonne nouvelle » à Aymeric Caron, qui soit dit en passant, s’est empressé de jeter cette histoire de procès à la figure de Fourest, venue parler d’un livre sans aucun rapport avec celle-ci.

Avant d’accuser Caroline Fourest de mensonge, peut-on se mettre à la place de cette femme qui est en procès depuis deux ans, qui reçoit un coup de téléphone de son avocat lui disant qu’ils ont gagné, et qui se retrouve face à un chroniqueur sûr de lui qui la renvoie à ce procès en disant qu’elle l’a perdu ? Elle a fait comme n’importe qui aurait fait, elle explique qu’elle a gagné. Même si, et elle l’a reconnu, Caroline Fourest a commis des imprécisions d’ordre juridique que personne ne nie.

Le clash chez Ruquier

Le lendemain, elle s’est expliquée : elle a reconnu avoir été imprécise et s’en est excusée. Dans l’émission qui suivit, je guettai donc les allusions à ce clash. Je ne fus pas déçu : on glorifia le coq et vilipenda l’écrivaine. Laurent Ruquier : « J’ai pris la décision de ne plus jamais inviter Caroline Fourest dans l’une de mes émissions. ». Jean-Pierre Coffe, Grégoire, Teresa Cremisi et Bérengère Krief applaudissent à ce blacklistage.

On vient d’excommunier d’une émission du service public une figure intellectuelle prééminente pour de simples approximations juridiques – la justice par ailleurs statuera, donnera raison à Fourest et condamnera Mme Rabia Bentot à lui verser 4000 euros pour frais de procédure !
fourest procesLa Cour d’appel confirme que la plainte est prescrite et condamne R. Bentot à verser 4000 euros à Caroline Fourest (Image issue du blog de C. Fourest)

Mais il s’agit là d’une émission plusieurs fois rappelée à l’ordre par le Conseil supérieur de l’Audiovisuel, connue pour ses dérapages nombreux, capable d’annoncer la mort d’une femme encore vivante, Soizic Corne, de sauver au montage les propos douteux d’Aymeric Caron sur les crimes de Mohammed Merah face à Alexandre Arcady, et d’inviter Tariq Ramadan sans vraiment le contredire.

Enfin, il y eut plus grave dans cette affaire. Aymeric Caron a asséné, sans jamais s’être repris : « La chronique [sur l’Affaire Bentot] n’existe plus sur le site de France Culture ». C’est simplement faux. Il ne l’a tout simplement pas trouvée ! J’ai moi-même pu l’écouter. Alors, si on résume, il accuse Fourest d’avoir dissimulé et censuré une chronique, alors qu’en fait il n’en est rien.

Mais alors, qui a menti ?

Certes, elle a été imprécise et l’a reconnu, mais ce que lui a commis est une erreur factuelle, diffamante pour son interlocutrice. Pour ce que lui a dit et fait ce soir-là, la prétendue menteuse aurait tout à fait pu porter plainte.

Et aurait, à coup sûr, gagné son procès…

P. S. : la chronique qui, selon Caron, « n’existe plus sur le site de France Culture »écouter ici