Brexit : une catastrophe !

Brexit By: muffinn - CC BY 2.0

Avec le Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne est un cauchemar et devrait nous alerter.

Par Aurélien Véron.

Brexit By: muffinnCC BY 2.0

Le Brexit est une catastrophe. Pour l’Europe et pour la France, ainsi que pour les libéraux. D’abord, le Brexit décidé par les électeurs britanniques ampute l’Union européenne d’un sixième de son PIB. Face aux grandes puissances anciennes ou émergentes qui défendent avec acharnement leurs intérêts, l’Europe s’affaiblit. Ce choix nous prive aussi d’un contrepoids important face à l’Allemagne. Il ôte enfin à l’Union européenne le seul grand pays d’orientation vraiment libérale. Ce qui reste de l’Europe fissurée est menacé de dislocation si elle ne se réinvente pas rapidement.

Une Europe déséquilibrée après le Brexit

L’Union était jusqu’ici bâtie sur un équilibre subtil entre les Big Three (Royaume Uni, France, Allemagne). Sa réduction au duo franco-allemand va vite tourner au solo germanique étant donné l’actuelle faiblesse économique et sociale de notre pays et la déliquescence de notre leadership. L’Allemagne pèse désormais presque un tiers du PIB et 40% de l’industrie du nouvel ensemble. Elle peut s’appuyer sur un « hinterland » d’une dizaine de pays de l’Est. Une Europe sous domination berlinoise justifie une certaine inquiétude même sans être animé d’un sentiment anti-allemand. Après tout, ce pays de culture ancestrale n’est-il pas exemplaire en matière d’assainissement des finances publiques ou de réforme du marché du travail avec Hartz IV ?

Le Brexit signe la défaite – certes sans effusion de sang – d’un siècle et demi de lutte de concert des Français et des Britanniques contre la volonté d’hégémonie allemande (ou plutôt prussienne) au prix de deux guerres mondiales. De quoi nourrir l’amertume de ceux qui ont un peu de mémoire. Le déséquilibre de cette domination sans partage de leur propre pays inquiète d’ailleurs les dirigeants allemands eux-mêmes, conscients des responsabilités qui pèsent sur leurs seules épaules et des réactions de rejet que cette évolution peut susciter chez leurs voisins. Ajoutons qu’il fait aussi perdre à l’Union la seule armée dotée d’un budget conséquent avec la nôtre, apte à protéger nos intérêts partout dans le monde. Cette sécession des Britanniques ouvre la perspective d’une Union réduite à un club de pays angéliquement perdus dans un monde dangereux.

Nous assistons aussi à la sortie d’un pays référent depuis quatre siècles en matière de démocratie, d’État de droit – « the rule of law » – et de libertés publiques. C’est aussi aujourd’hui le seul à incarner sans complexe une économie de marché face au « capitalisme rhénan » fondé sur des régulations tatillonnes, la bureaucratie et l’État-providence. On pouvait compter sur la vigilance des Britanniques pour moquer les directives européennes surréalistes, depuis l’interdiction des flacons d’huile d’olive dans les restaurants jusqu’aux prescriptions en matière de sécurité au travail, de chasse d’eau dans les toilettes, d’essuie-glace sur les véhicules, etc. Une vigilance qui n’est hélas pas l’apanage de la France.

L’Union européenne perd avec le Royaume Uni le « champion » d’une économie libérale doté d’une fiscalité relativement modérée, en particulier sur le capital et l’investissement. Le premier à lutter pied à pied à Bruxelles contre le « red tape », l’État nounou et les subventions, notamment dans l’agriculture. Qui, en Europe continentale, est capable de supprimer 400 000 postes de fonctionnaires comme David Cameron a osé le faire ? Sans oublier que cette décision lui a même permis de remporter brillamment les législatives il y a un an.

