L’état de non-droit, la nouvelle exception française ?

Les bottes sont-elles indispensables pour lutter contre le terrorisme ? Non, à condition de les enlever complètement.

Par Baptiste Créteur.

En quelques mois, le terrorisme a fait plus de victimes en France que durant les décennies précédentes. Rien d’étonnant à ce que le terrorisme soit la principale préoccupation des Français : lutter contre Daesh est le nouveau mot d’ordre.

So true we had enough credits Nicholas Komodore (CC BY-NC-SA 2.0)L’organisation terroriste nébuleuse a organisé ou inspiré la dernière vague d’attentats, et semble résister aux efforts de nombreux États dont la France pour l’affaiblir, l’éradiquer et s’en protéger. L’armée française est impliquée dans des guerres lointaines qu’on ne gagne pas, et nous touchent chez nous. L’État s’est doté d’un inquiétant arsenal technologique et juridique de surveillance, sans parvenir à prévenir et empêcher des attentats de plus en plus fréquents. L’état d’urgence a été instauré, puis prolongé, sans effet autre que de le rendre normal.

Tout cela a échoué.

L’État n’est pas tout-puissant. Certains y croient encore, et appellent à des « mesures d’exception » comme si elles étaient une balle en argent toujours plus grosse. Pour les contenter, il faudrait renoncer un peu plus aux garde-fous de notre « sacro-sainte Constitution », et avaler cul-sec l’état de droit.

La menace terroriste est sérieuse. Mais l’état de droit doit demeurer. N’en déplaise à ceux qui le dépeignent comme s’il était un carcan dépassé, et pensent qu’il ne sert qu’à protéger les méchants des gentils.

Les libertés qu’il protège, les droits qu’il garantit ne sont pas théoriques ou fictifs, mais naturels. Et ils sont imprescriptibles. Ils ne découlent pas de l’État, mais le précèdent, et il est là pour les conserver – ni plus, ni moins.

« Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » – Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, article 2

L’état de droit n’est pas un curseur que l’on peut adapter selon la nécessité ou l’urgence du moment. Ce n’est tout simplement pas négociable – c’est imprescriptible. Et ça ne l’était pas davantage avant, quand l’État ne parvenait pas à le faire respecter.

CGT By: Fermín Grodira - CC BY 2.0
CGT By: Fermín GrodiraCC BY 2.0

En plein état d’urgence, l’état de droit n’était pas là quand des syndicalistes ont bloqué des raffineries, inquiétant à tort ou à raison des millions de Français. Quand ces mêmes syndicalistes ont empêché la parution des journaux qui refusaient de diffuser leur propagande. Ou quand des opposants à la loi travail ont agressé des policiers, mis le feu à leurs véhicules, et saccagé magasins, façades et mobilier urbain sur leur passage.

Ces exemples sont banals, mais devraient nous choquer. Le terrorisme ne nous a pas cueillis en pleine gloire, et tout n’était pas rose dans la France d’avant.

Il faut nous habituer à pire : l’état d’exception permanent.

Nous y résigner, même. Ce ne sera plus « Aux armes, citoyens » mais « Au travail, contribuables ». Il faudra chausser des bottes à chaque élection. Manger-bouger le dimanche matin en assuré social responsable. Respecter le règlement, remplir la télédéclaration et le formulaire CERFA. Dénoncer son voisin au fisc pour boucler le budget. Appeler la police, et attendre.

Enfin, ça, c’est une option. C’est ce qui nous attend si nous avons plus foi en l’État qu’en nous-mêmes. Il y a une seule alternative : faire confiance au citoyen. Avant l’État. Parfois, sans lui.

Sommes-nous seulement prêts à changer ?