Burkini : défendons vraiment la liberté

Le burkini n’est pas l’ennemi. Soyons fiers de notre liberté et laissons les individus pratiquer en paix leur religion tant qu’ils ne violent les droits de personne.

Burkini : défendons vraiment la liberté
By: Charles RoffeyCC BY 2.0

Dans son dernier article paru sur Contrepoints, Patrick Aulnas, sous couvert de critique du fondamentalisme religieux et du port du burkini, nous appelle à être fiers de notre liberté. Hélas, paragraphe après paragraphe, il ne fait qu’enfiler invectives et procès d’intention. Et se révèle au final être plus menaçant pour la liberté que ces femmes en burkini qu’il dénonce.

Non Patrick Aulnas, non…

Le burkini n’est pas l’ennemi

Non, le burkini n’est pas « une provocation des militants du fondamentalisme islamique ». C’est très simple : les intégristes musulmans ne vont simplement pas à la plage, pour ne pas risquer de côtoyer des gens indécents à leurs yeux. Parler de provocation à propos du burkini, c’est simplement reproduire le même schéma liberticide des islamistes : politiser chaque fait et geste des personnes, malgré elles, et refuser de leur reconnaître l’accès au libre choix. C’est reproduire le simpliste et pernicieux discours divisant le monde entre « ceux qui sont avec nous » et les autres qui deviennent des ennemis à combattre. Et quand bien même le port du burkini serait une provocation ou la démonstration d’un acte politique dans le chef de quelques femmes de confession musulmane ; depuis quand les libéraux rejetteraient la provocation ou l’expression des idées politiques ?

Non, les femmes qui portent le burkini ne sont pas nos « ennemies ». Elles portent simplement un vêtement mis au point – en Australie, un pays qui n’a pas besoin de recevoir des leçons particulières en matière de liberté – par une styliste qui, au départ, a voulu faciliter la vie de sa nièce. Les femmes qui portent le burkini ne cherchent pas à « détruire notre culture » ni « annihiler notre liberté ». Au contraire, elles veulent justement accommoder au mieux leur foi religieuse à la vie dans un monde moderne et à s’intégrer le plus possible au mode de vie occidental en jouissant d’un loisir aussi commun qu’une baignade à la plage. Qui plus est, si l’on en croit Aheda Zanetti, qui commercialise le burkini, la moitié des ventes concerne des femmes non musulmane. Et celui-ci est disponible dans des magasins sans référence islamique comme Marks & Spencer. Ne voir donc en ces femmes que des simples « pions » entre les mains des islamistes est singulièrement méprisant de la part de ceux-là même qui osent prétendre se préoccuper de leur sort.

Non, les femmes en « tenue de bain occidentale » ne symbolisent pas la liberté. La liberté, c’est de permettre à des femmes de pouvoir porter le bikini sur une plage ou de ne pas en porter. Le symbole de la liberté, ce n’est pas l’uniformisation vestimentaire ; c’est de voir côte à côte, en paix, deux femmes habillées de manière différente. Refuser de reconnaître le droit à une femme de ne pas porter un bikini ou un monokini reproduit également le même schéma liberticide des islamistes : infantiliser la femme en la soumettant à la décision d’une autorité. Prétendre lutter contre la soumission des femmes en soumettant certaines à l’arbitraire politique en matière d’habillement relève du plus parfait contre-sens, en contradiction flagrante avec les idéaux du libéralisme. Et si une femme devait porter le burkini contre sa volonté, il existe suffisamment de lois pour la protéger sans devoir recourir à une violation générale du droit des autres femmes qui le portent volontairement.

Non, le port du burkini par quelques rares femmes en France n’est pas une « colonisation culturelle rampante » du « totalitarisme islamique ». Depuis la mi-juin 1989, cela fait près de trente ans maintenant que perdure en France cette pathétique polémique anti-libérale concernant les vêtements que devraient porter ou pas certaines femmes ou jeunes filles. Trente ans, le temps d’une génération ! Où se trouvent ces fantasmatiques « colonisation culturelle » ou « conditionnement de la population occidentale » ? Jusqu’à plus ample informé, les femmes qui ont vu leurs libertés fondamentales d’aller et venir, d’opinion et de religion bafouées par les autorités, ce ne sont pas les femmes athées ou en bikini sur les plages.

Défendons la liberté contre la rhétorique populiste

Non Patrick Aulnas, le fossé ne se creuse pas entre ce que vous appelez – en usant de la plus classique rhétorique populiste – « une certaine intelligentsia et la majorité de la population ». Le fossé se creuse entre les libéraux et les ennemis de la liberté. Qu’importe que la majorité de la population française « s’oppose au port du burkini » : une majorité de la population française s’oppose également au libre commerce. Depuis quand l’avis de la majorité d’une population peut légitimer la violation des libertés fondamentales ? Et depuis quand un libéral doit-il regretter qu’un tribunal décide de faire appliquer le droit en vigueur selon une jurisprudence continue et met fin à des actes illégaux de petits barons politiques en mal de démagogie ?

Non, « le peuple de France » n’a pas une « clairvoyance » particulière en ce qui concerne la protection des droits naturels des individus. De fait, l’histoire politique des dernières décennies démontrerait plutôt le contraire. Et sinon, depuis quand n’appartiennent plus au « peuple de France » les Français de confession musulmane, les membres du conseil d’État, Najat Vallaud-Belcacem et Marisol Touraine, les libéraux et plus largement tous ceux qui se refusent à condamner un groupe entier pour les crimes commis par certains individus ?

Non, les Occidentaux n’ont pas le « devoir d’accueillir à bras ouverts les autres cultures ». Ce qui en soi, déjà, ne veut strictement rien dire. Le devoir des Occidentaux qui désirent vivre dans une société libre consiste à ne pas violer les libertés fondamentales des individus qui désirent conserver et/ou adopter des idées, des pratiques, des coutumes, des traditions, etc. issues d’autres cultures dès lors que, ce faisant, ces derniers ne violent les droits naturels de personne.

Non, les dirigeants occidentaux n’ont pas pour rôle de défendre une quelconque identité culturelle qui serait supposément la nôtre. Leur rôle est de garantir un ensemble de libertés et de droits aux citoyens. Cela suppose une garantie qui s’exprime par une abstention de l’État : le classique Laissez faire, laissez passer, mais également un laissez être. L’individualisme défendu par le libéralisme exige de l’État de laisser faire et de laisser être. Il lui demande une abstention de sa part pour que les personnes soient et fassent ce qu’elles estiment le mieux pour leur vie – le fameux droit à la recherche du bonheur. Grâce à ce droit à être, chacun peut librement construire son identité, qu’elle soit peu ou prou calquée sur celle du plus grand nombre l’environnant, qu’elle soit inspirée en tout ou partie par d’autres cultures ou qu’elle soit totalement originale.

Alors oui, Patrick Aulnas, « soyons fiers de notre liberté » : laissons enfin les individus pratiquer en paix leur religion tant qu’ils ne violent les droits de personne. Retrouvons le sens originel de la laïcité : l’État ne peut imposer ou interdire la pratique d’une religion ; il doit purement et simplement ignorer les religions. Et cessons de reculer devant les communautaristes liberticides qui veulent imposer leur agenda identitaire.