Burkini : concept religieux ou marketing opportuniste ?

Le burkini, un vêtement islamique ? Faux ! Plaidoyer pour un Islam soufi respectueux du corps.

On n’arrête de nous rebattre les oreilles avec cette abracadabrantesque affaire du burkini qui serait un maillot islamique. Or, c’est archifaux ; et il est bien une façon infaillible de sortir d’une telle supercherie : lui opposer le nu qui n’est pas interdit en islam vrai.

Par Farhat Othman.

Il n'y a pas de burkini islamique, mais un marketing dévoyé !
Voiles islamiques sur le marché Tunis (Crédits : Denis Bocquet, licence CC BY 2.0)

Disons-le tout de suite : le remue-ménage fait autour du burkini n’est que du marketing dévoyé, ne faisant pas que du tort à une religion où la nudité n’a jamais été un péché, mais servant aussi et surtout les intérêts des rigoristes et des intégristes de tous horizons (dont ce que je qualifie de salafistes profanes) tout en desservant le vrai libéralisme, devant être aujourd’hui plus que jamais un libertarisme.

Pas de péché du nu en islam pur

S’il est un péché de la nudité, il n’est assurément pas d’origine islamique. Ainsi, rappelons-le, le premier pèlerinage de l’islam, après son triomphe officiel avec la conquête de la Mecque, a eu lieu selon la tradition arabe : femmes et hommes intégralement nus autour de la Kaaba.

C’est que la nudité chez les Arabes ne pose aucun problème. D’ailleurs, même le sexe était toléré lors du pèlerinage durant la vie du prophète qui ne l’a jamais condamné ; on parlait alors du plaisir du pèlerinage qui ne fut interdit que par le second calife.

De fait, c’est après la mort du prophète qu’a eu lieu le tour de vis rigoriste sous l’influence de certains Compagnons, mais surtout de jurisconsultes nourris de la tradition judéo-chrétienne. Ibn Khaldoun a d’ailleurs bien précisé l’importance de cette œuvre dans la mise en place de la doctrine et de la jurisprudence islamiques, toujours en vigueur.

Ainsi, nombre de préceptes révolutionnaires de l’islam premier se sont-ils trouvés mis en conformité, par une interprétation humaine forcément contestable, avec l’esprit de ce temps marqué. C’est un fait historique incontestable. Le salafisme en est l’illustration aujourd’hui alors que l’esprit premier était incarné par le soufisme.

N’oublions pas, à ce propos, que l’islam revendique le retour aux sources de la tradition d’Abraham, contestant les errements du judaïsme et du christianisme. C’était en quelque sorte une guerre d’influence théologique qui n’a jamais cessé. Son résultat, à la faveur de l’impérialisme, a été de conformer une certaine lecture de l’islam à une tradition judéo-chrétienne, abandonnée par les siens à la faveur des avancées humanistes et de l’esprit démocratique et se retrouvant vivace en un islam qui ne serait donc que judéo-chrétien.

L’Antéislam n’était pas l’Ignorance

Ce qui est présenté aujourd’hui comme étant islamique, que cela soit le voile ou le burkini, n’a absolument rien à voir avec l’islam, une religion qui était pourtant dénoncée à ses débuts par les juifs et les chrétiens comme par trop licencieuse. Si de tels habits ont la prétention à un quelconque caractère religieux, il ne serait que biblique, la Bible consacrant de tels habits, pas le Coran !

Il est vrai, quelques malintentionnés peuvent exciper de dits prophétiques sur la pudeur avec une interprétation faussée et orientée. Or, on sait que la Sunna recèle nombre de dits apocryphes ; les retenir serait comme si l’on se détournait de la septante pour des textes contestés et contestables du judaïsme et du christianisme

Par ailleurs, ce que soutiennent les rigoristes sur la période antéislamique comme étant une totale ignorance ne tient plus, car l’islam est issu de cette période et en a gardé nombre des valeurs, dont le pèlerinage, tout en le conformant à sa spiritualité propre.

Dire que l’Antéislam est l’Ignorance absolue, c’est soutenir désormais une ineptie qui viderait même l’islam premier de nombre de ses avancées. Ainsi la chevalerie arabe (foutouwwa, valeur soufie cardinale) est bel et bien l’une des nombreuses valeurs de l’Antéislam, tout comme, d’ailleurs, la part moindre d’héritage reconnue à la femme en un temps où elle n’avait droit à aucune part, sa vie même ne valant rien.

De fait, la véritable Ignorance en islam aujourd’hui est la tradition judéo-chrétienne qui s’y est infiltrée, vidant son esprit révolutionnaire dans nombre de ses préceptes, les calquant sur l’exégèse judéo-chrétienne de l’époque. On appelle cela israïlyet (littéralement judaïcité).

De plus, ne savons-nous pas, depuis De Cuse, qu’il n’y a de vrai savoir qu’en tant que Docte Ignorance ? Il est bien temps de faire de l’Antéislam une telle Ignorance docte, rompant avec les tabous qui défigurent l’islam !

Le nu intégral contre le voile intégral

Si l’Occident, dont on ne peut ignorer la veine judaïque ayant été à son origine, veut contrer sincèrement et sérieusement le rigorisme devenu criminel, il doit d’abord arrêter de faire à l’apprenti sorcier, jouant avec le feu salafiste. En effet, au prétexte de s’opposer à l’islam rigoriste, il ne fait que développer un anti-islamisme primaire tout en confortant, dans leurs fausses thèses, les faux musulmans, intégristes comme supposés modérés..

En matière de burkini, ce n’est pas en l’interdisant qu’on luttera contre sa récupération idéologique ! C’est plutôt en encourageant son antidote radical qui est la nudité totale. Ainsi usera-t-on de l’argument massue de ceux qui placent  hypocritement la question sur le plan des libertés privées. Disons donc oui au burkini, mais disons aussi et dans le même temps : oui au nudisme. Le ferait-on ?

Il y a de fortes chances de penser qu’on ne le fera pas ! Car cela entre dans le malsain jeu de tous les faux démocrates abusant de la confusion des valeurs généralisée, y compris en un Occident qui viole ses propres valeurs. Ainsi n’ose-t-il dénoncer, par exemple, l’inhumanité de régimes supposés islamistes, mais dont l’anti-islamisme est bien avéré, comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran ! Comment prétendre lutter contre Daech quand on ne fait rien contre des régimes qui ont tout d’un Daech ayant réussi, et ce grâce au soutien occidental ?

Un peu d’éthique, une poléthique, est de rigueur désormais en ces temps d’absolue négation des valeurs humaines. Être humaniste et surtout libéral, aujourd’hui, c’est militer pour un  humanisme intégral et un libéralisme axiologiquement libertaire.

C’est qu’on a atteint un degré limite de honteuse instrumentalisation de la religion, quelle qu’elle soit, à des fins inavouées et inavouables. Or, la foi est d’abord un lien entre les humains (religare) et on l’a désenchanté, la transformant en religiosité, vidée de la moindre spiritualité.

Comme il arrive désormais d’entendre d’aucuns revendiquer être catholique et non chrétien ou kabbaliste et non judaïque, il est peut-être temps, pour ceux qui se réclament de l’islam de paix des origines, de dire tout haut et bien fort être soufi et non musulman !