L’Union Européenne est morte, vive l’Europe !

Europe by Charles Clegg(CC BY-SA 2.0)

Non le Brexit ne sera pas le cataclysme annoncé. L’Union Européenne est morte, pas l’Europe ni sa prospérité ou sa paix.

Par Charles Boyer.

L'Union Européenne est morte, vive l'Europe !
Europe by Charles Clegg(CC BY-SA 2.0)

L’Union Européenne est morte même si elle ne le sait pas encore. Le modèle actuel de son développement, à savoir « une union toujours plus étroite », est née de la réaction horrifiée de Jean Monnet devant Verdun en 1916, la pire boucherie guerrière de toute l’histoire. Affreusement, Verdun mena à Barbarossa, un épisode de l’Histoire de l’Europe parmi les plus meurtriers depuis la peste noire.

Toujours plus d’État, toujours moins d’adhésion européenne

Le 23 juin 2016, pour le meilleur et pour le pire, nous avons quitté pour de bon le XXème siècle. Après que l’Union Européenne a été envisagée comme une libération économique pour la prospérité, elle a par la suite et de plus en plus adopté les atours d’un super État supra-national. Un processus en cohérence avec les intentions profondes, mais pas toujours transparentes, de ses fondateurs. Et plus ce processus avançait, moins les populations y étaient favorables, ce que démontraient un à un les référendums, qui ont conduit les dirigeants à mépriser et écraser ouvertement la voix des individus, comme le fit Sarkozy en 2008.

Qui a lu De l’inégalité parmi les civilisations de Jared Diamond est familier du concept selon lequel une région du monde où règne une concurrence entre pays favorise davantage le progrès qu’un immense pays centralisé. Au début du XVème siècle, les grands explorateurs Chinois avaient presque un siècle d’avance sur le Portugal ; et leur amiral eunuque musulman Zheng He avait déjà établi des relations avec tous les pays, jusqu’à l’Afrique de l’Est.

Si cette activité avait perduré au même rythme, nous aurions été « découverts » par voie de mer, et non l’inverse. Pourquoi cela ne s’est-il pas produit ? Parce qu’un empereur y a mis fin, de sa seule et unique décision irrationnelle. Et pourquoi, un siècle plus tard, un mouvement semblable des Portugais fut alors incoercible ? Parce qu’aucune autorité ne pouvait plus y mettre fin, parce que les pays d’Europe étaient en concurrence. Après le Portugal vint l’Espagne, puis la France et le Royaume-Uni.

L’idée de faire avancer l’Union européenne vers un seul État supranational est donc sans avenir. C’est justement sa centralisation de plus en plus poussée qui explique, sans surprise, pourquoi elle recule en termes d’innovation par rapport au reste du monde. Que cela nous réjouisse ! Car, alors qu’elle prétend favoriser l’amitié entre les peuples, elle a en fait l’effet contraire. Plus nous sommes à nous unir, plus l’animosité monte. Il suffit d’observer ce qui demeure aujourd’hui de toute relation cordiale entre Grecs et Allemands.

Le Royaume-Uni fait sauter le verrou

Quoi qu’il en soit, ces discussions ont désormais pris un tour plus théorique que concret. Pourquoi ? Eh bien, pour la première fois, un pays sort, le Royaume-Uni, et avec lui, sautent un tabou et un verrou. Mieux encore : malgré les bâtons dans les roues mis par les eurocrates, l’économie et la diplomatie aboutissent à l’application en bon ordre de l’Article 50 du traité de Lisbonne, prévu pour cela ; et le Royaume-Uni finira dans l’Espace Économique Européen et dans l’Association Européenne de Libre Échange, en situation de libres circulation et échange avec l’Union Européenne, mais en n’y étant plus subordonné.

Politiquement, les événements se dérouleront certainement assez mal, étant donné, par exemple que 10 000 personnes dans les institutions de l’UE gagnent plus qu’un Premier ministre britannique (et n’évoquons même pas leurs retraites et autres avantages). Chacune d’entre elles va logiquement tenter de semer la zizanie pour sauver sa fortune. Cependant, au bout du compte, et c’est là l’important, ce ne sera pas le cataclysme annoncé. Ni de près, ni de loin.

Face à ce constat, des pays déjà hostiles à l’Union européenne ne pourront pas y demeurer bien plus longtemps, et l’on peut penser aux pays nordiques, assez rapidement. Une fois ce pas franchi, la pression du public, par exemple aux Pays-Bas, un des pays fondateurs dans les années 1950, sera pour ainsi dire irrésistible. Ensuite, une question plus lourde va se poser, relative à l’Allemagne et la France. Quand nous en serons à ce stade, il me semble impossible que le souhait de sortir de l’UE puisse encore y être étouffé par des manœuvres à la Sarkozy.

Pour ma part je suis la personne la plus europhile qui soit. J’ai vécu dans trois pays de l’UE, je parle couramment quatre de ses langues, j’ai fait des affaires avec succès dans la plupart de ses pays, et j’y voyage le plus possible, avec délice. J’ai visité bien d’autres parties du monde, et plus je l’observe, plus je sais que l’Europe est une région bénie.

La sortie du Royaume-Uni n’est peut-être pas une catastrophe

Désormais, les classes jacassantes, politiciens, médias, artistes, école, université, ONG, grandes banques, grands cabinets de consultants, grandes entreprises multinationales, vont tenter de vous faire paniquer. Ce n’est pas justifié. Bien sûr, la fin de l’UE qui vient, qui est déjà entamée, entraînera des moments de friction, de colère, et de mémorables foires d’empoigne. À la fin, nous serons davantage amis, dans une association de libre échange et de libre circulation, telle l’AELE, dans un monde toujours plus interdépendant, échangeant avec nos voisins et avec les pays du bout du monde.

Bien sûr, nombreux sont ceux que nous entendrons proclamer qu’il ne faut pas acheter du Made in China et toute ces sornettes, sans pouvoir jamais se dispenser des biens qu’ils achètent en provenance de Chine. C’est dans notre nature. Là est cependant le plus important. Cela va secouer, et remuer, mais la fin de l’UE, que je vous annonce sereinement, ne sera pas le cataclysme annoncé. Attention, indépendamment de ce point précis, de toute façon, la déconstruction de la masse intenable de dettes publiques, en Europe et dans le monde, cette crise-là, nous n’y échapperons pas, mais c’est une autre question. Le rôle de l’UE, dans cette crise, consiste juste à retarder, c’est-à-dire à aggraver l’inéluctable.

Nous vivons de grands et beaux moments. Non à l’Union Européenne ! Vive l’Europe !

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