Faut-il vraiment un Islam d’Etat en France ?

Manuel Valls (Crédits : Parti Socialiste, CC BY-NC-ND 2.0)

Manuel Valls se rêve en Napoléon et appelle à un nouveau concordat – avec l’islam de France – dans une tribune au JDD. Une atteinte à la liberté de culte ?

Par Baptiste Créteur.

Le premier ministre Manuel Valls
Manuel Valls (Crédits : Parti Socialiste, CC BY-NC-ND 2.0)

Le terrorisme remet en question les libertés individuelles, l’une après l’autre. Après la surveillance et la remise en cause de la vie privée, c’est la liberté de culte qui est remise en cause, pour les musulmans.

Spécifiquement pour les musulmans à cause des attentats au nom de l’Islam, et d’un État Islamique qui s’en revendique. Pour le contrer, Manuel Valls veut instaurer un Islam d’État : l’Islam de France.

La tentation de contrôler l’Islam en France rassemble gauche et droite. Au nom de la lutte contre la radicalisation, Nicolas Sarkozy en son temps et Manuel Valls aujourd’hui voulaient prouver que l’Islam est compatible avec la démocratie. Mais sous conditions.

Dans sa tribune, Manuel Valls confond laïcité et lutte contre le terrorisme. Ou plutôt, oublie la laïcité : il dénonce le rôle d’un courant de l’Islam en particulier, le salafisme, mais c’est l’Islam tout entier qu’il entend encadrer.

D’abord, il s’est agi de cantonner la religion à la sphère privée. Les signes ostentatoires furent bannis, le voile intégral interdit.

Ensuite, il fallut lutter contre la radicalisation. Déployer des programmes de prévention, de déradicalisation. Mettre en place des sites web et numéros verts. Créer des centres de réinsertion et de citoyenneté™.

200 ans en arrière

Et maintenant, on revient tout bonnement 200 ans en arrière. Sous couvert d’une nouvelle laïcité qui aiderait l’Islam à grandir, Manuel Valls entend instaurer un nouveau concordat. Si nous étions en 1801, le concordat de Manuel Valls, ça aurait donné ça :

Les évêques imams, avant d’entrer en fonction, prêteront directement, entre les mains du Premier Consul ministre, le serment de fidélité qui était en usage avant le changement de gouvernement, exprimé dans les termes suivants :

« Je jure et promets à Dieu, sur les Saints Evangiles le Saint Coran, de garder obéissance et fidélité au Gouvernement établi par la Constitution de la République française. Je promets aussi de n’avoir aucune intelligence, de n’assister à aucun conseil, de n’entretenir aucune ligue, soit au dedans, soit au dehors, qui soit contraire à la tranquillité publique ; et si, dans mon diocèse ma communauté ou ailleurs, j’apprends qu’il se trame quelque chose au préjudice de l’État, je le ferai savoir au Gouvernement. »

Mais nous sommes en 2016. L’Islam de France devra être un Islam « sunnite« 1, « sans hiérarchie ni clergé », conformes aux valeurs républicaines. Avec des imams Made in France, ayant appris la théologie musulmane en version française (non sous-titrée). Dans des pôles européens d’excellence, excusez du peu.

Revenir sur le concordat

Représentants et fidèles, signez là, sinon la liberté de culte pourrait être remise en cause. Cette liberté de culte que garantit la loi de 1905, qui a mis fin au concordat et sur laquelle Manuel Valls entend revenir aujourd’hui.

[…] nous devons inventer un équilibre avec l’Islam de France aux termes duquel la République lui offre la garantie du libre exercice du culte. Si l’Islam n’aide pas la République à combattre ceux qui remettent en cause les libertés publiques, il sera de plus en plus dur pour la République de garantir ce libre exercice du culte. – Manuel Valls

Au point d’espérer pouvoir bientôt financer la construction de lieux de culte de peur que d’autres ne s’en chargent, d’autres qu’on ne contrôlerait pas : la république manie la carotte et le bâton.

Il faut choisir : la France est un pays laïc, ou elle ne l’est pas. Un pays laïc ne peut pas contrôler une religion. Mais quand l’État contrôle la religion, c’est aussi la religion qui contrôle l’État.

Notre pays doit faire au monde entier la démonstration éclatante que l’islam est compatible avec la démocratie. C’est un chantier passionnant, exaltant, qui demande de remettre à plat tout ce qui doit l’être. – Manuel Valls

L’ambition de Manuel Valls mettra-t-elle à plat la laïcité ?

  1. tant pis pour les 150 000 chiites de France