Un processus démocratique

En annonçant sa démission, le Premier ministre britannique administre au passage une belle leçon de démocratie aux Européens. Si le résultat du referendum s’avère funeste, qui peut lui reprocher d’avoir consulté ses concitoyens sur l’avenir du projet européen ? Rien ne serait pire que d’exprimer une quelconque condescendance envers ces électeurs, ou d’essayer de « punir » ce pays en espérant intimider d’autres peuples tentés par la sortie. Une forme de paternalisme de nature à jeter de l’huile sur le feu anti européen qui couve. Le referendum est un outil démocratique légitime, voire nécessaire quand la démocratie représentative est en panne. Les élus ont beau hurler au populisme quand l’idée leur est suggérée, leur propre démagogie est la première responsable de ce délitement de la construction européenne.

Lorsque la classe politique accuse les électeurs de manquer de sens civique avec l’abstention, elle oublie qu’elle a piétiné l’avis de ses électeurs quand ils ont pu s’exprimer sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe, comme les Français l’ont fait en 2005. Normal puisque la « caste » au pouvoir estime mieux savoir qu’eux ce qui est bon pour eux. Et lorsqu’elle a des décisions importantes mais douloureuses à prendre, elle préfère se défausser sur Bruxelles plutôt que d’endosser l’habit du réformateur. Enfin, elle ne respecte pas ses propres engagements, en particulier en matière de déficits et de dette – Paris ne cesse de reporter la promesse de redressement de ses comptes. Ce triple déni démocratique pèse lourd dans l’actuel discrédit de l’Union et de ses dirigeants auprès de dizaines de millions de citoyens ayant l’impression d’être dépossédés de leur destin.

Les politiques français prennent depuis hier matin les Britanniques de haut après les avoir menacés de tous les maux en cas de « mauvais choix » jusqu’à la veille du scrutin. Qui sont-ils pour faire la leçon à leurs voisins aux bien meilleures performances économiques ? Paris fait tous les ans partie des pires cancres épinglés par les instances européennes recensant les tricheries en matière d’applications de l’acquis communautaire. La France est le 25ème pays sur 28 (Londres censée incarner l’anti européanisme primaire fait partie des bons élèves) en matière de transposition de directives européennes, reflet d’une culture administrative rétive à la libre concurrence qui est la clé du Traité de Rome de 1957 et du projet européen. La France, via le projet technocratique incarné jadis par Jacques Delors, ou la désinvolture de François Hollande, a joué un rôle de premier plan dans le fiasco actuel.

Ne nous leurrons pas. Le Brexit ouvre la perspective d’un redoutable effet domino. Quel sera le prochain pays européen à s’engouffrer dans la brèche et à réclamer sa sortie ? La question est loin d’être théorique compte tenu de la montée du sentiment anti-européen parmi les Vingt-Huit. Jamais l’affection des sondés envers l’Union européenne n’y a été aussi basse. Et jamais les scores électoraux de partis anti-européens n’ont été aussi élevés. En France, ils rassemblent déjà près de quatre électeurs sur dix.

Redonner vie au projet européen

Nous devons redonner vie au projet européen avant que le coma bureaucratique ne soit irréversible. Poursuivre sur la voie d’un fédéralisme à marche forcée (incarné par Michel Rocard se réjouissant du Brexit car les Britanniques « empêchaient d’avancer ») serait une grave erreur. Les Européens n’en veulent pas, ils l’ont manifesté à maintes reprises. Un marché unique n’a pas besoin d’une union bancaire ou d’une harmonisation fiscale et sociale à outrance, visant en fait à réduire encore davantage la concurrence. Un vaste marché exige de la liberté et la suppression des derniers monopoles publics. Il est urgent de rétablir le principe de subsidiarité qui veut que les décisions en Europe soient prises le plus possible à l’échelon local. Nous devons mettre fin à la volonté de tout harmoniser des grands esprits de Bruxelles, même s’ils sont brillants et, il faut l’avouer, moins nombreux que les seuls fonctionnaires de la Ville de Paris. Revenons à l’esprit de ses pères fondateurs, un espace d’échanges commerciaux et culturels : Bye bye Delors, I want my Monnet back !

Retrouvez un autre point de vue sur le Brexit avec L’union Européenne est morte, vive l’Europe !